Fatigue vocale des enseignants : comment s'en prémunir ?

Mis à jour le lundi 18 octobre 2021 à 18h05

La voix est l'instrument de travail des chanteurs, mais aussi des enseignants qui eux ne sont pas formés à sa physiologie et sa préservation. En découle une fatigue vocale qui peut sérieusement gêner leur vie professionnelle. Comment s'en prémunir ? Explications.

Fatigue vocale des enseignants : comment s'en prémunir ?
Comment mieux utiliser votre voix ?, © Getty / Peter Cade

Vous êtes enseignant.e et à deux mois de la rentrée, vous sentez déjà la fatigue vocale s'installer. Peut-être utilisez-vous mal votre appareil vocal en classe ? D'ailleurs, connaissez-vous vraiment votre voix ? Selon la médecin phoniatre Elisabeth Fresnel, la réponse est non. Parmi les patients qui la consultent pour des problèmes vocaux, les enseignants occupent la troisième place, juste après les chanteurs et les comédiens. 

« La voix s'enroue, s'enraille, et comme les enseignants continuent à forcer beaucoup, cela peut provoquer une dysphonie dysfonctionnelle, un trouble de la voix sans lésion visible sur leurs cordes vocales, mais qu'il est important de prendre en charge, pour éviter qu'elles ne s’abîment. » Or c'est souvent le contraire qui se passe : un cercle vicieux de fatigue et de forçage vocal s'installe, avec pour conséquences nodules, œdèmes ou polypes sur les cordes vocales. Pourtant ces difficultés sont « parfaitement bénignes et parfaitement réversibles », selon la phoniatre : « Je vois des enseignants qui me disent : quand je rentre à la maison, je n'ai même plus envie de parler à ma famille », raconte Elisabeth Fresnel. 

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Comment fonctionne la production de la voix ?

Mais au fait, comment fonctionne notre appareil vocal ? Le principe est le même que celui de n'importe quel instrument de musique. Le son qu'il émet est le souffle transformé en voix par différents organes qui le composent. Le souffle, c'est l'air qui circule dans notre thorax grâce notamment aux poumons et au diaphragme. Il vient faire vibrer le larynx, situé dans le cou. Le larynx possède une ouverture en forme de deux replis couramment appelés 'cordes vocales'. Leur vibration produit un 'son source', qui passe ensuite dans le tractus vocal, la zone entre le larynx et les lèvres : la gorge, la bouche et le nez, qui agissent en tant que caisse de résonance et participent à la formation des sons parlés ou de la voix chantée.

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« En général un adulte parle avec ce qu'on appelle le mécanisme vibratoire qui correspond à la voix de poitrine. Il y a aussi des femmes qui, naturellement, parlent avec la voix de tête, mais ça se corrige », explique Elisabeth Fresnel.

Les enseignants, face aux classes nombreuses ou bruyantes, utilisent la voix parlée ou projetée, une voix par définition plus forte que la voix conversationnelle, et plus exposée à la fatigue. Et les plus à risque sont les enseignants des petites classes, d'éducation physique et sportive, « parce qu'ils sont souvent soit à l'extérieur, soit dans des lieux où ça résonne beaucoup », et, sans surprise, les enseignants de musique « parce qu'ils utilisent à la fois leur voix parlée, leur voix projetée et leur voix chantée. » 

Pourquoi la fatigue vocale et comment l'éviter ?

La première raison est une respiration trop haute, trop thoracique, explique Elisabeth Fresnel, souvent associé à un défaut de posture corporelle. « Nous sommes faits comme un grand Lego : le larynx est situé au niveau de la quatrième ou cinquième vertèbre cervicale et relié par des muscles et des ligaments à la mâchoire, à la base du crâne, aux clavicules, aux omoplates, donc tous les défauts de posture vont retentir sur la position du larynx », précise la spécialiste. Et les solutions sont assez simples à mettre en place.

Dans le cas d'une fatigue vocale installée, c'est la rééducation orthophonique : apprendre à respirer, à se tenir correctement et à ne plus forcer. «Il faut apprendre à avoir une respiration plus basse, thoraco-abdominale, utiliser son diaphragme et ne pas remplir d'air le haut de ses poumons.  Et pendant que l'on enseigne, se tenir droit, le bassin dans l'axe, la tête ne doit pas être baissée ou tournée vers le sol », conseille Elisabeth Fresnel. 

Mais ce qui est encore plus important, c'est d'adopter une hygiène vocale, et parfois diététique, en préventive : « Soigner attentivement les rhumes, des angines, mais aussi le reflux gastro- œsophagien dû au stress, facteurs qui peuvent provoquer des dysphonies. » 

Bien s'hydrater, ensuite, pour éviter que les sécrétions restent collées sur les cordes vocales, selon Elisabeth Fresnel : « Il faut boire 6 à 8 verres d'eau par jour même si on n'a pas soif, et surtout tousser au lieu de racler la gorge, ce qui éraille la voix et est traumatisant pour les cordes vocales ! »

Et enfin, préserver sa voix autant que possible, notamment dans un environnement bruyant ou fatiguant : « au téléphone, on force souvent sur sa voix. Il faut éviter le portable dans la rue ou dans des endroits bruyants. Et il faut éviter de crier, ce que font souvent les enseignants. »

Depuis de nombreuses années, Elisabeth Fresnel alerte sur l'urgence de préparer les enseignants à mieux utiliser leur voix en classe. Mais le rapport que la phoniatre a cosigné à la demande de l'Inserm et de la MGEN à destination de l'Education nationale est resté lettre morte. « Malheureusement, les enseignants n'ont rien de spécifique de prévu au cours de leur formation sur la voix. La prévention, c'est presque un gros mot. On préfère avoir des enseignants en arrêt de travail. Comme ce sont des arrêts de travail courts, ils ne sont pas remplacés, plutôt que de leur faire une formation sur la voix. »