La rentrée des conservatoires : « Il faut trouver des solutions pour accueillir tous les élèves »

A partir de la semaine prochaine, c’est la rentrée des classes, y compris pour les conservatoires qui ouvrent leurs portes aux élèves après quasiment six mois d’interruption des cours. Comment se prépare cette rentrée pas comme les autres ?

La rentrée des conservatoires : « Il faut trouver des solutions pour accueillir tous les élèves »
La rentrée des conservatoires dans l'expectative, © Getty / Mint Images

Marielle Camp a hâte de retrouver son professeur d’instrument. Élève en violon au conservatoire de Guéret dans la Creuse et musicienne dans deux orchestres, elle est aussi mère d’un petit clarinettiste et d’un petit violoniste, élèves au conservatoire eux aussi. Sauf que le confinement a porté un coup dur à la motivation des plus jeunes : l’accès à Internet étant limité dans cette zone rurale, malgré la mobilisation des enseignants, Marielle et ses fils n’ont jamais pu continuer les cours par Skype.  Elle a quand même renouvelé les inscriptions, mais ce n’est pas le cas de toutes ses connaissances. 

«Pour nous, l’inquiétude est double : non seulement qu’on ne sait pas s’il y aura des cours ou pas, mais en plus on a des inquiétudes sur la survie même du conservatoire de Guéret. » 

Établissement à rayonnement départemental, le conservatoire de Guéret est découpé en une dizaine d’antennes sur tout le territoire creusois pour permettre d’accueillir les élèves qui sont parfois à une heure de route de Guéret. «  À l’heure actuelle, normalement ils enregistrent 800 dossiers d’inscriptions, alors qu’ils sont à 200 à peine. Beaucoup de parents ont été découragés par les effets du confinement, il y a eu beaucoup de démotivation des élèves, certains ont été déçus d’avoir payé pour finalement pas grand-chose. Conséquence, certains enseignants contractuels ne seront pas renouvelés, et certaines antennes rurales pourraient être fermées. J’ose espérer quand même que l’ensemble des conservatoires ne va pas se retrouver bloqué par des mesures sanitaires draconiennes, il faut quand même que l’enseignement musical puisse se poursuivre. Nous en zone rurale de toute façon on n’a pas d’autre solution à notre portée. On croise les doigts. »  Marielle compte sur la reprise des pratiques collectives pour remotiver les troupes.

L'enseignement à distance impossible à long terme

Or, les pratiques collectives : orchestre, harmonie, chorale, se retrouvent être le nœud des questions que se posent les directeurs des conservatoires en cette rentrée. Comme d'ailleurs pour les disciplines musicales pour lesquelles on ne peut pas jouer avec un masque, la crise de la Covid 19 oblige :  les instruments à vent et le chant.  Alors que l’Éducation nationale a rendu public la semaine dernière le protocole sanitaire préconisé pour les écoles, au jour d’aujourd’hui, les directeurs des conservatoires n’ont aucune directive de la part de leur tutelle, le ministère de la Culture pour préparer la rentrée. 

« On se base sur ce qui se fait à l’Éducation nationale, et puis sur les recommandations pour le spectacle vivant,c'est à dire pour les orchestres professionnels, la danse et le théâtreet on essaye de croiser les deux, explique Maxime Leschiera, président de l’association Conservatoires de France et directeur du Conservatoire de Bordeaux. On essaye d’être vigilant sur les disciplines qui demandent plus d’adaptation. Après on attend quand même les recommandations officielles et puis il peut y avoir des consignes qui prennent en compte la nature de l’activité, » poursuit le directeur. 

Un travail d'adaptation entamé par la plupart des conservatoires déjà suite au confinement, avant que le décret gouvernemental du 12 mai ne décide de leur fermeture définitive jusqu’en septembre. Et c’est justement le scénario que redoutent les syndicats, qui appellent à rassurer les parents et sensibiliser les autorités sur la nécessité de retrouver les élèves en présentiel. 

« Nous on a une nécessité de revenir vers les élèves pour ne pas perdre le bénéfice de ce qui a été fait avant, souligne Antoine Lazennec, représentant de FO et professeur de hautbois à Paris. Il faut qu’on puisse avoir le rendu dynamique de ce que fait l’élève : son positionnement physiologique, la manière dont il souffle, la manière dont il se place par rapport à l’instrument, et nous on guide l’élève dans cette capacité d’autocontrôle. A distance, l’information arrive trop tard. » 

Selon le professeur, il faut trouver des solutions à minima pour tout le monde qui permettent de retourner au travail.

«  Nous on sait ce qu’on est capable de faire. Moi en tant qu’hautboïste, les anches des élèves seront essentiellement manipulées par les élèves, si je dois manipuler une anche qui ne fonctionne pas, j’ai un spray pour désinfecter la anche avant que l’élève le récupère, je peux porter une visière, rester derrière le plexiglas et à distance... dans les pratiques collectives on peut réduire les effectifs, aérer les salles … l’enseignement à distance est impossible sur le long terme, on aurait un défaut de qualité de suivi pédagogique, c’est évident.» 

Autre inquiétude, les dispositifs déployés par de nombreux établissements avec les partenaires des collectivités territoriales : les écoles ou les structures culturelles. Sujet particulièrement important pour le Conservatoire à rayonnement intercommunal du Kremlin-Bicêtre en région parisienne. Situé entre deux grands centres hospitaliers très exposés en pire période de crise, il compte un grand nombre d'élèves parmi les familles du personnel hospitalier. « Pendant le confinement, grâce à la mobilisation de nos équipes, on a pu jouer un rôle important grâce à de nombreuses actions qu'on a déployées ces dernières années dans les écoles et avec les acteurs culturels de la ville, » souligne son directeur Xavier - Romaric Saumon. Son établissement a accusé une perte de recettes de 650 000 euros, mais les élèves ont massivement renouvelé leurs inscriptions. « Il est d'autant plus important de reprendre pour que l'on puisse renouer  avec les familles, retrouver le lien social dont on a besoin et qui au cœur de notre métier » conclut le directeur.