Quels bénéfices du sport pour les musiciens professionnels ?

Mis à jour le lundi 18 octobre 2021 à 17h42

On entend souvent que les musiciens professionnels sont comme des sportifs de haut niveau. A quel point cela est-il vrai ? Le sport peut-il nourrir la pratique musicale et comment ? Enquête.

Quels bénéfices du sport pour les musiciens professionnels ?
Quels bénéfices du sport pour les musiciens professionnels ?, © Getty / FOTOGRAFIA INC.

La batteuse croate Lada Obradović était nageuse avant de se consacrer à la musique. Levée à 5h du matin, deux entrainements par jour, 4h par jours dans l'eau, il n'y avait pas une journée de perdue. "Je me disais, si je loupe un entraînement, cela ne va plus jamais me revenir. Et j'ai transposé cette mentalité à la musique. On me le reproche souvent en me disant que la musique doit être un plaisir. C'est un plaisir, bien sûr, mais pas tout le temps. C'est aussi une responsabilité de travailler pendant de longues heures, même si parfois c'est dur,"s'est-t-elle confié au micro de Lucie Bombled. D'autant plus que sa rencontre avec la batterie a eu lieu lorsqu'elle avait 17 ans et elle sentait qu'elle devait rattraper son retard. Pendant quatre ans, la musicienne s'enferme avec son instrument. "Je ne voyais personne. Je me suis construite une petite salle de répétition. Je me réveillais, je courais 10 km, je jouais de la batterie jusqu'à 11 heures du soir. Je repartais courir pour m'étirer un peu, et je recommençais le lendemain."

Alors, le sportif de haut niveau et le musicien professionnel, même combat ? "L'entrainement musculaire est en effet propre au sport, répond Lada Obradović . Mais c'est le conditionnement mental de la sportive que j'étais que j'ai appliqué dans ma pratique musicale." Une discipline dans l'entrainement donc, et une endurance dans l'effort pour arriver à un objectif.

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"Il faut rapidement arrêter la comparaison, répond Marie-Christine Mathieu, kinésithérapeute spécialisée en accompagnement des musiciens et fondatrice du site Smart-Mouvements"Physiquement, les musiciens sont des personnes qui ont un geste très précis, avec une immobilité dans l'espace. Il y a très peu de sports qui demandent ses capacités. Je peux en citer deux : le tir-à-l 'arc, et l'équitation."

Selon la professionnelle, un musicien n'a pas besoin de beaucoup de force musculaire. Pratiquer un sport dans l'intention de se muscler va au contraire bloquer le geste et faire perdre de la souplesse. Il est donc inutile d'enchaîner des séries d'abdos déconnectées de sa pratique pour renforcer le soutien abdominal, par exemple, pour les chanteurs ou les instrumentistes à vent. La kinésithérapeute distingue deux groupes musculaires, dont celui qui sert à la pratique musicale. "On a des muscles posturaux et des muscles dynamiques. Le musicien a besoin d'être très bien codé pour ses muscles posturaux. Et s'il travaille le groupe dynamique, ce n'est pas pour ça qu'il saura travailler le juste équilibre entre les deux." Les muscles posturaux doivent toujours être travaillés avec l'instrument, l'équilibre entre les groupes dynamiques, posturaux et le cerveau étant un équilibre complexe, précise la kinésithérapeute.

Quel rôle du sport pour un musicien professionnel ?

En même temps, le manque d'activité physique peut être très nocif pour un musicien professionnel. D'abord parce qu'il oblige son corps à rester dans des positions statiques pendant de longues heures, et ensuite parce que la nature très répétitive de l'entrainement sollicite des zones très spécifiques du cerveau au détriment de son fonctionnement systémique. Or, intégrer la pratique d'un sport dans son hygiène de vie est encore aujourd'hui une tendance relativement rare, selon Marie-Christine Mathieu :  "Le musicien considère souvent la pratique d'un sport comme une perte de temps, parce qu'il doit travailler énormément son instrument pour arriver à un niveau de plus en plus parfait. Et aussi, parce qu'il a souvent peur de se faire mal." Des idées reçues qu'il faut combattre, parce que les bénéfices du sport pour un musicien sont nombreux lorsqu'il est considéré comme un divertissement, et non pas comme une recherche de la performance.

