La création au cœur du lycée, ou l'éducation artistique selon le Paris Mozart Orchestra

Donner la possibilité aux élèves d'assister à la création d'une oeuvre contemporaine, et les inciter à créer à leur tour, c'est l'idée du projet d'éducation artistique « Un orchestre dans mon bahut » du Paris Mozart Orchestra et de sa cheffe Claire Gibault. Reportage au lycée Mozart (Blanc-Mesnil).

La création au cœur du lycée, ou l'éducation artistique selon le Paris Mozart Orchestra
Au lycée Mozart de Blanc-Mesnil, les lycéens ont composé un mélologue dans le cadre du projet Un orchestre dans mon bahut du Paris Mozart Orchestra, © Radio France / Suzana Kubik

« Je crois que, quand on va vers les établissements classés en REP (réseaux d'éducation prioritaire ), les enfants croient qu'on va leur apporter des choses de troisième, quatrième ou cinquième catégorie. Nous, on a fait un choix, c'est de les tirer vers le haut, vers les choses qu'ils ne connaissent pas, vers lesquelles ils n'iraient pas. »  Le cadre est posé : la cheffe Claire Gibault ne mâche pas ses mots pour expliquer l'idée du projet pédagogique du Paris Mozart Orchestra Un orchestre dans mon bahut dont elle est l'initiatrice . Cette année 600 jeunes issus de la banlieue parisienne et de la Sarthe, dont nombre d'établissements classés en REP, y participent.  

« Comme je voulais faire un travail sur la musique contemporaine, et je sais combien elle est ardue, continue la cheffe,  j'ai pensé que par la littérature et les arts plastiques ils comprendraient ce que la musique contemporaine pouvait apporter. Quand on arrive avec un projet très exigeant, qui donne un vrai travail aux professeurs des établissements, ils nous font des standing ovations, nous écoutent passionnément. »

Et la forme que la cheffe a choisie, c'est le mélologue, une oeuvre musicale mêlant des textes littéraires ou poétiques et les arts visuels. Tous les ans, une commande est ainsi passée à un compositeur ou une compositrice autour d'une thématique choisie.  Cette année, c'est la compositrice Graciane Finzi qui a composé un mélologue baptisé « Des villes et des champs, héros, héroïnes » sur le thème de la rencontre entre la ville et la ruralité, et inspiré par les peintures de Théodore Boulard  et les photographies de Géraldine Millaud,  sur les textes de Jean-Claude et Marie-Claude Boulard ainsi que Jacques Descorde.

C'est justement pour la création du mélologue de Graciane Finzi que Claire Gibault s'est rendue ce jour-là avec le Paris Mozart Orchestra au lycée Mozart du Blanc-Mesnil. Au programme : une rencontre avec les musiciens, un concert de l'orchestre, dont l'oeuvre de la compositrice - en sa présence - et la restitution de la création des lycéens qui ont travaillé toute l'année en ateliers, encadrés par leur professeur de musique Larry Maurier.

« Les création sont d'habitude réservées aux grandes salles de spectacles, commente Larry Maurier.  Avec Un orchestre dans mon bahut, on a des œuvres qui sont créées dans un lycée, qui vont être jouées devant un public scolaire, et c'est merveilleux. Ensuite, on aborde le répertoire contemporain et l'approche de la composition aussi, on aborde des sources d'inspiration, des tableaux et des textes, et à chaque fois les élèves se plongent dans un univers qui leur est généralement peu familier, pour se l'approprier et créer quelque chose partir de ce que ce travail a pu provoquer chez eux, » s'enthousiasme le professeur.

La co-création au cœur du travail avec les élèves

La co-création des élèves est le maître-mot de la démarche. Mais en fonction des établissements, les formes que prennent le travail des élèves varient. A partir du thème choisi, les élèves écrivent des textes, montent des expositions, composent, ou, comme au lycée Mozart, exploitent les trois ouvertures artistiques. En réponse à l'oeuvre de Graciane Finzi, les classes de Première et de Terminale ont créé un mélologue aussi : ils ont pris les photos de leur ville, ont écrit des textes, ont composé la musique et ont interprété le tout à l'aide des musiciens du Paris Mozart Orchestra.

Julian, Valentin, Ryan et Margot sont en Terminale et en option musique. Ils font partie du groupe qui a composé et interprété le mélologue de leur facture. Ils avouent avoir une vraie passion pour la musique contemporaine, passion en partie révélée grâce au projet Un orchestre dans mon bahut, auquel ils participent depuis plusieurs années. 

«J'avoue qu'au début, j'avais certains préjugés en voyant la police du titre Un orchestre dans mon bahut_, parce que le coté tagué m'évoquait les clichés sur la banlieue. Mais en vrai c'est super bien, les musiciens sont très sympa et très compréhensifs, on est au même niveau, on compose, ils composent, on échange, et pendant les représentations, c'est une vraie osmose, » r_aconte Julian en Terminale L et en musique option de spécialité.

Pour la compositrice Graciane Finzi, ce projet n'est pas la première collaboration avec Claire Gibault, mais c'était un vrai défi. En fonction des établissements, elle a travaillé sur différentes versions de la partition, d'autant plus que depuis cette année, deux dispositifs de L'orchestre à l'école se sont joints à l'aventure. 

« C'est un projet qui permet des modulation différentes dans des lieux différents, entre l'orchestre tutti avec l'orchestre à l'école, une formation professionnelle réduite et une formation complète du Paris Mozart Orchestra, et donc ce sont pratiquement trois partitions différentes, explique Graciane Finzi. C'était important de jouer le jeu, même si c'était un peu lourd à porter, parce qu'on fait travailler les jeunes en professionnels. Et la compositrice a réfléchi son écriture en fonction de ce contexte particulier : Il est important de ne jamais mettre les enfants en difficulté. Ce qui est intéressant, c'est de les faire jouer et qu'ils soient indispensables. Les enfants le sentent et cela les motive, » constate la compositrice.

Le résultat de cette co-création et toutes les autres sera présenté le 13 juin prochain au Théâtre Marigny à Paris, où tous les 600 élèves qui ont participé au projet Un orchestre dans mon bahut vont se retrouver sur scène. Et pour l'année prochaine, Claire Gibault travaille déjà sur une nouvelle thématique qu'elle souhaite revisiter, celle du Minotaure...