Eveil musical : que choisir pour mon enfant ?

Comment sensibiliser son enfant à la musique ? Vous êtes nombreux à vous poser plein de questions. A tort ou à raison ? Réponse en 7 points, conseils de professionnels à la clé.

Eveil musical : que choisir pour mon enfant ?
Weegee(Arthur Fellig)/International Center of Photography, © Getty

Alors que l'histoire du soir s'incruste spontanément dans les rituels de chaque enfant dès le plus jeune âge, la musique fait souvent objet de plein d'interrogations : comment s'y prendre, quand commencer, à quel point s'impliquer... Nous avons consulté les professionnels de la petite enfance et vous livrons leurs conseils.

1. L'éveil musical : pour quoi faire ?

Sensibiliser son enfant à la musique ne veut pas forcément dire lui mettre un violon dans les mains dès l'âge de deux ans. Et surtout pas si c'est dans l'intention d'en faire un super soliste. Si le pianiste chinois Lang Lang a débuté à l'âge de trois ans, il n'en garde pas un très bon souvenir. Restez donc dans l'éveil, la sensibilisation et la découverte et remettez l'apprentissage pour plus tard : « L'éveil musical est très important dès le plus jeune âge, mais non pas en tant qu'objectif en soi, explique Marie-Alice Charritat, présidente du Centre Martenot Kleber à Paris, auteure de la méthode d'éveil Bonjour Madame Musique ! L'éveiller à la musique veut dire d'abord le mettre dans un bain musical : faire écouter de la musique, chanter avec lui, manipuler les premiers instruments simples, éveiller tous ses sens à l'expérience musicale. »

Les neurosciences viennent appuyer les arguments que les professionnels expérimentent sur le terrain : au-delà de l’initiation artistique et culturelle, la musique fait du bien au cerveau. La parole et le langage, la motricité, la concentration…les bénéfices cognitifs sont multiples et durables. La musique est un liant social et affectif important : au sein de la famille, entre une mère et son enfant, au sein d’une classe ou d’un groupe d’enfant. Ce que confirme Christelle Lubaki, directrice de la crèche Pimprenelle à Noisy-le-Grand, qui a lancé un projet d’ateliers musicaux dès le premier âge. Le personnel de la crèche a été formé et guidé dans cette démarche par une intervenante spécialisée de l'association Enfance et musique.« Nous avons constaté que les bébés qui sont un peu en retrait peuvent être si absorbés par les sons, qu’ils oublient l’appréhension et rentrent plus facilement en jeu avec les autres copains. »

2. Y a-t-il un âge pour commencer ?

Non, la sensibilisation musicale peut s'adapter à tout âge. Certains spécialistes pensent que mieux vaut tôt que (plus) tard, comme le musicologue et pédagogue portugais Paulo Lameiro. Il est un des pionniers de l'éveil musical des tout petits et l'initiateur des Concerts pour bébés, projet qui fait intervenir les musiciens professionnels dans les crèches et dans les salles de concert ouvertes aux bébés. Il est également à la tête d'un centre de formation destiné aux intervenants musicaux du premier âge. Paulo Lameiro encourage l'initiation musicale précoce pour profiter de l'hypersensibilité des bébés à leur univers sonore : « Entre la naissance et 18 mois, la vitesse de traitement d'une information chez un enfant est 300 000 fois supérieure à la notre. C’est donc la période la plus propice pour lui donner tous les éléments d’une structure qui lui permettra de comprendre et éventuellement de faire la musique dans l’avenir. »

Profiter de l’extrême perméabilité de l'enfant pour développer sa perception, mais aussi l'ouvrir au plaisir d'entendre la musique, comme le souligne Serge Cyferstein, responsable du département de la pédagogie du CNSM de Paris. « Certains neuroscientifiques expliquent l'oreille absolue par une stimulation musicale précoce : l'enfant qui a été exposé à la musique dès ses premières années, et notamment pendant la période de l'acquisition du langage, développerait davantage de compétences musicales plus tard. »

3. Mon enfant doit-il avoir du talent ?

Autrement dit, faut-il chercher à savoir si mon enfant est doué pour la musique alors qu'il vient seulement de souffler sa première bougie ? La réponse est non. La sensibilisation à la musique dès le premier âge passe notamment par une sensibilisation auditive et sensorielle à l’environnement sonore. « Chaque enfant, quel que soit son âge et son niveau d'implication, pourra en tirer des bénéfices. Certains bébés bougent et manipulent les instruments, d'autres restent en retrait à écouter, mais ils restent calmes et à leur regard nous voyons qu'ils sont présents, » explique Christelle Lubaki.

4. Faire de la musique en famille, est-ce une bonne idée si l’on a peu pratiqué ?

Oubliez les scrupules, parce que c’est même le meilleur moyen de débuter ! La musique, contrairement à la lecture, semble être difficile d'accès aux personnes qui n’en pratiquent pas. Mais cette appréhension n'est pas justifiée à partir du moment où l'on prend conscience que l'enfant se développe dans un environnement sonore avant sa naissance, et la voix de sa mère est la première musique qui le berce. Le premier éveil musical se fait donc spontanément, au sein de la famille, à travers des comptines ou des berceuses. L'importance de ces premiers instants est primordiale parce qu'elle renforce le lien entre la mère (et/ou le père !) et son enfant, quelle que soit la qualité de l’interprétation !