"Le but principal doit être de se vider la tête, c'est à dire de se divertir au sens profond du terme, dans le sens où le cerveau a besoin de sortir du schéma répétitif de la pratique. Et pendant le sport, quand il est pratiqué dans l'objectif de se divertir,  le cerveau libère de la sérotonine, qui va aider les musiciens à se concentrer et à libérer des émotions qui vont nourrir leur pratique musicale."   Marie-Christine Mathieu

Ou encore à canaliser les émotions négatives, comme l'explique Laurent Koehl, ténor dans le Chœur de Radio France. Le sport fait partie de sa routine quotidienne, et notamment pour mieux connaître son corps et lutter contre le stress de la performance. "La natation m'a beaucoup aidé au niveau de la respiration parce qu'elle a besoin d'une régularité et d'un rythme constant. En travaillant ma respiration, j'arrive à mieux contrôler les situations où je sens le trac monter."

"Le sport est un anti-stress majeur, il  aide le cerveau à prendre confiance en soi et en ses capacités, à voir les choses en dehors d'une performance, confirme la kinésithérapeute Marie-Christine Mathieu, mais à une condition, qu'il soit fait dans le plaisir."

Quel sport choisir ?

La natation, la course à pied, le yoga, certaines activités physiques reviennent régulièrement dans les témoignages des musiciens sportifs. Y a-t-il des sports qui seraient plus à conseiller par rapport à la pratique musicale d'un chanteur ou d'un instrumentiste ?

Non, répond la kinésithérapeute. Le choix du sport reste très personnel pour un musicien. Le meilleur sport sera ainsi celui qui va lui permettre d'écouter son corps et de faire des passerelles entre sa pratique musicale et sportive. "Choisir un sport uniquement parce qu'il est bon pour la santé, ne constitue pas une motivation suffisante pour maintenir son assiduité, explique la kinésithérapeute.  Il ne faut pas non plus chercher l'effort à tout prix. La question que l'on doit d'abord se poser, c'est qu'est-ce qu'on aime ? Quels sont nos besoins et quelle activité sportive nous apportera du plaisir avant tout ?" La professionnelle cite l'exemple de Julie, jeune pianiste qu'elle avait accompagnée, qui a choisi le tir-à-l'arc à la campagne, car "elle n'avait pas l'impression de perdre son temps. Elle avait, au contraire, l'impression de travailler son instrument autrement et quand elle le reprenait, elle avait l'impression d'avoir progressé."

Choix d'un sport, compatibilité avec sa pratique musicale, intensité et rythme de la pratique... La batteuse Lada Obradović a du trancher. Elle a fini par arrêter la natation. "Je me suis rendue compte que continuer avec mon sport et travailler 13 heures par jour la musique, ce n'était plus possible."

S'occuper de son corps, c'est indispensable, prévient Marie-Christine Mathieu. Mais attention de ne pas rentrer encore dans une discipline très rigoureuse. Le corps et le cerveau ont besoin d'une réelle détente. Ce qui peut être utile, c'est de se faire accompagner par un professionnel, souligne la kinésithérapeute. Or, à la différence des sportifs, plus les musiciens sont performants, plus ils sont seuls et ont l'impression de devoir se débrouiller par eux-mêmes, constate-t-elle. "J'ai vu trop de musiciens qui ont rajouté à leur emploi du temps déjà chargé une pratique sportive et qui finissaient avec des burn-out et des tendinites. Il faut à tout prix éviter la surcharge physique et mentale. Si je pouvais donner un conseil aux musiciens, ce serait qu'ils fassent une activité sportive prise sur le temps de leur pratique instrumentale. Qu'ils n'en rajoutent pas."