La musique et la danse contre l'isolement et la maladie avec l'association Culture & Hôpital

Lutter contre l'isolement des personnes seules ou malades, notamment celles atteintes de la maladie d'Alzheimer, c'est le cheval de bataille de l'association Culture & hôpital. Dans leurs ateliers, danse et musique viennent briser la solitude des malades et de leurs proches.

La musique et la danse contre l'isolement et la maladie avec l'association Culture & Hôpital
Culture&Hopital : le dispositif DUCA pour les malades et les aidants, © Radio France / Suzana Kubik

C'est un lundi un peu particulier pour la jeune équipe de l'association Culture & hôpital : ce matin-là, au conservatoire de musique Darius Milhaud du 14e arrondissement de Paris, l'équipe est au complet pour accueillir les habitués de l'atelier musique et danse qui s'y tient tous les lundis. Sauf qu'aujourd'hui, c'est un goûter de Noël qui couronnera les deux heures passées ensemble, et qui marquera un point d'étape avant que tout le monde ne se quitte pour les vacances. Au programme de la rencontre : un récital de piano suivi d'un atelier de danse, proposés tout au long de l'année aux personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer ou souffrant de l'isolement social et des troubles anxio-dépressifs, et leurs aidants, dans le cadre du Dispositif urbain culture Alzheimer, dit DUCA. 

Selon Anaïs Madec Pradoura, directrice adjointe de l'association Culture & hôpital, ces ateliers s'inscrivent dans une stratégie de prévention de l’isolement, en instaurant un rapport de confiance avec les malades :

« Les personnes qui sont dans nos activités sont nécessairement signalées par les professionnels du soin, des gériatres, des hôpitaux. On a beaucoup de personnes qui sont signalées au stade très avancé de la maladie, qu'il s'agisse de l'Alzheimer ou des troubles anxio-dépressifs, ou des aidants isolés et perdus dans le parcours de soin de leurs proches. Mais l'idée c'est d'intégrer les personnes le plus tôt possible, pour faire du lien plus tôt et donc accompagner la personne au mieux et plus régulièrement dans des dispositifs très spécifiques, que ce soit au domicile ou à l'extérieur, sur leur propre territoire.»

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Anaïs Madec Pradoura, directrice adjointe de l'association Culture à l’hôpital

Ainsi l'atelier hebdomadaire du lundi matin devient une vraie démarche, un rendez-vous pour les malades et leurs proches qui leur permettre de vivre un moment de plaisir partagé, en dehors d'un quotidien médicalisé et rythmé par des soins, souligne Anaïs Madec Pradoura.

Un protocole réglé comme du papier à musique

Chaque atelier est conçu selon un protocole bien précis, explique la directrice adjointe. Dès le départ, on établit les binômes entre un artiste et un soignant, et les musiciens intervenants sont invités à concevoir leurs programmes en fonction de l'émotion souhaitée ou de l'effet que l'on veut obtenir auprès des personnes présentes. 

La pianiste hongroise Gabriella Thorma a ainsi présenté les œuvres de Bach, Chopin et Bartok, un choix fondé sur l'expérience des concerts qu'elle donne auprès des malades d'Alzheimer depuis dix ans :

« J'essaye toujours d'imaginer un parcours, je commence souvent par Bach qui calme la respiration, et une fois que les gens sont avec moi, j’essaye de sentir s'il faut que je les amène plus vers de grandes émotions, que je les fasse pleurer ou que je leur rende le sourire ou les bouleverse, il faut être très à l'écoute. Les concerts préparent ainsi le terrain émotionnel et physique pour la suite de l'atelier, et depuis quelques années c'est la danse »  explique la pianiste. 

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Gabriella Thorma, pianiste

Parce qu'après le récital de piano par Gabriella Thorma, on bouge les chaises, on fait de la place, on s'installe en cercle, et on danse ! La danse-thérapeute Aude Morel, elle aussi, est dans une démarche de renforcement du lien social et de travail de la motricité et de la mémoire :

« J'utilise beaucoup le rythme et la musique, notamment la chanson française, explique-t-elle, et cela permet de raviver les souvenirs, la mémoire des paroles et des artistes. Et aussi la danse en couple qui est très conviviale et leur rappelle peut-être les bals de leur jeunesse. Et enfin, il y a le rapport au corps et ce toucher que l'on va mettre en place par le biais du mouvement et de la danse. »

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Aude, danse-therapeute

Un accompagnement indispensable pour le bien être des malades et leurs proches

Si Culture & hôpital ne dispose pas encore des preuves scientifiques pour le bien-fondé des ateliers DUCA, les témoignages nés au fil des 15 ans d'expérience de l'association dans l'accompagnement des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer en attestent : 

« Il y a des personnes que l'on suit depuis huit à dix ans, raconte Anaïs Madec Pradoura. On les a connues au tout début de la maladie et on les suit aujourd'hui, dans un stade plus avancé. Et les professionnels de soin nous disent que, s'il n'y avait pas eu cet accompagnement-là, la maladie aurait accéléré. »

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Anais Madec Pradoura

Ce matin là, Paul et Françoise Mazars sont là, comme presque tous les lundis. Françoise est dans un stade avancé de la maladie, et selon son époux, les ateliers musique et danse sont la seule intervention qui marche encore auprès de la malade : 

« Nous assistions avant aux ateliers théâtre, mais à partir d'un moment, les ateliers ne fonctionnement plus. L'atelier musique et danse est le seul moment où ça marche encore pour Françoise et où il y a quelque chose qui résonne. C'est triste, mais c'est comme ça.  Il y a encore des jours où elle est heureuse ici. »

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Paul Mazart, aidant

Des respirations nécessaires pour les proches, et les moments de répit pour les malades, qui devraient, selon Paul, être proposés à toutes les personnes dans la même situation.