La maison de Pierre Henry sera détruite

La maison parisienne de Pierre Henry, mort le 5 juillet 2017, sera détruite prochainement pour laisser place à une opération immobilière. Une habitation où il vivait depuis 1971 et qu'il avait transformé en studio d'enregistrement et laboratoire de recherche électro-acoustique.

La maison de Pierre Henry sera détruite
Pierre Henry dans le salon de sa maison du XIIe arrondissement de Paris , © Getty / Raphaël Gaillarde

Une pétition a été lancée, ses proches se sont mobilisés depuis le début mais rien n'y fait. Sauf miracle de dernière minute, la maison de Pierre Henry sera détruite avant la fin de l'année. Située dans le XIIe arrondissement de Paris, au 32 rue de Toul, cette petite bâtisse recouverte de vigne vierge était habitée par Pierre Henry depuis 1971. Il en avait fait un temple dédié à la musique électro-acoustique. C'est dans cette maison qu'il composait, qu'il enregistrait et qu'il effectuait ses recherches à l'aide d'une quantité impressionnantes de machines installées dans presque toutes les pièces. Un lieu qui servait également à accueillir du public pour des concerts-performances.

Dans une interview datant de 2005, Pierre Henry déclarait : « Les sons que gardent la maison sont un soutien pour moi. Comme les manuscrits d'un écrivain. C'est la bibliothèque qui vous enrichit un peu tous les jours ». Celui qui était considéré comme le père de la « musique concrète » se servait de sa maison comme un instrument de musique. Tout ce qui s'y trouvait pouvait lui servir à créer des sons. Pourtant, le compositeur n'était que locataire de son logement et son propriétaire l'a vendu à un promoteur immobilier qui compte faire place nette pour y construire un immeuble moderne.

La décision attriste les proches de Pierre Henry. A commencer par Isabelle Warnier, sa compagne, qui vit toujours dans les lieux : « C'est une épreuve vraiment dure à vivre. C'est une vraie maison d'artiste, un lieu qui mériterait de subsister. Malheureusement, il n'y a plus aucun espoir de sauver la maison mais il en reste un de sauver l'œuvre de Pierre Henry ». L'intégralité du fonds du compositeur, accumulé en plus de 70 ans de carrière, est en effet entreposé dans la maison. La Bibliothèque nationale de France pourrait récupérer une partie des 10 000 bandes magnétiques stockées par le créateur de Messe pour le temps présent. Il y a également un projet de reconstitution du studio de Pierre Henry au sein du Musée de la musique en cours. « Le problème est que nous avons très peu de temps pour agir, se désole Isabelle Warnier. Nous devons avoir quitté les lieux en juillet prochain ». La compagne du compositeur espère que la ville de Paris et le conseil régional pourront apporter une aide pour trouver un lieu qui pourrait accueillir tout le matériel.

Une pétition a été lancée sur internet et interpelle Françoise Nyssen, ministre de la Culture et Anne Hidalgo, maire de Paris, pour tenter de sauver ce lieu chargé d'histoire. A ce jour, près de 6 000 personnes l'ont déjà signée. Contactés par nos soins, ni le ministère, ni la ville de Paris n'ont pour l'instant répondu à nos questions.

* Mise à jour - 08/02/2018 à 18h *

La ville de Paris nous informe qu'elle en « lien étroit avec l'association » et qu'elle la « finance depuis de nombreuses années ». La mairie indique également apporter une aide afin de trouver de nouveaux locaux pour accueillir le fonds du compositeur. Elle travaille à la « mise en place d'une conservation et d'une numérisation des œuvres et du studio » de Pierre Henry. Enfin, le Conseil de Paris s'est prononcé en faveur de la pose d'une plaque commémorative.