Parlez-vous Timbalooloo ? Quand la musique s'apprend comme une langue maternelle

Pour éveiller les tout petits à la musique, le clarinettiste jazz Oran Etkin s'est inspiré de l'apprentissage de la langue maternelle. Il en a élaboré une méthode appelée Timbalooloo dont il explique les grands principes.

Parlez-vous Timbalooloo ? Quand la musique s'apprend comme une langue maternelle
Parlez-vous Timbalooloo ? Oran Etkin à l'occasion du concert pour enfants à Paris, © Radio France / Suzana Kubik

Big Momma Tuba, Big Momma Tuba... Les tout petits et les plus grands ne s'en lassent pas, même après avoir quitté la salle. Pendant une heure, dimanche 9 septembre à l'auditorium du Musée d'Art et d'histoire du Judaïsme à Paris, les enfants de 4 à 7 ans ont swingé sur les tubes de Duke Ellington, Herbie Hancock et Miriam Makeba. Un éveil musical par le jazz ? Plus que cela, répond Oran Etkin, le clarinettiste jazz new-yorkais et grand mage de cette session rythmée. C'est surtout une méthode d'initiation à la musique nommée Timbalooloo, et qu'il décline aujourd'hui sur scène, en supports audio et dans les ateliers domiciliés dans le centre d'éveil musical qui a récemment ouvert dans le quartier new-yorkais de SoHo. 

« C'est le but de la séance, sourit le musicien. Si les enfants s'approprient la musique qu'ils ont entendue, j'ai bien fait mon travail. » C'est d'ailleurs un enfant de trois ans qui lui a donné l'idée de ce nom à la Mary Poppins pour sa méthode.  « Il a assisté à un atelier au centre, et de retour à la maison, il l'a reproduite pour ses parents, avec des instruments imaginaires dont un qu'il a appelé Timbalooloo. » 

Les ingrédients de la recette Timbalooloo se déclinent sur le même principe, explique Oran Etkin, en fonction du contexte.  Une histoire simple, proche de l'univers des tout petits, avec comme personnages principaux, les instruments de musique. « Lorsque les enfants jouent à la poupée, ils la font parler, mais au final, ce sont eux qui s'expriment à travers elle. L'instrument devient cette poupée, et permet à l'enfant de s'exprimer. Ainsi l'enfant peut parler à travers l'instrument, s'exprimer par la musique et communiquer avec l'autre. En même temps, le langage devient mélodie, hauteur de son, rythme. Si l'enfant appréhende la musique de cette façon dès l'age de deux ans, elle restera un mode d'expression très naturel. » 

Selon Oran Etkin, la clé de l'approche, c'est l'analogie avec l'apprentissage de la langue maternelle : « Quand on est tout petit, on apprend à parler de façon intuitive. Les enfants ne connaissent pas les règles, mais ils sont capables de parler correctement. Avec la musique, c'est la même chose. Et il n'est jamais trop tôt pour commencer, puisque comme pour la langue maternelle, les notions intégrées auront le temps d’être emmagasinées, traités et classées. » L'idée de la méthode Timbalooloo repose sur le fait que les enfants comprennent la musique, son fonctionnement et sa structure, avec toutes les notions de base, une oreille éduquée et la connaissance des instruments. Lorsqu'ils ont intégré les fondamentaux, ils peuvent jouer à leur tour. 

Il n'y a pas de différence entre le jeu et l'apprentissage

Sur la scène de l'auditorium cet après-midi-là, Oran Etkin anime une clarinette prénommée Clara Nette, qui vit toute sorte d'aventures musicales entourée de sa grande soeur Charlotte (voix de Charlotte Wassy), sa maman Big Momma Tuba (tuba de Gary Kiser) et Tonton Tamtam (batterie de Guilhem Flouzat), sur des improvisations du pianiste Franck Amsallem. Ces musiciens, rompus à l'improvisation, tissent une trame musicale qui fait découvrir aux enfants les grands noms du jazz, mais aussi ceux de la musique du monde. « On puise dans les références de la musique occidentale : Mozart ou Herbie Hancock, Duke Ellington, Tito Puente, Carlos Jobim, mais aussi dans la musique indonésienne ou japonaise, pour avoir une palette rythmique et harmonique beaucoup plus riche que celle de la musique pour enfants qui est souvent très monotone. Ainsi, les enfants ont accès à tout le vocabulaire de la musique et peuvent intégrer facilement les rythmes complexes cubains ou africains sans se rendre compte. De toute façon, lorsque vous parlez à votre enfant, vous n'utilisez pas uniquement les mots monosyllabiques, n'est-ce pas ? » plaisante Oran Etkin.

Mais est-il important que l'enfant participe activement pendant la séance, ou la simple écoute peut faire figure de l'éveil ? « Pour les enfants, il n'y a pas de différence entre le fait de jouer de la musique (playing music en anglais, n.d. ) et le processus d'apprentissage, ils apprennent en jouant, explique le musicien. La méthode est participative et les enfants sont toujours sollicités, mais au-delà du fait de jouer de la musique, ce qui est vraiment important, c'est de solliciter l'imagination des enfants, et dans ce cas, même l'écoute simple devient active. »

Jouer avec les mots, incarner les personnages, s'approprier la musique pour mieux la partager... D'où vient à Oran Etkin cette profonde compréhension de l'imaginaire des enfants ?

« J'ai tout appris grâce à ma petite sœur, qui a dix ans de moins. quand elle est née, j'étais déjà un peu musicien, et c'est avec moi qu'elle a commencé à apprendre la musique, de cette façon-là, à travers des histoires racontées par les instruments. Quand j'y pense, il n'y a jamais eu de moment dans ma vie où je n'ai pas été en contact avec les jeunes enfants, et j'ai appris leur manière d'apprendre. Tout est dans l'histoire que l'on raconte en musique en prenant l'enfant par la main, » conclut le clarinettiste.