Comment travailler l'instrument avec son enfant : petit guide en sept points

Vous êtes parent d'un enfant qui débute l'apprentissage d'un instrument et vous vous demandez comment faire pour l'accompagner à la maison ? Voici notre feuille de route en sept conseils, à pratiquer sans modération.

Comment travailler l'instrument avec son enfant : petit guide en sept points
Enfant au violon, © Getty

Vous vous souvenez encore de la grande solitude ressentie au début de l’année, lorsque le professeur d’instrument de votre enfant vous a conseillé de « travailler l'instrument avec votre enfant à la maison » ?

Comment dire… le trombone n’est pas votre tasse de thé, et la notion de solmisation ne vous laisse qu’un vague souvenir. Et puis quoi encore, à neuf ans il peut bien répéter ses double-croches tout seul, quand même…

Détrompez-vous. De même que, quand il était tout petit, vous lui avez fait découvrir Pierre et le loup ou Le Carnaval des animaux, c’est grâce à vous que sa passion pour la musique pourra durer. Musicien ou pas, vous savez que l'apprentissage de la musique demande du temps, et passe par de nombreux obstacles qui peuvent vite décourager votre enfant.

Si votre petit musicien est en confiance avec son professeur, c’est à vous d’assurer la suite. La première chose à faire, c’est de créer un cadre motivant à la maison. « Votre enfant n’est pas né musicien, il le devient par son éducation », explique Robert Cutietta, auteur de l’ouvrage Raising musical kids (Eduquer les enfants musiciens). « Les enfants apprécient les domaines qu'affectionnent leurs parents. Si la musique fait partie de votre vie et que vous lui accordez de l’attention, votre enfant la valorisera aussi ».

Il arrive souvent que lorsque l’enfant commence à jouer d’un instrument, il soit attiré par la nouveauté et se mette volontiers à répéter ses exercices à la maison. Mais cet enthousiasme faiblit au fur et à mesure qu’une routine s’installe et que les difficultés se multiplient. C’est là que vous pouvez jouer un rôle très important : en instaurant une régularité et en lui faisant comprendre que travailler son instrument passe par les étapes difficiles pour arriver à un résultat, un équilibre délicat entre l’effort nécessaire à fournir et le plaisir de s’écouter jouer un morceau. Plus facile à dire qu’à faire ? Voici comment prendre le taureau par les cornes, en sept conseils :

1. Instaurez la régularité

Si votre emploi du temps le permet, réservez à l’instrument une petite demi-heure en fin de journée, dans la mesure du possible tous les jours. Cela dit, restez à l'écoute de votre enfant : la musique peut trouver sa place juste après l'école, ou parfois au début de la journée, comme en témoignent certains parents. Plus l'enfant est jeune, plus vous aurez besoin d'adapter la durée de la séance musicale. Ne soyez pas rigide : ce créneau doit être un moment partagé entre plaisir et travail, en fonction de la fatigue de votre enfant. Commencez par exemple par l'inviter à rejouer les morceaux qu'il connaît déjà. Vous pourrez repérer les difficultés et sélectionner les éléments que vous travaillerez avec lui ensuite. Mais cette première étape permettra à votre enfant de s'échauffer et de se "mettre en condition" pour travailler.

2. Donnez des consignes claires

Une fois la difficulté repérée, revenez dessus. Isolez quatre mesures sur lesquelles vous souhaitez travailler et expliquez clairement l'objectif à atteindre. A la place de « Pourrais-tu jouer cela trois fois ? » , optez plutôt pour « Essaye d'enchainer les quatre mesures dans un rythme régulier.» Ne cherchez pas à corriger tous les paramètres d’un coup, hiérarchisez : les bonnes notes et le rythme d’abord, la position, le phrasé et l’articulation ensuite, et les nuances lorsqu'il est un peu plus à l'aise. Plus l’enfant est jeune, plus il faut varier le type de travail proposé. Si vous voyez que tous les paramètres ne rentrent pas tout de suite, laissez-en pour demain.

