La rentrée des maîtrises : « ce n'est pas chanter, mais enseigner avec le masque qui pose problème »

Chanter, est-ce risqué face au Covid-19 ? Depuis six mois, les pratiques vocales sont mises à mal, et notamment les chorales. Comment chanter tout en se protégeant et en protégeant les autres ? Reportage à la Maîtrise de Radio France à Bondy.

La rentrée des maîtrises : « ce n'est pas chanter, mais enseigner avec le masque qui pose problème »
La Maîtrise de Bondy en répétition, © Radio France / Suzana Kubik

En attendant la répétition sur les marches de l'auditorium de Bondy, les élèves répètent les passages difficiles. Partitions sur les genoux, ils gardent la distance règlementaire : 1m50 par maîtrisien, 2 mètres en quinconce, et pour l'instant tous chantent masqués. Mais une fois en répétition, les masques vont tomber. Pour Sarah Maria, élève de 6e, le port du masque toute la journée au collège est fatiguant. Alors enlever le masque le temps des répétitions lui permet de respirer : 

« Là, on chante avec le masque et c'est désagréable. La chaleur remonte à mon visage. Ça nous gène un peu mais ça va, on s'adapte. Mais garder le masque pendant une répétition qui dure trois heures, ce ne serait pas possible. »

En effet, depuis six mois, les pratiques vocales sont mises à mal, et notamment les chorales : plusieurs foyers d'infection sont apparus suite aux répétitions et concerts en Espagne, Pays-Bas ou aux Etats-Unis. Alors, comment rechanter tout en se protégeant et en protégeant les autres ? Pour l'instant, aucun protocole officiel n'encadre chorales et maîtrises, et les associations reposent sur un certain nombre de préconisations.  Et si tout le monde est d'accord qu'il faut éviter de partager pupitres et partitions, le port du masque divise. Le protocole de la Maîtrise de RF par exemple, autorise les élèves à enlever le masque lorsqu'ils chantent, alors qu'ils le portent dans toutes les autres situations de leur vie scolaire.

Evidemment, les élèves chantent sans masque principalement pour des raisons pédagogiques. Mais ce n'est pas le cas des professeurs et des chefs de chœur, qui gardent leurs masques face aux élèves. Le vrai problème n'est pas de chanter, mais plutôt d'enseigner avec le masque, explique Morgan Jourdain, chef de chœur de la Maîtrise de Bondy :

« C'est plus difficile parce que dans une pédagogie qui peut fonctionner sur de l'imitation, l'implication du visage, des mimiques, pour un chanteur de l’ouverture de la bouche, de la mâchoire, c'est des choses qu'on montre. J'ai la chance d'avoir des enfants qui ont des cours de chant : ils ont des gestes communs, une mémoire commune de ce qui est possible de faire. Ils ont appris à chanter avant le confinement. »

Le port du masque, mais aussi la distanciation physique, sont appliqués aussi en cour de chant, limités désormais à un ou deux élèves. Des contraintes nouvelles qui obligent les professeurs à repenser leur enseignement, selon Dominique Moaty, professeure de chant à la Maîtrise :

« Parfois je prenais leurs mains pour faire sentir sur moi qu'il y a une ouverture en bas du dos, je vais éventuellement toucher leur dos, vérifier que leurs bras sont détendus. Je ne peux plus le faire. Il faut que je trouve des métaphores sans cesse. »

Mais la distance règlementaire n'a pas que des inconvénients. Elle responsabilise davantage les élèves, selon Morgan Jourdain : « Effectivement, on n'est pas du tout dans la disposition habituelle, normalement ils sont beaucoup plus proches, et en même temps le fait qu'ils soient plus espacés, ils n'ont pas la même sensation du confort, mais vocalement ils ont été tous individuellement obligés de s'impliquer plus. »

En revanche, en concert, Morgan Jourdain dirigera sans masque. Les maîtrisiens chanteront en sept langues en reprenant entre autres le projet Les chants du loin, quatre œuvres originales créés à distance en juin dernier. Un clin d'œil à la période de confinement qui a rassemblé toute l'humanité et un exercice de haute précision pour lequel le geste du chef n'est pas suffisant :

« Comme un 1er violon qui incite par le regard à la respiration. Techniquement, c'est possible de le montrer par le geste, mais s'il y a pas de communication de visage, des lèvres, d'insuffler la respiration, forcement c'est un obstacle. »