Dianoura ! une création pour et par "Orchestre à l'école" à Radio France

Après deux ans d’un travail acharné, les jeunes musiciens issus du projet "Orchestre à l'école" créeront Dianoura ! d'Etienne Perruchon avec l'Orchestre philharmonique et la pré-maîtrise de Radio France les 17 et 18 mars. Retour sur le projet dans les coulisses des premières répétitions.

Dianoura ! une création pour et par "Orchestre à l'école" à Radio France
Première répétition du projet Dianoura à l'Auditorium de Radio France avec l'Orchestre à l'école, © Radio France / Suzana Kubik

Premier jour des répétitions à Radio France. L’arrivée des jeunes musiciens participant au projet Dianoura ! se fait dans le silence. Pour la plupart de ces collégiens, c’est leur premier voyage à Paris. Ils découvrent la salle de l’Auditorium dans la pénombre, les yeux émerveillés. Et nous, on sera placé où ? C’est ça, le grand orchestre ? Et nos parents, ils seront assis juste là ? Les questions fusent.

Ils seront près de 270 jeunes instrumentistes et chanteurs sur la scène de l’Auditorium vendredi 17 et samedi 18 mars avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France pour créer Dianoura, 'cantate dogorienne pour chœur d’enfants et orchestre', une commande de Radio France au compositeur Etienne Perruchon. Les instrumentistes d’orchestre à l’école d’Onet-le-Château et de Livron, mais aussi un chœur formé des collégiens de Loriol, qui chantera au coté des enfants de la pré-maîtrise de Radio France et des choristes des collèges parisiens Germaine Tillion et Gabriel Fauré. Car Dianoura est une cantate, une métaphore d’un monde où chanter en chœur permet le dialogue entre les peuples :

« Les enfants chantent dans une langue imaginaire, le dogorien, une langue commune qui permet d’effacer toutes les différences. C’est un monde imaginaire, mais qui pourrait être réel, si tout le monde y mettait du sien… », explique Etienne Perruchon.

Pendant deux ans, les collégiens d’Onet-le-Château et de Livron - Loriol ont travaillé la partition de Dianoura ! avec leurs professeurs d'orchestre et chef de chant, un projet exceptionnel dans le cadre de leur pratique orchestrale habituelle. Exceptionnel car dans les trois collèges, grâce à l'implantation du projet Orchestre à l'école, une fois par semaine, tous les élèves de la classe orchestre se réunissent pour faire de la musique ensemble.

« Vous êtes chez vous ici..»

Pour l’heure, ils sont une cinquantaine de collégiens à assister à la première répétition à l’Auditorium de Radio France. Le pupitre des cuivres n’attend pas le top départ : « Allez, on fait les gammes ? » L’appel est lancé, et tout de suite, la petite bande se met à sonner les trompettes, les trombones et autres saxophones. S’en suivent les jeunes percussionnistes et les cordes, tout le monde s’installe. Le tutti s’accorde… silence, c’est l’arrivée du chef.

Adrien Perruchon, le fils du compositeur, est à la baguette. Il a déjà dirigé le premier projet de l’Orchestre à l’école à Radio France il y a deux ans. Il est très pédagogue, tient à mettre à l’aise les jeunes musiciens, impressionnés par la grande salle. « Vous êtes chez vous ici. Ce bel auditorium est votre deuxième instrument, profitez-en. » La première répétition est l'occasion de faire jouer ensemble les formations des deux collèges. Félicien est trompettiste, Clément clarinettiste. « Je voulais faire du saxophone, finalement le professeur de musique m'a suggéré de choisir la trompette. Et je ne regrette pas, c'est un super instrument, » explique Félicien. « L'oeuvre n'est pas facile, mais il faut travailler. C'est comme tout, j'ai pris l'habitude de m'y mettre chez moi, et je progresse. Et quand on est porté par la musique, on oublie tout, » renchérit Clément. Léo, quant à lui, fait du cor depuis sept ans déjà. « C'est super d'être là. J'ai un peu le trac, c'est vrai, mais maintenant qu'on est tous ensemble, il faut y aller, c'est tout. »

