Découvrir la musique américaine avec vos (grands) enfants

Comment aborder la musique américaine avec vos enfants ? A l'occasion des élections présidentielles aux Etats-Unis, francemusique.fr vous propose une sélection de compositeurs qui ont contribué à forger l'identité musicale de ce vaste pays.

Découvrir la musique américaine avec vos (grands) enfants
Grand Canyon, © Getty / Nico De Pasquale Photography

La musique "classique" américaine est à l’image de cette jeune nation : éclectique, audacieuse et plurielle, nourrie à la fois de toutes les cultures qui la constituent aujourd'hui et des générations de migrants, y compris des musiciens, qui y ont trouvé une terre d'accueil. Un véritable vivier de créativité !

1. Commençons parAntonín Dvořák, compositeur tchèque du XIXe siècle, qui s'intéresse déjà avant d'arriver en Amérique aux éléments du folklore de sa Bohème natale. Installé aux Etats-Unis de 1892 à 1895 et directeur du conservatoire de New York, il est très nostalgique de son pays, mais en même temps attiré par la richesse des traditions musicales 'authentiquement américaines'. 

Dans sa 9e Symphonie dite « du Nouveau Monde », par exemple, le compositeur lui même dit s'être inspiré des negro-spirituals et des danses indiennes. Et en effet, à sa création en 1893 au Carnegie Hall de New York , les critiques saluent une musique authentiquement 'américaine'. Mais si Dvořák était sensible aux différentes cultures présentes sur le sol américain, sa 9e Symphonie  reste essentiellement inspirée de ses racines tchèques :  

De nombreux autres compositeurs européens choisiront le continent américain pour fuir l'Europe pour des raisons politiques :  Serge Rachmaninov, Serge Prokofiev, Paul Hindemith, Erich-Wolfgang Korngold, Igor Stravinsky, Bela Bartok, Arnold Schoenberg, Bohuslav Martinu, composent durant leur exil américain certaines de leurs œuvres nourries de la vitalité de ce pays, apportant ainsi leur pierre à l'édifice de cette jeune tradition musicale. D'autres chercheront à en extraire l'essence, à identifier un 'son américain'. 

2.George Gershwin croisera dans ses œuvres à la fois Broadway et ses comédies musicales, le jazz et le ragtime des années 1920, et le langage classique. Summertime, chanson extraite de son opéra Porgy and Bess, est aujourd'hui un des classiques les plus repris et ré-intérprétés : depuis sa création en 1930, on compte environ 75 000 reprises dans tous les styles musicaux, du jazz suave d'Ella Fitzgerald et Louis Armstrong à la version distordue et déchirante de Janis Joplin. Le sujet de l'opéra Porgy and Bess est, lui aussi, 'américain' : basé sur le roman éponyme d'Edwin DuBose Heyward, il traite de la condition des Noirs dans les années 1920 au Sud des États-Unis.

3.Aaron Copland est, avec Charles Ives, chef de file de l’école américaniste qui valorise l'originalité des compositeurs américains par rapport aux influences européennes. Auteur d'œuvres orchestrales, scéniques ou de la musique de film, Copland se voulait compositeur d’une musique pour le peuple, accessible à tout un chacun, simple et nourrie de l'histoire américaine. On dit souvent que dans ses œuvres on peut entendre l'immensité des paysages américains (l'incontournable ballet Appalachian spring) ; en revanche, la musique de scène Quiet City (1939) composée pour la pièce de théâtre de l'écrivain new-yorkais Irwin Shaw, est plutôt un hommage à New York, sa ville, selon le compositeur. 

4.  Charles Ives est un nom très important de la modernité américaine, dont la trajectoire de compositeur a été plus que surprenante. Après les débuts très prometteurs dans la musique, il a obtenu son diplôme de composition à la prestigieuse  Université de Yale. Mais une fois installé à New York, il abandonna le métier de compositeur pour fonder une compagnie d’assurance, et composa ensuite sans être ni joué ni publié. Avec le temps, son emploi du temps au bureau prend le dessus sur son activité de composition et il finit par ne lui consacrer que des rares moments de son temps libre. Cependant, sa musique reste importante car elle ouvre la voie à toutes les révolutions et à toutes les audaces qui caractériseront les compositeurs américains.

