Musique au lycée : qu'est-ce qui change avec la réforme ?

A la rentrée 2019, la réforme du lycée sera mise en place. Les professeurs de musique sont mobilisés par crainte de voir toute la filière menacée par les principaux changements.

Musique au lycée : qu'est-ce qui change avec la réforme ?
Musique au lycée : qu'est-ce qui change avec la réforme ?, © Getty / UniversalImagesGroup

Suppression des traditionnelles séries S (Scientifique), ES (Economique et Sociale), L (Littéraire), baccalauréat remanié... à partir de la rentrée 2019, les grands changements de la réforme du lycée modifieront l'enseignement des disciplines artistiques, dont la musique, en filière générale. Inquiets, les professeurs de musique se mobilisent depuis que le rapport Mathiot en a esquissé les contours il y a un an,  pour garantir la place, et, selon eux, l'avenir même de la discipline au sein de la nouvelle mouture des programmes. Retour sur les principaux changements et les conséquences observées sur le terrain.

Disparition des séries S, L et ES

Commençons par les bonnes nouvelles. La mesure phare de la réforme, la suppression des traditionnelles séries L, ES et S en filière générale, est une évolution bienvenue, estiment les professeurs de musique. Dans le système actuel, l'enseignement musical est conditionné par le choix de la série. Si l'option facultative est ouverte à tous, l'option de spécialité, dite option lourde, est accessible uniquement en série L. Avec la disparition des séries, les deux options deviennent accessibles à tous les élèves, peu importe leur orientation. Un point qui, selon Anne-Claire Scébalt, présidente de l'APEMU (Association des professeurs d’éducation musicale), ouvre le champ des possibles dans le choix du cursus personnalisé de l'élève : 

« la disparition des séries permettra aux élèves d'opérer des choix plus pertinents en fonction de leur projet d'études. Cela fait des années que nous demandons une ouverture plus grande au niveau des profils des élèves. Avant, l'option de spécialité, qui représente 6 heures d'enseignement par semaine, était accessible uniquement en série littéraire, alors que la musique a autant à voir avec les sciences ou les mathématiques. Il sera désormais possible de choisir la spécialité musique même si l'on s'engage dans un parcours à dominante scientifique. Par ailleurs, ces dernières années nous observons un regain d'intérêt des élèves pour les métiers du son. Il sera désormais possible d'acquérir à la fois l'encadrement scientifique, et les connaissances théoriques et esthétiques en musique. »

La musique, une spécialité « rare »

Si en théorie la disparition des séries pourrait ouvrir la voie de la spécialité musique aux profils plus diversifiés, sur le terrain les réalités sont tout autres. Parmi les 12 spécialités laissées au libre choix de l'élève, la plupart des établissements devraient pouvoir en proposer sept. Restent cinq spécialités dites « rares », dont la musique, qui seront proposées par un nombre limité des établissements, en fonction d'une cartographie décidée par les recteurs. 

Depuis le mois de décembre, l'APEMU mène une enquête parmi ses membres pour répertorier les suppressions de la spécialité musique déjà actées, fermées « à cause d'une trop faible demande des élèves », selon Anne-Claire Scébalt. Une situation d'autant plus inquiétante lorsqu'il s'agit des établissements en zone rurale, où les conservatoires sont peu nombreux ou inexistants, ce qui rend difficile l'accès à l'enseignement musical.

« Ce qui est particulièrement alarmant, c'est quand la seule spécialité musique d'un département est supprimée, et ce cas de figure nous a été signalé dans plusieurs communes. Il est difficile d'imaginer qu'un élève de 16 ans change de département pour suivre la spécialité musique, et entraîne dans ce changement toute sa famille. Cela pose un vrai problème d'égalité d’accès aux enseignements artistiques et d'équité territoriale, » souligne Anne-Claire Scébalt. 

Selon elle, la solution est « de maintenir la spécialité en ayant une vision sur du long terme, et de mesurer les effets de la réforme sur les effectifs l’an prochain. »  Car avec la suppression des séries, la demande pourrait potentiellement augmenter, vue l'attractivité de la discipline. 

« L'option de spécialité recrute déjà des élèves qui n'ont par ailleurs aucune formation particulière en musique. Dans ma classe par exemple, sur 21 élèves, seulement 7 lisent la musique, mais grâce à un travail de fond et de longue haleine, tous seront prêts à se présenter à l'épreuve du baccalauréat » explique la professeure.

Plus de points bonus au bac

Autre changement, décisif, selon les professeurs de musique : l'évaluation des options au baccalauréat. Actuellement, de nombreux élèves choisissent de présenter l'option facultative musique, de coefficient 3 à l'examen. Ce qui veut dire que la musique peut leur rapporter jusqu'à 0,5 point. A partir de 2021, plus de coefficient 3 et l'option musique sera évaluée dans un ensemble de discipline en contrôle continu qui compte pour 40 % de la note moyenne au baccalauréat. 

