Audiodescription et visite tactile, l'Opéra Comique s'engage pour les personnes en situation de handicap

Tous à l'Opéra 2019 : dans le cadre de ces journées annuelles, l'Opéra Comique propose des parcours pour les personnes en situation de handicap visuel ou auditif.

Audiodescription et visite tactile, l'Opéra Comique s'engage pour les personnes en situation de handicap
Le visite tactile de l'atelier des costumes à l'Opéra - comique à Paris, © Radio France / Suzana Kubik

La manifestation annuelle Tous à l'opéra ouvre les portes sur la magie du spectacle dans toutes les maisons lyriques de France. Enfants et familles, fins connaisseurs ou parfaits néophytes sont invités à franchir le seuil de ces vénérables institutions pour découvrir métiers et coulisses, entonner quelques notes avec les maîtres de chant ou écouter les répétitions des dernières productions. Tous, sauf les personnes en situation de handicap visuel ou auditif, se sont dit les équipes de l'Opéra Comique à Paris. 

Pour y remédier, les équipes ont dédié ce premier week-end de mai à l'accessibilité. « L'idée nous est venue du nom, explique Maxime Gueudet, chargé de la médiation. Les maisons lyriques sont-elles vraiment accessibles à tous lors de ces portes ouvertes ? La réponse est non quand il s'agit de personnes en situation de handicap, donc nous avons décidé d'organiser des visites adaptées, des dispositifs spécialement conçus pour accompagner les personnes déficientes visuelles et les personnes sourdes. »

Les maquettes tactiles aux mêmes proportions que la salle existaient déjà, il fallait trouver un guide, formé à l'audiodescription, en l’occurrence Rémy de Fournas, et un interprète en langue des signes et lecture labiale, Jennifer Tederi, une interne, puisqu'elle enseigne déjà depuis septembre dernier le chansigne à la Maîtrise populaire de l'Opéra Comique

Depuis trente ans, Rémy de Fournas accompagne les projets d'accessibilité dans la culture aux personnes en situation de handicap, et notamment via l'audiodescription pour les personnes mal-voyantes ou non voyantes. « Il faut écouter les questions des personnes à déficience visuelle, y être attentif afin de mettre en mots tous les aspects que nous embrassons du regard de façon automatique : les formes et les volumes, les distances et les proportions, pour qu'elles puissent appréhender l'espace dans sa dimension visuelle », précise-t-il.

Cinq personnes ont répondu à l'invitation et ont pu assister à une découverte tactile des espaces et des volumes, d'abord à l'aide des maquettes, puis en se baladant dans les foyers et les loges. Ensuite, le petit groupe s'est rendu sous les combles du théâtre où ont été exposés les costumes de Carmen, probablement l'oeuvre la plus célèbre créée dans cet opéra. C'était l'occasion de sentir sous les doigts toute la délicatesse des matières qui habillent le toréador et sa bohémienne à chaque fois que la production est reprise sur scène.

« C'est la première fois que j'entends parler de ce type de visite d'une maison lyrique, nous confie Madeleine, malvoyante et très mélomane. La Cité des sciences propose tout un tas de dispositifs pour les personnes malvoyantes, nous permettant d'assister à toutes ses expositions, mais ce n'est pas le cas pour le milieu lyrique, alors que c'est vraiment intéressant, cela permet de mieux s'imaginer l'opéra que l'on vient écouter dans la salle. » 

Le lyrique à la traîne

Encore faut-il que la production en question soit disponible en audiodescription. « En moyenne, deux productions lyriques sont proposées en audiodescription par an, et seulement sur certaines dates, nous explique Thibault, jeune homme malvoyant accompagné par son chien guide. _C'est très excluant, surtout au niveau des sous-titres : on n'est pas censé parler italien ou allemand pour venir à l'opéra, à ce que je sache. Regardez le cinéma : l'audiodescription y est systématique pour toutes les productions françaises. Alors, pourquoi pas l'opéra ? »  _se demande-t-il.

Deux personnes sourdes assistent à la visite. L'interprète en langue des signes française (LSF) Jennifer Tederi traduit toutes les explications, leur permet de poser des questions et de partager leurs impressions. « Je suis tellement contente, s'enthousiasme la directrice de l'association Visuel Langue des Signes Jessica Dinahet. Je viens ici et je découvre qu'à l'Opéra Comique on propose une visite avec une vraie interprète LSF, et qu'en plus, on y enseigne le chansigne, c'est extraordinaire ! Mais nous ne sommes que deux personnes aujourd'hui, alors qu'il y a des milliers et des milliers de sourds qui seraient ravis d'y être. Nous, les sourds, sommes assez frustrés en général parce qu'on nous dit, toi, la musique ça ne te concerne pas vraiment. C'est faux ! Vous entendez tout ce qui se passe, nous on ressent énormément les vibrations, et si on a un interprète pour chansigner, on a accès à la même chose que vous et on adore ça. C'est vrai que c'est un petit investissement à faire mais c'est dans une démarche d'égalité », conclut-elle.

Les choses bougent, mais trop lentement, acquiesce Rémy de Fournas. Il connait le milieu mieux que quiconque : « On a commencé il y a trente ans, mais on n'y est pas encore. Et pourtant, aujourd'hui on a les connaissances et les outils nécessaires pour arriver à un accès égalitaire dans tous les domaines de la culture. Donc, il faut y aller, il faut militer, » conclut-il.