5.Leonard Bernstein est peut-être le plus célèbre musicien américain du XXe siècle, et notamment pour son activité de passeur et pédagogue, premier à avoir animé des concerts commentés pour les jeunes à la télévision : les YoungPeople’s Concerts pour la chaîne CBS.  Chef d’orchestre, pianiste et compositeur - auteur entre autres de nombreuses comédies musicales, genre typiquement américain, il est représentatif de l’Amérique du XXème siècle. Nombre de ses airs sont entrés dans la mémoire collective et ont été transformés en standards de jazz. 

Sa comédie musicale la plus célèbre, West Side Story (1957) marque un tournant dans le théâtre musical américain : une thématique socialement engagée sur les conflits de différentes populations d'immigrés à New York sur un fond de racisme qui inspire le compositeur et le chorégraphe Jerome Robbins à créer une œuvre coup de poing. Certains airs sont devenus extrêmement populaires, comme Something's coming, Maria, America, Somewhere, Tonight, Jet Song, I Feel Pretty etc. 

6.John Cage, compositeur, poète, théoricien, plasticien et écrivain, est le plus emblématique des ultra-modernistes américains réunis sous l’appellation de 'l'école de New York'.  Iconoclaste, il a marqué non seulement la musique, mais l'art en général aux Etats - Unis de la moitié du XXe siècle, en remettant en question jusqu'à l'idée et la fonction même du compositeur. 

Parmi ses inventions, le 'piano préparé' : une nouvelle façon d'utiliser l'instrument en entravant son système sonore de différents objets, ou encore '4'33', une pièce dont l'ambiance de la salle est "la partition", l’interprète restant immobile à ne rien faire à son instrument pendant 4 minutes et 33 secondes.  Son postulat : laisser les sons être eux-mêmes, inspirera plus tard les minimalistes : La Monte Young, Terry Riley, Philip Glass, Steve Reich et John Adams.

En réaction à l'avant-garde expérimentale et l'approche conceptuelle de la musique d'un John Cage, les compositeurs américains dans les années 1960 se tournent vers la tonalité, un langage se référant plus à la tradition de la composition occidentale et cherchent plus d'émotion dans la musique. 

7. AinsiSteve Reich est-il, avec La Monte Young, Terry Riley ou encore Philip Glass, l’un des penseurs du mouvement minimaliste qui utilise la répétition comme principe de composition.  Qu’elles soient pour bandes magnétiques ou pour instruments traditionnels, dans les œuvres de Steve Reich le rythme et le timbre deviennent les éléments d'un déphasage progressif de plusieurs séries d’un même motif répété. 

Pour Clapping Music (1972) le compositeur a eu l'idée de réaliser une pièce ne nécessitant pas d'instruments de musique autres que le corps humain, très pratique en tournées ne nécessitant aucune logistique particulière. Il s'inspire du flamenco pour concevoir une œuvre construite sur les applaudissements rythmés de deux interprètes : l'une est fixe et l'autre se déphase progressivement selon les indications laissées par le compositeur .

S'il est un genre qui a toujours joué un rôle prépondérant dans la culture américaine, c'est la musique de film. Source de revenus pour nombreux compositeurs européens venus aux Etats-Unis entre deux guerres, la musique de film a également engendré plusieurs générations de compositeurs formés aux Etats-Unis et biberonnés à la production cinématographique hollywoodienne. 

8. Les compositeurs de la 'art-music' s'y aventurent régulièrement et la musique minimaliste, très cinématographique, a été souvent utilisée pour la toile. Le Quatuor N°3 dit Michima d'un autre grand représentant du minimalisme américain, Philip Glass, fait partie de la bande originale du film Michima de Paul Schrader, sorti en 1985. 

9. Un genre à part avec un succès populaire à la mesure de la démesure américaine, les compositeurs qui se consacrent uniquement au cinéma sont pléthore. John Williams en est le plus célèbre et le plus efficace représentant, mais il est loin d'être le seul. Son disciple Danny Elfman, par exemple, a signé notamment nombreuses collaborations avec le réalisateur fantasque Tim Burton, comme ici dans la B.O. de L'Étrange Noël de monsieur Jack :

10. Il est impossible de parler de la musique américaine sans parler de la comédie musicale, d'autant plus que les frontières entre les genres et entre le savant et le populaire ont toujours été très perméables dans la culture américaine, depuis Gershwin et Bernstein jusqu'à nos jours. Un des compositeurs les plus prolifiques dans le genre est Stephen Sondheim, dont certaines comédies musicales sont parmi les plus populaires à Broadway. Un de ses grands succès, plusieurs fois primée, est la comédie musicale Into the woods, créée en 1986 :

La sélection est faite à partir du catalogue des concerts disponibles sur francemusique.fr