Les musiciens dans le service de réanimation de l’hôpital Necker : une question vitale

Les enfants gravement malades ont d'autant plus besoin de musique que leur vie n'est suspendue qu'à un fil, selon l'équipe du service de réanimation de l’hôpital Necker. Mozart, Disney ou le beatbox : la musique est devenue une des priorités dans l'accompagnement des petits patients. Reportage.

Les musiciens dans le service de réanimation de l’hôpital Necker : une question vitale
Lorraine Compet et Lucas Henri au service de réanimation à l'hôpital Necker, © Radio France / Suzana Kubik

Ce lundi après-midi, une étrange cohorte en file indienne arpente les couloirs du service de réanimation médico-chirurgicale de l’hôpital Necker à Paris. À sa tête, Katia Fonberg, éducatrice spécialisée, pousse un chariot rempli de dossiers médicaux et de partitions musicales. Derrière elle, Lucas Henri et Lorraine Compet, deux jeunes musiciens de l’Orchestre philharmonique de Radio France, poussent chacun leur contrebasse, et en plus une mandoline et un violon. C’est l’heure musicale au chevet des enfants hospitalisés avec au programme : Mozart, Piaf ou Disney.

Les deux contrebassistes viennent jouer pour les enfants du service aussi régulièrement que possible. L'enjeu est de taille, le répertoire soigneusement choisi. Plusieurs styles, plusieurs instruments, rien n'est laissé au hasard. « Jouer dans ce contexte nous permet de trouver des formules qui s'adaptent à différentes situations pour essayer de réagir rapidement en fonction de la personne en face. C'est bien d'avoir plusieurs instruments pour varier les sonorités et montrer le panel de styles, mais aussi montrer qu'on prend autant de plaisir à jouer de la musique classique que d'autres répertoires », explique  Lucas Henri, contrebassiste à l'orchestre, multi-instrumentiste et arrangeur pour l'occasion.

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Lucas Henri, contrebassiste de l'OPRF, service de réanimation Necker

Pour ce qui est de l'adaptation au contexte, c'est Katia qui s'en charge. Devant chaque chambre, il y a une petite mise au point avant d'enfiler les masques et de pousser la porte : quel âge a l'enfant, quelle est sa pathologie, dans quel état il se trouve, quelle est la distance à respecter... Les musiciens écoutent attentivement et se mettent d'accord sur le choix musical. Une fois dans la chambre, ils sont à la fois interprètes et observateurs du moindre geste, du moindre son, sous l’œil attentif de Katia. L'enfant est-il réceptif ? Fatigué ? Tout se joue sur le moment, chaque intervention est unique. Cet après-midi là, une demi-douzaine de petits patients bénéficieront d'un court moment de respiration musicale.

La musique est très demandée

Éducatrice spécialisée dans ce service qui accueille les enfants de 3 mois à 18 ans souvent lourdement malades, Katia est médiatrice entre l'enfant, la famille et les musiciens. Elle est arrivée dans le service il y a un an. Bien que l’hôpital Necker dispose d'une saison culturelle riche et d'un auditorium dédié, il était essentiel pour Katia de faire venir la musique jusque dans les chambres des enfants qui ne peuvent pas se déplacer. Pour elle, la musique permet d'amener « du normal dans un environnement anormal, d'ouvrir la porte de l’hôpital pour que l’enfant soit avant tout un enfant. »

Parmi les propositions pédagogiques et artistiques que l'éducatrice peut faire aux familles, la musique est très demandée.  « Elle véhicule les émotions, permet aux parents de lâcher prise et aide à reconstruire le lien familial qui parfois peut être fragilisé avec la maladie d'un enfant. »  Une bouffée d'air qui déteint aussi sur les équipes soignantes et facilite parfois même les soins prodigués aux patients. 

Le professeur Sylvain Renolleau ne doute pas un instant du bien fondé de la musique dans son service. Pour lui, ce sont des projets très fédérateurs et le service accueille chaque intervention à bras ouverts : « Les gens ont souvent tendance à penser que dans les services de réanimation les enfants étant 'trop malades', trop 'sous médicaments', ne vont pas bénéficier de ce type d'intervention. Au contraire, c'est ce qui permet de redonner un sens positif à leur séjour chez nous, insiste le médecin. On pense qu'on peut soulager une partie de la douleur, calmer un rythme cardiaque, jouer sur la pression artérielle, jouer sur le confort alors que l'enfant est sous machines pour respirer...  Or ce sont des choses très difficiles à prouver, si ce n'est par le visage des enfants que l'on photographie à ce moment-là, parce qu'ils retrouvent le sourire. On les remet dans une vie normale, alors qu’ils sont toujours à l’hôpital. » 

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Sylvain Renolleau, chef de service, réanimation, Necker

En attendant qu'une étude scientifique se penche sur la question et vienne appuyer ses observations, le professeur Renolleau n'entend pas baisser les bras. Au contraire, les projets proposés aux enfants rivalisent de créativité. 

David Térosier est beatboxer et collabore régulièrement avec l'association Live Music Now France, qui est désormais associée à de nombreux projets dans le service. David propose aux enfants un atelier de beatbox qui implique à la fois les enfants hospitalisés et les familles : « Je les incite à participer en leur apprenant à faire quelques sons. Parfois on a des sourires, ils oublient l'état de souffrance dans lequel ils sont et oublient même les soins. C'est aussi formidable de voir les parents faire de la musique avec leurs enfants, pouvoir s’échapper un peu. »

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David Térosier intervient auprès des enfants malades en les incitant à participer à des ateliers de beat-box

Le dispositif existant ne suffit pas

Même si les idées ne manquent pas, les besoins dans le service dépassent les quelques interventions ponctuelles, assurées par les musiciens volontaires ou quelques associations mobilisées. Entre deux interventions, Katia est sans cesse à la recherche de nouvelles opportunités pour financer d'autres projets. « Quand je suis arrivée dans le service, il n'y avait pas d'association rattachée, parce que pour la plupart, elles agissent en fonction de différentes pathologies. Mon rôle est de faire comprendre à tout le monde que les enfants gravement malades, quelle que soit leur pathologie, séjournent chez nous avant de rejoindre d'autres services de l’hôpital ou de rentrer chez eux, et qu'ils ont d'autant plus besoin de musique alors que leur vie est suspendue à un fil. Leur apporter la musique et la culture, c'est leur tendre la main, leur permettre de s'accrocher à la vie », souligne l'éducatrice. 

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Katia, réanimation, Necker

Elle vise déjà la prochaine étape : arriver à trouver des associations prêtes à intervenir le plus souvent possible, idéalement au quotidien, et permettre à tous les enfants qui le souhaitent de profiter de la présence des musiciens.