Un travail d'équipe que leur professeur d'orchestre, Robin Vies, professeur au conservatoire d'Aveyron, compare à un sport collectif. « Nous, on fait ce rapprochement avec le sport. C'est un travail d'équipe, et même s'il n'ont pas d'affinités, une fois en orchestre, ils doivent travailler tous ensemble. Ils doivent tout faire pour obtenir un son ensemble. Notre priorité est de leur instaurer la culture de l'orchestre, de développer l'écoute et la coopération. »

« La confiance donnée aux équipes...»

Etienne Perruchon a découvert le projet Orchestre à l’école il y a deux ans, lorsque les orchestres scolaires ont joué pour la première fois aux cotés de l’Orchestre philharmonique de Radio France. « Ce qui m’a frappé lors de ce concert, c’était le formidable investissement musical des enfants. Il ne s’agit pas du tout d’une attitude anti-conservatoire, où l’on impose une pédagogie rigide qui veut à tout prix faire du collectif. L’orchestre à l’école est basé sur la confiance donnée aux équipes : les professeurs qui encadrent les orchestres d’élèves transmettent la musique comme ils le font au conservatoire, mais en s’adaptant à la configuration sur le terrain. »

Et des situations sur le terrain sont presque aussi nombreuses que les formations, aujourd’hui au nombre de 1200 sur tout le territoire. Le projet Orchestre à l’école touche plus de 30 000 élèves sur plus de 600 communes. Selon Marianne Blayau, déléguée générale de l’Association éponyme, lorsque la Chambre syndicale de la Facture Instrumentale a lancé le premier Orchestre à l’école en 1999, une telle progression était difficile à prévoir, avec une centaine de nouveaux projets tous les ans.

« Un orchestre à l'école, c’est un partenariat local entre un établissement scolaire, une collectivité et un conservatoire ou école de musique. Un orchestre, c’est une classe prise dans son intégralité qui va se suivre pendant trois ans. Les fondations de chaque orchestre à l’école, c’est le travail d’équipe, un engagement dans la durée de l’équipe pédagogique d’un établissement, des encadrants qui viennent enseigner une fois par semaine du conservatoire ou de l’école de musique, et des élus, parce qu’il faut une volonté politique avec un budget voté. Après, les montages varient en fonction de la situation. » Et les frais de fonctionnement pour un orchestre à l'école s'élèvent à 40 000 euros lors du lancement, précise Marianne Blayau.

Mais qui dit, orchestre, dit, instruments. En fonction du projet d’établissement, l’Association accompagne l’acquisition des instruments, sans intervenir au niveau des choix. « Le parc instrumental est financé soit par les collectivités, quand elles le souhaitent, soit par le mécénat privé, et notre association est le premier mécène, parce qu'on collecte des fonds auprès des grandes entreprises du CAC 40 pour les injecter dans l'achat des instruments pour une quarantaine d'orchestres par an. Idéalement, le parc instrumental est acheté pour le projet pour assurer sa pérennité. La particularité de ce projet est qu'il n'impose pas une pédagogie, mais fait confiance aux participants sur sa nature, sa portée, le répertoire et la démarche pédagogique. Si on laisse faire les gens ce qu'ils aiment faire, ils le feront mieux : du classique jusqu'au steel band, tout est envisageable. Par contre, il faut que parmi les équipes encadrantes il y ait de bons arrangeurs... »

