Maurice Ravel : Concerto pour la main gauche

Bac Musique 2017, option facultative : Concerto pour la main gauche de Maurice Ravel. Quelle est cette oeuvre ? Dans quel contexte est-elle née ? Suivez le guide !

Maurice Ravel : Concerto pour la main gauche
Maurice Ravel, © Getty

Drôle de confrontation entre le soliste et l'orchestre que ce Concerto pour la main gauche de Maurice Ravel. Le piano entier incarné dans une seule main du pianiste, face à 63 musiciens d'orchestre... Mais cette oeuvre a une histoire toute particulière et porte un message singulier.

Éléments d'analyse

L'oeuvre dans son contexte

Oeuvre certainement la plus connue du répertoire pianistique pour la main gauche, le Concerto éponyme de Maurice Ravel en est loin d'être le seul exemple. A partir du XIXe siècle, ce type de composition se développe en même temps que l'organologie et la technique pianistique. Or le Concerto de Ravel est né dans un tout autre contexte : après la Grande guerre de 1914... Son commanditaire, le pianiste Paul Wittgestein, est blessé au front et son bras droit est amputé. Souhaitant continuer sa carrière de musicien, il encourage la création d'un répertoire exclusivement destiné à la main gauche et, issue d'une famille de riches industriels, Paul Wittgenstein peut y consacrer d'importants moyens. Il passe commande auprès de compositeurs contemporains pour se constituer un répertoire qui lui permettra de remonter sur scène : Franz Schmidt, Richard Strauss, Paul Hindemith, Benjamin Britten et Serge Prokofiev composent ainsi pour lui.

La forme de concerto soliste

Le terme concerto est d'origine italienne et désigne une oeuvre instrumentale basée sur un dialogue entre un ou plusieurs instruments solistes et l'orchestre (tutti). Il apparaît à l'époque baroque sous deux formes principales : d'un côté le concerto grosso baroque, où un groupe d'instruments (concertino) dialogue avec l'ensemble (ripieno). Et de l'autre le concerto pour un ou plusieurs instrument(s) soliste(s) et orchestre. A l'époque classique, la notion de soliste voit le jour, et le concerto prend progressivement la forme qui dominera jusqu'au XXe siècle : une partie orchestrale qui soutient un ou plusieurs solistes. A l'époque de Mozart, le modèle du concerto soliste prédomine ainsi sous la forme suivante : mouvement vif (en forme sonate), mouvement lent (en forme de thèmes et variations ou Lied) et mouvement vif (en forme de rondo).

A la fin du premier mouvement, la virtuosité du soliste est valorisée grâce à la candence, un long solo improvisé. Avant Beethoven, les cadences sont rarement notées, le compositeur laissant libre cours à la fantaisie de l'interprète. Beethoven est le premier à noter et à publier ses propres cadences qui deviennent alors un élément constitutif du concerto. La grande époque de la musique concertante s'achève à la fin du XIXe siècle, et la forme du concerto s'éloigne par la suite des carcans prédéfinis : il y a pratiquement autant de réinterprétations que d'esthétiques dans la création musicale du XXe siècle !

Pour la petite histoire...

Les deux concertos que Ravel destinait au piano ont vu le jour à la même époque, mais tout les oppose. Alors que le Concerto en sol est un hymne à la lumière, dont le deuxième mouvement est parmi les moments les plus touchants de tout l'œuvre du compositeur, le Concerto pour la main gauche est une oeuvre beaucoup plus sombre, méditative, teintée de mélancolie. Cette pièce est créée à Vienne le 5 janvier 1932, suite à la commande de Paul Wittgenstein. Mais avant de l'interpréter, Wittgenstein y a opéré des modification importantes. D'après la correspondance de Ravel, Wittgenstein n'était pas du tout content du résultat. La version originale n'a pu voir le jour qu'en 1937, sous les doigts du pianiste Jacques Février et sous la direction de Charles Münch. Le compositeur a, quant à lui, signé un arrangement à quatre mains, publié à Paris en 1937.

Structure de l'oeuvre

La structure de l'oeuvre est inhabituelle : le concerto est écrit en un seul mouvement, mais l'on peut y distinguer trois sections dont l'humeur et le tempo délimitent les contours avec une première partie dans un tempo modéré, suivi d'une partie centrale plus vive et un grand final assez énergique.

« Dans une oeuvre de ce genre, l'essentiel est de donner non pas l'impression d'un tissu sonore léger mais celle d'une partie écrite pour les deux mains. Aussi ai-je eu recours à un style beaucoup plus proche de celui, volontairement imposant, qu'affectionne le concerto traditionnel. Après une première partie empreinte de cet esprit, apparaît un épisode dans le caractère d'une improvisation, qui donne lieu à une musique de jazz. Ce n'est que par la suite que l'on se rendra compte que l'épisode en style de jazz est construit en réalité sur les thèmes de la première partie », explique le compositeur. (cité dans Guide de la musique symphonique, dans la collection les Indispensables de la musique, Fayard)