Travail, partage et amitiés : la bonne recette d'une académie d'été

Dans le village catalan de Céret, chaque année au mois d’août, de grands amateurs et de jeunes professionnels se retrouvent pour partager une même passion, la musique.

Travail, partage et amitiés : la bonne recette d'une académie d'été
Ruelle de la vieille ville de Céret, dans les Pyrénées Orientales. , © Getty / Charlie Harding / robertharding

« S’amuser, chanter, partager notre passion commune », voilà ce que répond Julia, jeune chanteuse soprano de 19 ans, lorsqu’on lui demande ce qui l’a décidée à passer ses vacances à l’Académie musicale de Céret, plutôt que de lézarder sur une plage ou profiter autrement de l’été. Car une académie, c’est un investissement aussi bien en termes de temps et d’énergie que de moyens financiers.  

Chaque année, ce ne sont pas moins de 550 stages et master class* qui sont organisés partout en France, entre le début du mois de juillet et la fin du mois d’août, soit pendant que les structures traditionnelles - conservatoires et écoles de musique - sont fermées. 

A Céret, depuis la création de l’académie, en 2014, les candidats sont chaque année plus nombreux, et ce même constat s’applique à l’échelle nationale. Que viennent chercher les élèves durant ces académies ? Pourquoi un  tel engouement de leur part ? 

*Estimation fournie par la Cité de la musique de Paris. 

Gilles Henry, Catherine Dune et les 24 stagiaires de l'Académie sur la scène du Théâtre de Verdure de Céret.
Gilles Henry, Catherine Dune et les 24 stagiaires de l'Académie sur la scène du Théâtre de Verdure de Céret., © Radio France

Bien entouré(s) 

« Pour un jeune musicien, il est très difficile de savoir comment travailler seul, fait remarquer Catherine Dune, soprano, metteuse  en scène et professeure au conservatoire du 18ème arrondissement de Paris. A Céret, tout au long de ces dix jours, on peut les accompagner de manière quotidienne, puisqu’ils ont au moins 45 minutes de cours individuel par jour. Cela leur permet de passer des caps. De progresser plus vite. » 

Durant une académie, les élèves bénéficient donc d’un encadrement personnel et continu de la part des professeurs, mais pas seulement;  ils sont aussi plongés dans une ambiance collective, dans l’échange quotidien avec les autres élèves. « C’est très important d’avoir des avis extérieurs, différents même de celui d'un professeur », explique Julia. 

Et si un élève s’attend à ne travailler qu’un répertoire soliste, il sera vite déçu : « Ce qui est intéressant à Céret; c’est que ce ne sont pas seulement des cours particuliers comme les élèves peuvent en prendre pendant le reste de l’année », explique Didier Henry, baryton, metteur en scène et professeur au conservatoire du 12ème arrondissement de Paris. 

« L’effort est mis sur le travail d’ensemble, l’échange entre chaque classe et chaque participant. Et les élèves recherchent eux-même cet esprit de communauté, cela leur permet de ne pas s’enfermer dans une tour d’ivoire. » 

Découvrir le métier 

Cette tour d’ivoire que peuvent parfois se construire les aspirants musiciens, elle se constate par le fait même qu’ils ont souvent peu d’occasion, en conservatoire ou en école de musique, de chanter ou jouer en groupe. Selon Didier Henry, « les élèves n’ont pas l’habitude de travailler en ensemble. Et pourtant, si on fait une carrière, dans l’art lyrique par exemple, on passe à peu près 5% de notre temps à chanter des airs et 95% de notre temps à chanter des ensembles. »

Mais la mise en condition professionnelle ne repose pas seulement sur la dimension collective du métier de musicien. Il s’agit aussi pour ces jeunes chanteurs et instrumentistes de se confronter au public, de monter sur scène, un autre aspect de la carrière d’interprète qu’ils ont parfois peu l’occasion d’expérimenter le reste de l’année.  

C’est là une autre spécificité de l’Académie musicale de Céret : chaque soir est organisé un petit concert d’une heure, au cours duquel les élèves interprètent des œuvres de leur choix. Des œuvres qu’ils ont bien souvent ‘déchiffrées’ - c’est-à-dire interprétées pour la première fois - au cours de la journée. L’intérêt ? Accepter de ne pas être parfaitement préparé, de se montrer imparfait. 

Or, c’est bien souvent face au public que tous les bénéfices accumulés durant la journée, ou l’ensemble du stage se révèlent finalement, même quand un élève pense ne pas avoir suffisamment répété. « On voit une grande progression pendant le stage mais aussi et surtout le soir du concert final, souligne Didier Henry. Là on constate une évolution franche des qualités des élèves, et je crois qu’ils s’en rendent compte aussi, et c’est ça qui est important. Qu’ils puissent eux-mêmes apprécier leurs progrès. »

De la place, aussi, pour les amateurs !

Cette progression ne s’applique pas seulement aux élèves des conservatoires, ou à ceux qui se destinent à une carrière professionnelle. A Céret, on trouve aussi des amateurs. S’ils privilégient avant tout le plaisir, leur démarche est en fait similaire à celle des aspirants professionnels : travailler, progresser, et se consacrer entièrement à la musique.  

Amélie est clarinettiste et chanteuse amateure : le reste de l’année, elle n’a pas beaucoup de temps à consacrer à la musique, et l’été est pour elle une période de pause. Un moment durant lequel elle peut choisir de se consacrer à sa voix et son instrument.

« C’est presque comme partir en vacances, finalement, mais les grasses matinées en moins, témoigne Amélie. Pour moi c’est l’occasion de faire de la musique tous les jours, qui plus est avec des chanteurs et instrumentistes d’excellent niveau. Et en tant que musicienne amateure, c’est finalement rare de trouver un lieu où l’on puisse rencontrer et jouer avec des professionnels. »

Toute une organisation 

Si la plupart des élèves ont connu l’académie par le bouche à oreille, et que la bonne réputation de ce rendez-vous cérétan se charge de faire bonne publicité, reste néanmoins qu’un tel séjour requiert un important travail de préparation et d’organisation.

Angéline Pondepeyre, pianiste, chef de chant et ancienne professeure du conservatoire de Rueil-Malmaison, est pleinement investie dans l’organisation de cette académie qu’elle a elle-même créée, il y a cinq ans. « Je vis à Céret depuis 7 ans, et j’affectionne tout particulièrement cette ville, l’atmosphère y est magnifique. » 

« A Céret j’ai la chance de bénéficier du soutien de la mairie et du conseil municipal, poursuit Angéline Pondepeyre. Ils ont mis à notre disposition les locaux de l’école de musique, les salles associatives, le théâtre de Verdure. » Un investissement qui n’est pas sans retour pour la ville cérétane, car avec une heure quotidienne de musique en public, un grand concert donné par les professeurs et un autre par les stagiaires, les habitants de la commune - comme les vacanciers de passage - bénéficient de toute une animation musicale et culturelle. 

« Nous avons un public d’habitués, des gens de Céret qui reviennent d’année en année », se félicite Angéline Pondepeyre. Et c’est bien là une autre dimension de ces académies d’été : alors que les théâtres et salles de concert ferment leurs portes pendant les mois de juillet et août, que les grands festivals investissent les villes, les académies permettent, elles, de faire vivre la musique en d'autres lieux : montagne, campagne, villages ou encore bords de mer.