Le retour sur scène de l'Orchestre national de France après trois mois de silence

Après l'Orchestre philharmonique de Radio France, au tour de l'Orchestre national de France de retrouver l'Auditorium de la Maison de la Radio. Un concert sans public mais diffusé en direct qui signe la reprise progressive de la vie musicale.

Le retour sur scène de l'Orchestre national de France après trois mois de silence
Retour de L'Orchestre national de France dans l'Auditorium de la Maison de la radio à Paris, sous la direction de Daniele Gatti, © Radio France / Victor Tribot Laspière

Enfin ! Après trois mois de silence, l'Auditorium de la Maison de la radio à Paris a senti ses murs vibrer. Depuis la semaine dernière, Radio France a lancé "Le temps retrouvé", une série de concerts sans public mais diffusés en audio et vidéo en direct sur France Musique et Arte Concerts. L'Orchestre philharmonique de Radio France a ouvert le bal, suivi par le Quatuor Ebène. 

Ce jeudi 11 juin, c'est au tour de l'Orchestre national de France de reprendre du service. Sur scène, une trentaine de musiciens que l'on peine à reconnaître, cachés sous leurs masques. Uniquement les cordes (violons, altos, violoncelles et contrebasse), trois percussionnistes et un trompettiste. Ils travaillent la deuxième Symphonie d'Arthur Honegger, une oeuvre rarement donnée. 

"Un sacré moment, pour Claire Hazera, violoniste, qui réagit à la suite de la première répétition. Une période aussi longue de silence, ça n'arrive jamais. Il a donc fallu se réapproprier l'espace de ce bel auditorium. Ce qui m'a le plus frappé, c'est la sonorité. Les premières notes et cette qualité de silence, ça m'a donné des frissons...". 

Émue, la musicienne explique que pendant le confinement, elle a pratiqué son instrument avec une sourdine en plomb, pour ne pas indisposer ses voisins. "C'est un vrai plaisir de pouvoir enfin développer le jeu ! On est surtout ravis de pouvoir se retrouver, même s'il manque une bonne partie des musiciens" explique Claire Hazera. 

Les mesures sanitaires en vigueur ne permettent pas de réunir le National au grand complet. Les instruments vont devoir encore patienter avant de retrouver les concerts. Pour cette reprise de l'activité, la direction de la musique de Radio France a du adapter l'effectif instrumental et donc le répertoire et la disposition scénique. Au moins un mètre de distance entre chaque musicien et jusqu'à 4 mètres pour le trompettiste qui intervient à la toute fin de la Symphonie n.2 de Honegger. 

Le plus curieux pour les cordes, habituées à jouer à deux par pupitre, est de se retrouver seules face à leur partition. "Cela nous demande une adaptation, explique Luc Héry, premier violon solo de l'Orchestre national de France. Avec ma collègue de pupitre, nous formons un vrai partenariat. Ce n'est pas un hasard si nous jouons habituellement à deux. Là, on se retrouveun peu seul. L'autre problème qui se pose, c'est la cohésion d'ensemble. Il faut ajuster, s'adapter. Cela nous demande une écoute encore plus aiguë que d'habitude". 

Et jouer avec un masque ? "Absolument impossible ! répond le violoniste. On étouffe et pour les gens qui, comme moi, portent des lunettes, c'est l'enfer puisqu'on est dans le brouillard en permanence". Luc Héry a adopté cette technique très en vogue du masque sous le menton. 

Après la première répétition, le premier violon solo du National évoque la sensation d'une "renaissance" et de "retrouver ce qui est dans notre ADN, jouer de la musique ensemble". Certes, tout le monde n'est pas là et il manquera aussi le public dans la salle. "Il faut se rappeler qu'à sa création (1934, ndlr), l'Orchestre national de France ne donnait que des concerts sans public. Ils étaient uniquement diffusés à la radio, donc quelque part, nous renouons avec une certaine tradition, sourit Luc Héry. Mais il ne faut pas que la perdure trop longtemps, nous avons besoin de ce lien fort avec le public". 

Sur le podium, ce n'est pas Emmanuel Krivine qui tient la baguette. Le directeur musical de l'Orchestre national de France a annoncé récemment son départ surprise, un an plus tôt que prévu, pour raisons personnelles. Pour le remplacer, Daniele Gatti qui dirige lui aussi pour la première fois depuis le confinement. 

Première fois également que l'ancien directeur musical de l'Orchestre national de France retrouve les musiciens depuis son licenciement de l'Orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam pour harcèlement sexuel supposé. Le chef italien a choisi un répertoire adapté à l’effectif : la deuxième symphonie d’Arthur Honegger, et Mystère de l’instant d’Henri Dutilleux.

"Je suis vraiment heureux de retrouver mes musiciens. Ils éprouvent une grande joie à se retrouver, à recommencer à jouer sur scène, explique le maestro. La disposition des instruments ne posent pas de problème. La salle répond bien. Elle est d'ailleurs parfaite pour l'oeuvre de Dutilleux. Ils sont tous solistes, il y a une grande attention au détail de la part de chacun, cela apporte beaucoup de clarté". 

Daniele Gatti regrette l'absence d'une partie de l'orchestre ainsi que celle du public, mais pour lui il est vraiment important que ce concert soit joué en direct. "Pendant le confinement, ici en France ou en Italie, il y a de nombreuses rediffusions de concerts. Le fait de jouer en direct change beaucoup de choses, cela apporte une grande chaleur" explique-t-il. 

Les musiciens de l'Orchestre national de France devraient se retouver au grand complet, accompagné du Chœur et de la Maîtrise de Radio France, le 14 juillet pour le fameux Concert de Paris. Reste à savoir où. Traditionnellement donnée au pied de la tour Eiffel, cette grande fête musicale pourrait avoir lieu dans la cour carrée du Louvresou aux Invalides. Le public pourrait y être autorisé, dans le respect des mesures sanitaires. 

Le retour de l’Orchestre national de France en direct depuis l’Auditorium de la Maison de la Radio, jeudi 11 juin à 20h. A écouter sur France Musique et à regarder surfrancemusique.fret Arte Concerts.