Affaire Daniele Gatti : le Concertgebouw s'exprime, les avocats du maestro répondent

Pour la première fois depuis l'éviction de Daniele Gatti à la tête du Concertgebouw d'Amsterdam en raison de soupçons de harcèlement sexuel, le directeur de l'orchestre revient sur les conditions de son départ. Les avocats du maestro n'ont pas tardé à réagir.

Affaire Daniele Gatti : le Concertgebouw s'exprime, les avocats du maestro répondent
Le chef d'orchestre italien Daniele Gatti en mars 2015, © Getty / Hiroyuki Ito

Dans une interview accordée au quotidien néerlandais Algemeen Dagblad, Jan Raes, le directeur général de l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam est revenu sur le licenciement de Daniele Gatti le 2 août 2018, soupçonné de harcèlement sexuel sur plusieurs musiciennes de différents orchestres. L’affaire avait été relatée dans un article du quotidien américain The Washington Post daté du 26 juillet 2018. 

Jan Raes précise en préambule qu’il ne s’agit pas d’un licenciement puisqu’il n’existait pas de contrat d’embauche entre le Concertgebouw et Daniele Gatti. Le maestro travaillait sous la forme équivalente d’un CDDU en France (contrat à durée déterminée d’usage, utilisé pour les cachets des intermittents par exemple). C’est-à-dire que la relation qui lie l’employeur et le salarié peut être rompue à tout moment sans justification nécessaire. 

Jan Raes explique tout de même qu’il a mis fin à cette collaboration parce que la « confiance avait disparu ». Dès le mois de juin, soit près de deux mois avant que ne paraisse l’article du Washington Post, la direction du Concertgebouw déclare avoir été mise au courant des supposés agissements de Gatti. Le chef d’orchestre lui-même l’en aurait informée.  

Jan Raes explique qu'à cette époque, Daniele Gatti et la direction de l'orchestre ont travaillé sur plusieurs scénarios de sortie de crise, tout en ne sachant toujours pas ce que contenait l’article du Washington Post en question. « En fait, nous avons essayé d’aider Daniele Gatti, mais au fur et à mesure la confiance s’est brisée jusqu’à ce qu’il interrompe toute conservation. Sans que je ne sache toujours pourquoi » explique Jan Raes. 

Le directeur du Concertgebouw ne souhaite pas entrer dans les détails. Il se refuse à donner le nombre exact de femmes concernées, ainsi que la nature des agressions afin de « protéger » la confidentialité des personnes qui ont eu le « courage » de témoigner. Quant aux suites judiciaires qui seront données à l’affaire et à une éventuelle compensation de licenciement versée à Gatti, Jan Raes botte en touche préférant se « tourner vers l’avenir ». 

Daniele Gatti riposte

Daniele Gatti n’a pas tardé à réagir et ses avocats ont publié un communiqué dans lequel ils manifestent leur surprise quant aux propos tenus par Jan Raes. Ils précisent que les « parties s’étaient entendues pour ne faire aucune déclaration avant que les représentants légaux n’aient engagé des discussions ». De plus, ils rappellent que leur client a toujours nié les faits qui lui étaient reprochés tels qu’ils sont décrits dans l’article du Washington Post. Daniele Gatti se réservant le droit de livrer sa propre version.

Les avocats du maestro ont fait savoir que dès le 3 août 2018, soit le lendemain de la résiliation du contrat de Gatti, ils avaient sollicité une réunion avec la direction du Concertgebouw pour contester cette décision. Réunion qui a été organisée le 19 novembre, plus de trois mois plus tard, et au cours de laquelle les avocats regrettent de ne pas avoir eu accès aux résultats de l’enquête interne menée par la direction.

On apprend également, toujours dans le communiqué des avocats de Gatti, qu’une déclaration commune devait être publiée à l’issue de cette réunion. Mais les parties n’ont pas réussi à s’entendre sur le fait que le chef d’orchestre devait renoncer à sa demande d’indemnisation. Les avocats précisent que « si les discussions sont aujourd’hui au point mort, elles n’ont jamais été officiellement abandonnées ». 

Pour conclure, les avocats estiment que Daniele Gatti n’a « d’autre choix que de reconnaître que la direction du Concertgebouw n’a pas l’intention de parvenir à un règlement à l’amiable et qu’il sera contrait d’agir en conséquence ». 

Malgré les soupçons qui pèsent sur lui, Daniele Gatti a réussi à rebondir rapidement en prenant la tête de l'Opéra de Rome en décembre 2018.