Au Royaume-Uni, l'enseignement musical en voie de disparition dans le secondaire

La musique perd du terrain dans le secondaire au Royaume-Uni. Les médias et les professionnels remettent en cause la réforme de 2013, qui valorise les matières dites majeures au détriment des disciplines artistiques.

Au Royaume-Uni, l'enseignement musical en voie de disparition dans le secondaire
Au Royaume-Uni, l'enseignement musical en voie de disparition dans le secondaire, © Getty

Selon la récente étude effectuée par l’institut de sondage en ligne YouGov pour l’Orchestre Philharmonique Royal britannique et relayée par ClassicFM, neuf enfants et jeunes de 6 à 16 ans sur dix au Royaume-Uni ont envie d’apprendre à jouer d’un instrument . La guitare remporte la palme (45%), le piano (36%) et les percussions (35%) se partagent la deuxième place, suivis par le violon (10%), puis la flûte et le saxophone ex aequo (8%). 

On y apprend aussi que la proportion de jeunes qui déclarent ne plus s’intéresser à la pratique musicale est multipliée par quatre entre 10 et 14 ans, et 41% d’adolescents interrogés disent que l’école ne les encourage pas spécialement à faire de la musique. Une baisse significative de 96% à 84% en quatre ans seulement qui, selon le directeur exécutif de l’Orchestre James Williams, « souligne l’importance du travail que l’on doit faire pour soutenir les jeunes musiciens à cet âge crucial. » 

Jusque-là, rien de très surprenant. En France, plus de la moitié des anciens musiciens (53%) ont arrêté entre 15 et 24 ans, un sur cinq ayant abandonné avant d’être parvenu à l'âge de 15 ans, selon l’enquête du Ministère de la culture. 

Au Royaume-Uni les voix s’élèvent contre un système scolaire qui n’encourage pas les pratiques artistiques, et notamment dans le secondaire. En cause, le controversé English Baccalaureate (EBacc), qui aurait un impact négatif sur le nombre des étudiants qui choisissent les enseignements artistiques. 

« Dans le secondaire, les résultats obtenus dans les matières principales permettent de classer l’établissement sur l’échelle nationale, comme leEBacc, qui ne prend pas du tout en compte les matières artistiques,  nous expliquait Richard Hallam, ancien Président du Conseil national pour l’éducation musicale et conseiller au Département de l’éducation musicale de Grande Bretagne dans un article consacré à l'éducation musicale en Grande Bretagne. 

Introduit en 2013, l’EBacc est une mesure d’évaluation des établissements après le General Certificate of Secondary Education (GCSE), examen national qui évalue cinq matières dites majeures : anglais, mathématiques, histoire ou géographie, sciences et une langue étrangère. De plus, l’obtention des bons résultats dans ces matières détermine la poursuite de l’élève en A-level, équivalent du baccalauréat français, et son accès aux études supérieures. 

« Du coup, les écoles misent sur ces disciplines au détriment des disciplines artistiques, qui deviennent au mieux optionnelles, ou passent au rythme semestriel, sinon disparaissent complètement, » constate Richard Hallam. 

La musique poussée à la marge

Depuis la mise en place de l’EBacc, les professeurs de musique alertent sur le déclin progressif des enseignements artistiques dans le secondaire. Et les études leur donnent raison. En 2017, la Nouvelle Université de Sussex a publié les résultats d’une étude impliquant plus de 700 établissements secondaires dans le pays sur une période de 5 ans, qui révèle que 60% des professeurs de musique pensent que l’EBacc a un « impact négatif sur l’offre et la demande de l’enseignement musical dans leur établissement, ce qui se reflète sur tout le curriculum. » 

L’étude montre que pour la tranche d'âge 13-14 ans, en 2016/2017, la musique était obligatoire dans 84% d'établissements, alors qu'en 2017/2018 ce pourcentage a baissé à 47,5%.

Le nombre d'étudiants qui ont pris la musique dans le cadre du GCSE  a baissé de 10%  depuis 2016, un établissement sur cinq ne proposant plus la musique dans le cadre de l'examen. La situation est encore plus significative pour la suite des études, parce que le nombre des écoles proposant la musique dans le cadre d'A-level a baissé de 15%. Une baisse accompagnée par une réduction des effectifs dans 36% des établissements interrogés.

« Nous avons alerté l'opinion publique en 2016 sur le danger de voir disparaître l'éducation musicale des écoles à cause des mesures de performance et des réductions budgétaires, a affirmé Ally Daubney, professeure d'éducation à l’Université de Sussex (senior teaching fellow in education at the University of Sussex) pour The Guardian en octobre dernier. Notre dernière étude démontre que la situation est actuellement très préoccupante dans de nombreux établissements secondaires. Nous devons agir maintenant afin de renverser la tendance et trouver les moyens pour que les écoles puissent proposer une éducation musicale pour tous tout au long du parcours scolaire. »