Donc, sans le savoir, vous avez déjà franchi le premier pas. Vous pouvez continuer à enrichir l'expérience sonore de votre enfant à la maison en lui faisant découvrir les premiers instruments de musique, en lui chantant ou en lui faisant écouter la musique enregistrée. Petit conseil : cherchez plutôt à le sensibiliser aux bruits, aux sons, aux musiques douces plutôt que d'opter pour une intégrale des symphonies de Beethoven. N'oubliez pas les jeux rythmiques, les musiques du monde ou les musiques contemporaines, tout type de musique qui ouvre les horizons sonores de votre enfant sont les bienvenues.

Plus tard (ou en parallèle), si votre enfant le souhaite, vous pourrez le laisser entre les bonnes mains des professionnels. Mais vous aurez déjà défriché le terrain...

5. Quid de l'instrument ?

Pour les premières expériences sonores, l'instrument doit rester un moyen d'éveiller la curiosité sonore de l'enfant. Les petites percussions, ou les instruments fabriqués à partir de matériaux recycles, en crèche ou en maternelle, sont souvent utilisés dans des ateliers d'éveil musical. « Tant que l'enfant n'est pas dans l'apprentissage, l'instrument est plus un outil d'éveil. A partir de trois ans, lorsque l'on peut plus structurer les apprentissages autour des compétences, l'instrument peut être introduit, mais uniquement à travers le jeu, explique Serge Cyferstein. Les pédagogies dites actives - Suzuki en tête - partent du principe d'apprentissage collectif et précoce d'un instrument de musique, mais il faut que cela soit bien fait, sinon c'est du bachotage et cela peut rebuter l'enfant.» rajoute-t-il. Par contre, il n'y a pas de raison que l'instrument soit confiné à l'atelier musical à la crèche ou en maternelle. Si vous touchez vous-même à un instrument de musique, ne privez pas votre enfant de vos connaissances, cela va sans dire.

Lorsque votre enfant arrive à l'âge de débuter un instrument de musique, choisissez-en avec soin : rien de plus nocif qu'une guitare en plastique mal accordée. Il est toujours mieux, même pour les instruments-jouets, de s'assurer que leur restitution sonore correspond à la réalité : sinon, l'image sonore de votre enfant s'en trouvera déformée.

6. A quel âge peut-on emmener son enfant au concert ?

En principe, on devrait pouvoir initier son enfant à l'expérience de la musique vivante dès ses premiers mois. Dans certains pays de l'Europe - comme la Belgique, l'Angleterre ou le Portugal, les concerts adaptés au bébés sont plus fréquents : une atmosphère plus intimiste, la salle plus petite, l'éclairage adapté, et une programmation à la carte, souple et adaptable aux réactions des petits auditeurs, comme le préconise Paolo Lameiro. Pour l'instant, les initiatives de ce type sont rares en France. L’Orchestre Lamoureux à Paris programme la saison prochaine trois dates de son Bébé Concert réservé aux 0 à 3 ans : « C'est un concept que nous avons découvert lors de notre participation à la Folle Journée au Japon, et c'est la deuxième édition, explique Iris Labouret, responsable de la communication et des actions culturelles. Il s'agit de concerts de 30 minutes où les musiciens et le chef d'orchestre interagissent avec les bébés et les familles, qui sont à la fois sur scène et dans le parterre, libres de leurs mouvements. Les parents sont appelés à contribution : à chanter des comptines ou à faire une petite chorégraphie, et c'est le chef d'orchestre qui mène la danse. »

7. Quel type d'éveil choisir ?

L'éveil musical a le vent en poupe : une vraie chance, parce que de nombreuses crèches mettent en place des ateliers d'éveil musical. Si vous en faites partie, le tour est joué. De manière générale, les ateliers d'éveil vont en se multipliant, notamment en milieu associatif, mais restent de qualité inégale : « Les initiatives sont encore rudimentaires, même si l'âge préscolaire est extrêmement propice à l'éveil musical parce que l'on peut commencer à identifier les timbres, les rythmes, faire des jeux d'improvisation, ou aborder les premiers instruments. Le problème en France reste la formation des professionnels de la petite enfance, parce qu’éveiller un enfant à la musique veut dire prendre en compte une multitude de paramètres qui relèvent du développement cognitif et émotionnel, et donc de la pédagogie et de la psychologie autant que de la musique en elle-même. »

Certaines pédagogies dites actives - Dalcroze ou Kodaly, par exemple - organisent les ateliers d'éveil pour tout petits, qui passent par l'approche collective, l'expression corporelle ou le chant. Vous pouvez opter également pour des ateliers ponctuels qui sont organisés par de nombreuses formations musicales : la Philharmonie de Paris, l'Orchestre National de Lyon, les formations de Radio France, ouvrent leurs salles aux enfants, généralement à partir de 5 ans.

Cinq ans, c'est le sésame pour intégrer l'éveil musical dans la plupart des conservatoires. Contrairement au milieu associatif - qui peut offrir le meilleur comme le pire, les conservatoires garantissent un personnel qualifié. En général, la première année est dédiée au chant, à la danse et à l'expression corporelle et à la découverte des premières notions musicales. C'est aussi l'âge des premières expériences scéniques, parce qu'en général, le spectacle de fin d'année est ouvert aux plus jeunes aussi.