Réforme du baccalauréat : quelle place pour l’éducation musicale ?

La réforme annoncée du baccalauréat, la plus importante depuis 1962, inquiète les professeurs d’éducation musicale. Selon eux, le projet du « lycée des possibles » dessiné dans le rapport Mathiot ne prendrait pas assez en compte l'importance de l'enseignement et de la pratique de la musique.

Réforme du baccalauréat : quelle place pour l’éducation musicale ?
Réforme du Baccalauréat : quelle place pour l'éducation musicale ?, © Getty / Portland Press Herald

Le 24 janvier dernier, Pierre Mathiot, ancien directeur de l'institut d'études politiques (IEP) de Lille, a remis au ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer son rapport proposant les grandes lignes de la prochaine réforme du baccalauréat, et par conséquent, du lycée. Missionné par le ministère, il y dessine son projet d’« un nouveau baccalauréat pour construire le lycée des possibles », résultat d’une réflexion commune menée depuis novembre dernier avec différents interlocuteurs de la profession. Problème : sur plus de cent consultations, très peu ont concerné les professeurs d’enseignement artistique. Certains se disent complètement oubliés, comme l’Association des professeurs d’éducation musicale (Apemu), qui tire la sonnette d’alarme et estime que l’éducation musicale semble être restée sur le bord de la route.

« Dans les 62 pages du rapport Mathiot, le mot « musique » n'est mentionné qu'une fois, et « éducation artistique » seulement quatre fois. Nous avons l'impression qu'elle est marginalisée. Nous estimons que la réforme annoncée, qui est par ailleurs nécessaire quant au baccalauréat et la structure lycée, doit être au contraire une opportunité pour intégrer durablement la pratique et l’éducation artistiques dans le tronc commun de formation générale des lycéens, » explique Anne-Claire Scebalt, présidente de l’Apemu.

Dans la situation actuelle, Anne-Claire Scebalt estime que l’enseignement musical au lycée est le parent pauvre. « Les élèves ont une charge de travail qui ne leur laisse pas le choix. Dans le meilleur des cas, l’enseignement musical est une option, si elle n’est pas complètement absente. Par contre, au niveau des pratiques artistiques, alors qu’au collège on ne compte plus les chorales et les projets transdisciplinaires, au lycée ils sont rares.»

Un bac à la carte

Selon les projets de réforme, les traditionnelles filières S, L, ES disparaîtraient. Elles seraient remplacées par un tronc commun composé de matières dites majeures avec français, anglais, langue-vivante, mathématiques-informatique, histoire-géographie, sport en première, puis philosophie, anglais, langue-vivante, sport, culture et démarche scientifique, histoire-géographie en terminale. Ce à quoi s'ajoutent quatre matières à la carte, deux dites majeures et deux mineures, laissées au libre choix de l'étudiant.

L'obtention du bac serait conditionnée à seulement quatre épreuves sur table et un Grand oral. Les autres matières étant comptabilisées grâce au contrôle continu ou à un mélange de la moyenne sur l'année et d'épreuves ponctuelles. Sur ce sujet, le rapport propose trois scénarios différents. Difficile de savoir où se situe l'enseignement artistique, ou plus particulièrement musical, sur cet échiquier, puisque le rapport n'en formule aucune proposition concrète. « Nous estimons qu'il devrait faire partie du tronc commun, au même titre que le sport, parce que l'accès à la culture est un droit, et il est de notre responsabilité d'y sensibiliser les jeunes et de les aider à développer un esprit critique, » souligne Anne-Claire Scebalt.

Une pétition en ligne lancée par l’Apemu détaille les pistes de réflexion proposées par l'association. « La musique est la première pratique culturelle des adolescents et elle a un rôle à jouer dans l’éducation des citoyens de demain, avance Anne-Claire Scebalt. Ainsi nous proposons que les options musique existantes soient renforcées pour garantir à tous l'accès à l'éducation musicale. » Et cela, quelle que soit l'orientation des lycéens.

La pratique musicale au coeur du lycée

La présidente de l'Apemu suggère « d'arrêter d'associer la musique uniquement avec la filière littéraire, comme cela a été le cas par le passé ». Selon elle, l'éclatement des filières proposées dans le rapport Mathiot devrait permettre à la musique de trouver sa place et notamment jouer un rôle dans le cadre de l'orientation post-bac. « Nombre de métiers d'aujourd'hui se trouvent à la jonction des profils scientifiques et artistiques. Prenez par exemple le métier d'ingénieur du son. Actuellement, cela signifie que l'élève doit choisir la filière S, et donc qu'il n'aura pas eu accès à l'enseignement musical. Cela n'a aucun sens » déplore Anne-Claire Scebalt.

Pour la présidente de l'Apemu, la vraie urgence ne se situe pas nécessairement au niveau de l'enseignement de la musique, mais au niveau de la pratique. Elle plaide pour que chaque lycéen ait accès à une pratique musicale, collective et régulière au sein de son établissement. « Prenez l'exemple de l'Allemagne. La pratique musicale y est généralisée pratiquement tout au long de la scolarité et cela fonctionne toujours aussi bien. Chanter dans une chorale est la pratique artistique la plus accessible et la plus fédératrice qui soit. Cela permet d'enseigner la collaboration et l'écoute de l'autre, d'éveiller à la créativité, de renforcer l'estime de soi » explique Anne-Claire Scebalt.

La présidente souligne que la réforme prévoit d'instaurer un Grand oral qui nécessitera de « travailler la voix, la posture, la respiration, la gestion du trac, etc. Et c'est encore une fois la pratique musicale qui peut y être associée. Alors, pourquoi ne pas continuer le Plan chorale [qui prévoit le déploiement de chorales dans tous les établissements scolaires du primaire et du collège à la rentrée 2019, ndlr] au lycée y compris ? » conclut Anne-Claire Scebalt.