Une création sur mesure

Pour l’heure, les collégiens sur la scène de l’Auditorium forment un ensemble plutôt représentatif, avec la balance qui penche légèrement du côté des cuivres. Un défi majeur pour le compositeur, qui a su trouver le moyen de faire le grand écart entre une écriture pour l’orchestre professionnel, et une partition sur mesure pour les jeunes instrumentistes qui ont en moyenne trois ans de pratique de l’orchestre. « L’avantage c’est que je suis encore un peu vivant, plaisante-t-il. Donc, dès les premiers déchiffrages, j’ai pu suivre les conseils des encadrants et adapter au fur et à mesure la partition aux élèves. »

Etienne Perruchon lors de la première répétition de Dianoura ! à l'Auditorium de Radio France
Etienne Perruchon lors de la première répétition de Dianoura ! à l'Auditorium de Radio France, © Radio France / Suzana Kubik

Lorsque la création de Dianoura ! a été lancée, il a fallu sélectionner les participants parmi des dizaines de candidatures. Les deux communes choisies ont présenté des projets très différents : « Depuis très longtemps à Onet-le-Château, il y a un centre d’accueil des réfugiés. Quand ils obtiennent leur statut, ils restent souvent sur place, et donc c’est une ville à nombre de nationalités très importante. L’orchestre que nous avons dans ce projet est à son image : constitué des enfants de plusieurs nationalités, plutôt venus de milieu défavorisé.L’ancien maire de la ville, Fabrice Geniez, souhaitait faire de la musique un liant entre différentes cultures, et il a introduit l'orchestre à l'école pour tous les enfants. Il y a huit ans, il a monté les premiers orchestres dans les trois écoles de la ville, et ensuite, pour permettre aux primaires de continuer, il a créé une classe CHAM au collège. »

Le deuxième orchestre à l'école participant à la création d'Etienne Perruchon, c'est l'orchestre du collège privé de Livron, dont le chef d'établissement souhaitait introduire le dispositif pour aider les enfants en échec scolaire : « Même s'il s'agit d'un milieu plus aisé, la classe orchestre réunit plus d'enfants avec des troubles d'apprentissage ou un léger handicap qu'en moyenne. Pour certains de ces enfants, jouer en orchestre sur la scène représente un réel dépassement de soi. Et leurs progrès sont impressionnants, » explique Marianne Blayau.

Et après l'Orchestre à l'école ?

Mais au-delà des projets d'envergure comme Dianoura ! qui restent ponctuels, quel avenir pour les petits instrumentistes d'Orchestre à l'école une fois que les trois ans dédiés à un dispositif arrivent à terme ?

« Nous recevons beaucoup de candidatures tous les ans, mais décidons d'accompagner ceux qui proposent un 'après' aux élèves. Beaucoup d'entre eux décident de poursuivre la pratique instrumentale au conservatoire ou à l'école de musique. Certaines communes ouvrent même les classes d'orchestre au sein du conservatoire adaptées au niveau des élèves issus du projet. » Mais nombreux sont ceux qui, une fois lancés, ne s'arrêtent plus, comme en témoigne Robin Vies, le professeur d'orchestre d'Onet-le-Château : « Certains de nos élèves sont en orchestre depuis six ou sept ans, depuis le primaire. Nous avons commencé en travaillant sans la partition, mais avec le temps nous avons pu introduire l'écriture musicale et ils sont aujourd'hui tout à fait outillés pour lire une partition et jouer en autonomie au sein de l'orchestre. » Demain, les collégiens rencontreront les musiciens de l'Orchestre philharmonique de Radio France. Et dans quelques jours, ils joueront dans la cour des grands.

Alors, l'Orchestre à l'école, qu'en pensez-vous, Etienne Perruchon ? « Je suis pour un orchestre dans chaque école ! Il y a bien du sport collectif partout. La pratique d'orchestre, comme le sport collectif, fait connaître aux jeunes un modèle social extraordinaire, une petite démocratie qui fonctionne uniquement si tout le monde met la main à la pâte. Mais à la différence du sport, il n'y a là aucune compétition, aucun score à battre, il n'y a qu'un seul but : procurer l'émotion. »