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Mercredi 13 janvier 2021
1 min

Archéologie et lutherie : reconstitution inédite d’une lyre mérovingienne du VIIe siècle

Une équipe de chercheurs et de musiciens est parvenue à reconstituer une lyre de l'époque mérovingienne ainsi qu'un chevalet en bronze retrouvé dans une sépulture du VIIe siècle...

Archéologie et lutherie : reconstitution inédite d’une lyre mérovingienne du VIIe siècle
Julian Cuvilliez et Audrey Lecorgne, archéo-musicologues fondateurs du Pôle de Recherche, d'Interprétation et d'Archéologie Expérimentale, © Laureen Keravec / PRIAE

Faire revivre un instrument vieux de quatorze siècles, c’est un beau pari, une belle histoire qui commence en 1870 dans un chantier archéologique du Nord de la France, dans l’Aisne, près de la petite commune de Concevreux. Des archéologues découvrent un mystérieux chevalet de lyre en bronze dans une sépulture mérovingienne du VIIe siècle… Le précieux objet est alors racheté par le musée archéologique de Cologne, en Allemagne. Le chevalet est rangé, à l’abri des regards, dans les réserves et on n’en entend plus parler jusqu’en 2017. Son histoire arrive alors aux oreilles de deux Français, chercheurs en archéo-musicologie, c’est-à-dire des spécialistes des secrets de  fabrication et de la reconstitution des instruments très anciens, de l’Antiquité et du haut Moyen-âge. Ils s’appellent Julin Cuvilliez et Audrey Lecorgne et ils ont fondé le Pôle de recherche, d’interprétation et d’archéologie expérimentale des Côte d’Armor. Sa curiosité est aiguisée : un chevalet de lyre du VIIe siècle, en bronze qui plus est, et donc bien conservé, c’est rarissime, c’est le Saint Graal pour un chercheur… 

Un travail collectif...

L’objectif est vite fixé : reconstituer une lyre ainsi que ce chevalet le plus historiquement exacte possible… Cinq étapes vont suivre : les trois premières font appel à des technologies de pointe, la Numérisation 3D du chevalet, la photogrammétrie et la vibrométrie laser afin d’identifier, sans l’abîmer, sa composition exacte et ses propriétés vibratoires. Puis, arrive le moment de la reconstitution du chevalet : on en reproduit deux exemplaires, un pour la recherche, un pour les concerts, et cette étape est confiée à un archéo-métallurgiste. Ce n’est pas fini : il faut reconstituer la lyre en bois, en chêne plus précisément en s’inspirant des techniques des métiers du bois utilisées par les Francs. Pour cette ultime étape, c’est Julian Cuvilliez, aussi luthier, qui est aux manettes. Il a presque fallu un  village entier pour mener à bien un tel projet : le Pôle recherche des Côtes d’Armor s’est associé aux laboratoires de l’Institut technologique européen des métiers de la musique, l’Itemm, basé au Mans, et au Centre de Ressources techniques de Morlaix.

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Lyre Franque de Cologne reconstituée par les luthiers de Atelier Skald
Lyre Franque de Cologne reconstituée par les luthiers de Atelier Skald, © Laureen Keravec / Atelier Skald

L'instrument sera officiellement présenté, sans public, mais en streaming et en direct, au Musée royal de Mariemont en Belgique le 2 février - le musée abrite une exposition consacrée au plus célèbre des rois mérovigiens, Clovis. Et pour cette commande spéciale, un ensemble baptisé The Dragon et the Dove, le dragon et la colombe, a été formé et dirigé par Julian Cuvilliez. Il réunit les chanteurs grégoriens de l'université de Montpellier, ainsi que deux instrumentistes de l'Académie Royale de Londres et d’Édimbourg. Une belle histoire, un beau projet d’envergure européenne en ces temps troublés par le Covid et le Brexit.

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