Crise sanitaire : pourquoi les professeurs des conservatoires s'inquiètent du sort de leurs jeunes élèves ?

Si le confinement de printemps n'a pas provoqué de décrochage massif, le reconfinement de novembre risque de durablement affecter établissements, enseignants et élèves. Pourquoi ? Explications par Michel Ventula, secrétaire général du Syndicat national des enseignants et artistes.

Crise sanitaire : pourquoi les professeurs des conservatoires s'inquiètent du sort de leurs jeunes élèves ?
Pourquoi les conservatoires doivent-ils revenir à l'enseignement en présentiel ?, © Getty / Johnce

A peine les cours en présentiel ont-ils repris en septembre dernier, après 6 mois d'enseignement à distance, que les conservatoires et les écoles de musique ont été stoppés dans leur élan et forcés de fermer à nouveau le 29 octobre dernier. A l'exception des classes à horaires aménagés, des 3e cycle et des cursus préparatoires à l'enseignement supérieur (CPES). Exception aussi, pour les activités en partenariat avec le milieu scolaire qui ont été maintenues, toute activité 'extra-scolaire' ayant été interdite.

Les professionnels de l'éducation musicale spécialisée tirent la sonnette d'alarme : ils dénoncent les incohérences qui auront les conséquences durables sur l'avenir de la discipline, à l'image de Jean-Christophe Bergeon, directeur du Conservatoire de Mayenne, qui a adressé le 2 novembre dernier une lettre ouverte à la ministre de la Culture Roselyne Bachlot, très inquiet pour sa structure mais également pour ses élèves et les enseignants, son établissement ayant été ouvert seulement pendant 11 semaines depuis mars dernier.

Quelles sont les principales raisons de cette inquiétude ? Nous avons posé la question à Michel Ventula, secrétaire général du Syndicat national des enseignants et artistes.

« La situation est difficile à gérer dans la mesure où seuls sont autorisés à venir suivre les cours dans nos établissements, les grands élèves. Or, c'est pour les premier et deuxième cycles que le suivi en présentiel est essentiel. Notamment des débutants, c'est très compliqué de débuter un instrument avec des écrans. Donc, on a une perte certaine de jeunes élèves instrumentistes ou danseurs qui n'ont aucun intérêt à poursuivre des activités au Conservatoire et à l'école de musique, même s'ils sont inscrits depuis septembre.»

Une perte d'élèves qui est à prévoir au cours de l'année, d'autant que pour certaines structures de petite taille, le paiement se fait par trimestre : « Nos estimations sont entre 10 et 30% au premier trimestre, et les conservatoires à rayonnement communal ou intercommunal et les petites écoles de musique en milieu rural sont les plus menacés.  Les grands établissements ont des moyennes et une attractivité que n'ont pas forcément les petites structures, une notoriété naturelle qui fait que les parents des élèves font confiance à ce qui est mis en place, mais ça représente très peu dans le paysage de l'enseignement artistique spécialisé. Donc, tout le reste est fragilisé. » 

Selon Michel Ventula, le protocole sanitaire spécifique dicté par le ministère de la Culture est suffisamment précis et les instances locales, au sein des collectivités ou des associations, sont en mesure de veiller à son application correcte. D'où la mobilisation générale des professionnels pour une réouverture, au moins pour les premier et deuxième cycle, a minima pour les cours individuels :  « Nous savons que les pratiques collectives - chant choral ou orchestre, peuvent poser le problème de locaux. Mais on ne comprend pas comment l'on autorise les horaires aménagés sous prétexte qu'ils sont sous l'égide de l'Education nationale, alors que ce sont les mêmes locaux. Ou encore les projets avec les classes qui eux, ont été maintenus et pour lesquels les enseignants, notamment les assistants spécialisés, les assistantes territoriaux, interviennent dans les établissements de l'Education nationale .»

De plus, à la différence du confinement total au printemps, les professeurs de conservatoire se trouvent souvent obligés d'assurer à la fois le distanciel et le présentiel, certains enchaînant des cours des classes CHAM au conservatoire et assurant l'enseignement individuel spécialisé en visioconférence. « Parfois les enseignants n'ont matériellement pas le temps de revenir chez eux, donc il y a des établissements qui arrivent à équiper certaines salles pour que les enseignants restent sur place pour continuer les cours en distancié, et d'autres où les collectivités n'ont pas forcément toutes les budgets pour ça. »

Les professionnels militent pour que les établissements d'enseignement artistique rouvrent par rapport à ce qui se pratique dans l'Education nationale, souligne Michel Ventula. « C'est en plus les mêmes élèves qui vont d'un établissement à l'autre,  Sinon, on va mourir guéris, on n'aura plus de culture, on n'aura plus rien. On n'aura plus que du virtuel,  » regrette le syndicaliste.