Erik Satie, Socrate ou la transmission du souvenir

France Musique diffuse ce vendredi 31 janvier à 20h Socrate, d'Erik Satie, un drame symphonique pour une voix transcrit pour orchestre en 1920. A cette occasion, retour sur la genèse de cette œuvre singulière.

Erik Satie, Socrate ou la transmission du souvenir
Portrait d'Erik Satie, © Getty

Il y a cent ans de cela était donnée pour la première fois en concert la version orchestrale de Socrate composé par Erik Satie. Composée alors qu’il « emmerde » l’art, il parvient à donner une pièce d’une pureté rare pour cette époque.

« Deux messieurs semblant sympathiques » 

C’est en 1916 que la princesse de Polignac, grande mécène du XXe siècle, commande à son ami Erik Satie une pièce qui puisse accompagner ses lectures philosophiques. « Humble admirateur » de Platon et Socrate, il réalise son livret à partir de collages de trois textes antiques autour de Socrate : Le Banquet, Phèdre et Phédon,  qui constitueront un drame symphonique en trois parties. Il va  s'appuyer sur la « traduction la plus plate » qu’il a trouvé des textes de Platon, celle effectuée par Victor Cousin, philosophe et homme politique français du XIXe siècle.  

« Vive Platon ! Vive Victor Cousin ! Je suis libre ! Très libre ! Quel bonheur ! » 

Portrait de Socrate est le nom de la première partie de l’œuvre, centrée sur un extrait du Banquet de Platon, où Alcibiade dresse le portrait élogieux de Socrate. Le deuxième segment s’intitule Sur les bords de l’Ilissus extrait de Phèdre, dialogue entre Socrate et ce dernier. La troisième et dernière partie, Mort de Socrate, est la plus longue. Elle provient de Phédon, texte qui relate la mort du philosophe condamné à boire du poison vers 399 avant Jésus-Christ.  

Les histoires mettent en scène des personnages masculins, mais le  compositeur souhaitait que ces rôles soient interprétés par des voix de  femmes (deux sopranos et deux mezzos) pour allier différents timbres et distinguer « les faits eux-mêmes et leur récit ». Il cherchait à rendre un rythme monocorde comme lors d’une « paisible lecture ».  

Réception et influence 

Erik Satie avait « une "frousse" de "rater" cette œuvre ». Créée en 1918 avec la mezzo-soprano Jane Bathori, dans le salon de la commanditaire, la pièce suscita une vive émotion parmi les convives qui finirent en larmes d’après Valentine Hugo, peintre proche du compositeur. Cet engouement n’est pas partagé par le public qui découvre la version pour orchestre au Conservatoire, où  les rires fusent ce qui vexe profondément Satie. 

Le public est divisé mais ses proches sont conquis, en particulier les  artistes de son entourage. Il inspire notamment Brancusi pour la  sculpture, Jan Fox en peinture, et Merce Cunningham qui réalise deux chorégraphies à partir des transcriptions pour piano faites par John Cage.  

Vendredi 31 Janvier 2020 à 20h, auditorium de la Maison de la Radio, ensemble Le Balcon et Damien Bigourdan (ténor) dirigés par Maxime Pascal.  

Bibliographie 

OLIVIER Philippe, Aimer Satie, 2005, Paris, éd. Hermann, coll. Points d’orgue, 199 p.
VOLTA Ornella, Erik Satie, Correspondance presque complète, Paris, éd. Fayard/IMEC, 1234 p.
VOLTA Ornella, Satie et la danse, Paris, éd. Plume, 1992, 207 pages
VOLTA Ornella, L’Ymagier d’Erik Satie, 1979, Paris, éd. Francis Vand De Velde, 124 pages.