Anne Mette Iversen - Racing A Butterfly

De l’incidence de quelques battements d’ailes d’un papillon en Provence, sur le jazz new-yorkais.

Anne Mette Iversen - Racing A Butterfly
Anne Mette Iversen, © BJU

Qu'est-ce qui nous attire chez certains artistes ? Quelles qualités possèdent-ils qui nous captivent et nous enchantent ? Est-ce la virtuosité, la créativité ou la longévité ? Ou bien est-ce une humanité inhérente à leur musique ? Peut-être un sentiment de connaissance de soi et d'assurance qui résonne dans chaque note de chaque composition. Pour de nombreux fans de la bassiste, compositrice et leader Anne Mette Iversen, c'est tout cela à la fois qui compte. De quoi se réjouir de la sortie de son nouvel enregistrement, “Racing a Butterfly”, avec son Quartet +1, le plus ancien groupe d'Anne Mette Iversen, avec John Ellis (saxophone ténor), Peter Dahlgren (trombone), Danny Grissett (piano), Anne Mette Iversen (basse) et Otis Brown III (batterie et cymbales).

Iversen explique que "la chanson titre de cet album a été inspirée par une course avec un papillon un matin d'été en Provence, en France. Courant le long des champs de lavande sur un chemin de terre, alors que la température montait rapidement, un papillon coloré est sorti des fleurs sauvages qui poussent au bord de la route, ayant apparemment décidé de me tenir compagnie. Nous sommes restés côte à côte pendant un moment, puis il s'est mis à jouer. Il s'est envolé, s'est laissé tomber, m'a rattrapé, a fait des cercles, s'est retourné et a tournoyé dans une sorte de danse. Cela a duré un temps étonnamment long, jusqu'à ce que le papillon s'envole enfin. C'est ce plaisir, cette joie, et cette légèreté que la nature exprimait si naturellement, qui m'ont fait sentir que je devais absolument célébrer ces aspects de la vie plus que je ne l'avais fait auparavant. J'ai donc entrepris d'écrire une nouvelle musique qui reflète cette expérience et qui vise la légèreté et l'enjouement dans son attitude générale, ce qui est devenu l'inspiration de "Racing a Butterfly"".

Anne Mette Iversen et son groupe ont beaucoup à dire sur le climat, l'avenir de la vie humaine sur terre, les nombreuses et horribles situations politiques dans le monde, et ils souhaitent susciter la contemplation, l'introspection et la joie dans leur public. "J'espère que l'aspect ludique et le plaisir de“Racing a Butterfly”donneront envie aux gens d'écouter, longuement, dès le départ. Peu importe le peu de temps dont on dispose ou la vitesse actuelle de la vie sociale, pour vivre une expérience profonde et se connecter à des émotions essentielles, il faut se donner suffisamment de temps. Les expériences réelles exigent de la contemplation et bien plus que les trente secondes que la plupart des plateformes numériques permettent d'écouter en avant-première. Pour grandir, il faut s'investir", déclare Anne Mette Iversen. 

Plus tard dans le processus de production de l'album, Iversen a découvert un poème intitulé "Tour de France" du poète allemand Günter Grass, qui parle aussi des papillons :  “Lorsque le peloton de tête a été dépassé par un papillon Brimstone, de nombreux cyclistes ont abandonné la course” - extrait de Ausgefragt (Questionné), 1967

Le poème a lancé une nouvelle série de réflexions sur mon expérience de la course avec le papillon", a déclaré Iversen. "J'ai imaginé le groupe de tête remontant les Champs-Élysées à vélo le dernier jour du Tour de France, regardant un coureur après l'autre abandonner, démoralisé par le papillon qui les battait. Mais peut-être que les coureurs ne sont pas du tout démoralisés. Peut-être ont-ils tous réalisé qu'il y a des choses plus importantes dans la vie qu'une course sur les Champs-Élysées. Ou peut-être prennent-ils soudain conscience des limites de la vie humaine, de l'impermanence de tout cela... Ou peut-être sont-ils simplement frappés par la merveille de la nature telle qu'elle se manifeste dans un papillon qui gagne la dernière course du Tour de France ! Dans le contraste qui s'établit entre la nature et la figure comique de l'homme accélérant à vélo sur l’asphalte, s'étant entraîné et préparé toute sa vie pour cette course, et qui commence à avoir des perspectives de l’existence humaine à un niveau plus profond.".
(extrait du communiqué de presse en anglais - traduction E. Lacaze / A. Dutilh)