Mais pour comprendre les inquiétudes des professeurs de musique, et d'ailleurs, ceux de toutes les disciplines artistiques qui seront logées à la même enseigne, il faut préciser que l'évaluation en contrôle continu comprendra « des notes obtenues aux épreuves communes de contrôle continu, pour une part de trente pour cent (30 %) » et « de la prise en compte, pour une part de dix pour cent (10 %), de l'évaluation chiffrée annuelle des résultats de l'élève au cours du cycle terminal, attribuée par les professeurs et renseignée dans le livret scolaire », comme l'indique l'arrêté dans le BO de l'Education nationale.  

Or, le décret de la Direction générale de l'enseignement scolaire (DGSCO) que nous avons pu consulter, ne cite pas les options facultatives parmi les enseignements qui relèvent d'épreuves communes. « On peut donc en déduire que les options facultatives ne donneront lieu à aucune épreuve spécifique et qu’elles seront donc uniquement prises en compte dans le cadre de la part de contrôle continu constituée des notes des bulletins scolaires. Cette part, selon l’arrêté fixant les modalités du contrôle continu est fixée à 10% du total du bac » , explique Claire Krepper, Secrétaire nationale du Syndicat des enseignants de l'Unsa. 

Concrètement, quel sera l'apport de la musique dans la nouvelle évaluation ? Exemple avec Anne-Claire Scébalt : « La moyenne générale d’un élève comportera environ 11 disciplines (cela dépendra bien sûr des enseignements qu’il suivra). Imaginons un cas simple où l’élève a 10 dans toutes les matières et 20 en musique. Il a alors une moyenne de 10,9 (la musique lui rapporte donc 0,9). Cette moyenne comptant pour 10% dans l’obtention du baccalauréat. Alors la musique ne rapporte plus que 0,09, » Ce sera le cas de toutes les options, à l'exception du latin et le grec, comme l'a précisé le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer en septembre dernier.  Une pétition en ligne pour le rétablissement des points au bac pour les options artistiques a recueilli à ce jour plus de 7 800 signatures. 

Selon Anne-Claire Scébalt, cette mesure est vécue par les élèves comme une injustice qui remet en question le principe même de l'égalité de traitement des différentes options et risque de fortement démotiver les élèves à choisir les options artistiques : 

« Demander aux élèves de travailler, et de ne pas être récompensés, alors que leur charge de travail en terminale est considérable, ne peut que nous porter préjudice, estime-t-elle. Notre crainte est qu'à long terme, de moins au moins d'élèves choisissent une option qui demande bien plus de travail que les trois heures hebdomadaires prévues par les programmes, un travail qui, en fin de compte, n'est pas valorisé. » 

Les professeurs de musique craignent des effectifs « divisés par deux ou trois », d'autant plus qu'en terminale, toute l'énergie des élèves sera concentrée sur la préparation du bac. Et comme pour l'option de spécialité, « cet argument est souvent avancé par les chefs d'établissements lorsqu'ils décident de ne plus proposer l'option musique dans leur lycée ».

L'enquête de l'association répertorie à ce jour une dizaine de communes où l'option est menacée ou en voie d'être fermée. Un non-sens alors que depuis l'année dernière, les ministères de l'Education nationale et de la Culture affichent une volonté ferme de généraliser les pratiques musicales à l'école, et notamment à travers les Orchestres à l'école ou le Plan chorale.

« Si dans le primaire et au collège ces initiatives ont rencontré un vrai succès depuis un an, cela n'est pas le cas au lycée, et dans ce contexte c'est effectivement l'option musique, fortement orientée vers la pratique musicale et vocale, qui nourrit la vie culturelle d'un établissement et lui permet de rayonner. Les élèves montent des groupes de rock, chantent dans les ensembles ou jouent dans des petites formations instrumentales en préparant leur passage au baccalauréat », estime Anne-Claire Scébalt.  

Les enseignants plaident pour le rétablissement des points bonus au bac, afin de laisser la possibilité aux élèves de présenter leur travail, d'en voir l'aboutissement. Et les propositions ne manquent pas : « il nous semble indispensable de garder la possibilité pour les élèves de se produire en public. Pourquoi ne pas maintenir un examen en interne, en mettant en place un concert qui serait évalué au moment du baccalauréat ? », se demande Anne-Claire Scébalt.

Le ministère de l'Education nationale n'a pas souhaité donner suite à nos demandes d'interview, mais les représentants de l'APEMU ont été reçus en audience le 11 décembre dernier. Ils estiment ne pas avoir obtenu satisfaction à leurs demandes. Selon le compte-rendu de cette réunion, la bonification de l'option « ne saurait être remise en question » parce que « la philosophie du nouveau baccalauréat n’est plus de bonifier certaines disciplines mais bien d’attribuer des coefficients spécifiques en fonction du parcours choisi par l’élève. Les options compteront dans le contrôle continu, dont la musique ». Quant à la répartition de la spécialité sur le territoire, le ministère se dit « attentif aux cartes des options et des spécialités » en rajoutant que « c’est un processus long et pour lequel des ajustements seront possibles. »