3. Pensez à la musique

Si vous attaquez un déchiffrage, ayez en tête que de déchiffrer un morceau sans l’entendre constitue pour un enfant un exercice à la fois complètement abstrait et très pénible, il avancera de note en note sans se rendre compte où il va. Il est donc important qu’il l’entende avant de s’y mettre. Si vous en avez les compétences, jouez-le-lui, sinon, certaines méthodes fournissent le C.D. avec les morceaux enregistrés. Si cela n'est pas le cas avec la méthode choisie par son professeur, n'hésitez pas à lui demander de l'aide. Peut-être pourra-t-il enregistrer, en amont, les morceaux qu'il programme de travailler avec votre enfant au cours de l'année. Cela facilitera énormément les choses pour votre enfant, y compris sur le plan de la motivation.

4. Récompensez les efforts

Trouvez un moyen d’introduire de petites récompenses, surtout pendant les périodes de gros coups de mou. Si votre enfant est collectionneur de cartes ou de stickers, cela peut être un bon moyen de l’encourager une fois un objectif atteint. Vous pouvez aussi instaurer un système de points à accumuler au cours de la séance, couronnés par une récompense que votre enfant aura choisie et qui ne doit pas forcément être lié à la musique (dessin animé, jeu de société...). N’oubliez pas d’encourager l’effort et non pas le résultat ! Bien évidemment, une fois que votre enfant a atteint les objectifs déterminés avec lui pour la séance, n’oubliez pas de le féliciter.

5. Transformez votre salon en salle de concert

Dans le registre des valorisations, ne tablez pas uniquement sur l'audition publique programmée dans six mois. Provoquez les petits concerts entre copains ou en famille. Si vous pratiquez d'un instrument, vous pouvez chercher des répertoires à jouer avec votre enfant. Les musiques des dessins animés sont accessibles en versions adaptées pour débutants, mais ne négligez pas non plus les répertoires "accessibles" de grands compositeurs. Si vous n'êtes pas musicien, des petits concerts entre copains, avec les morceaux qu'ils apprennent en classe, feront très bien l'affaire. Mais jouez le jeu : scénarisez un vrai concert, avec un programme griffonné sur des dépliants, le vrai public, une scène...et une vraie sortie des artistes, avec le goûter à la clé !

6. Mettez à contribution votre tablette

Faites des nouvelles technologies votre allié, même dans l'approche classique du travail de l'instrument. En fonction de l'instrument que joue votre enfant, il existe aujourd'hui de multiples applications adaptées à différents niveaux de la pratique instrumentale. Elles peuvent vous permettre d'élargir le répertoire sur les mélodies que votre enfant peut facilement jouer, comme les thèmes des dessins animés ou des films. Ou encore celles qui permettent de travailler la théorie musicale à travers les jeux. Vous pouvez aussi tout simplement mettre à contribution votre téléphone portable pour enregistrer votre musicien pendant qu'il joue. Il gagnera à la fois en confiance et en autonomie et il pourra se rendre compte par lui-même de ce qui lui pose problème, mais aussi de toutes les petites victoires dont il est capable au fur et à mesure que le travail avance. Encore une fois, c'est le cheminement qui est important, et non le résultat, et le fait de multiplier les retours rendra le cheminement plus amusant !

7. Incitez votre enfant à jouer avec son instrument

N'oubliez pas qu'un instrument est tout d'abord une source sonore riche pour un enfant, au-delà du répertoire qui lui permet de franchir les étapes et acquérir une certaine technicité. L'improvisation peut être un bon moyen pour votre enfant d'aborder son instrument comme un jouet. C'est un formidable moyen de stimuler sa créativité, d’apprendre à s’écouter et d’explorer toutes ses possibilités sonores. Guidez-le en lui donnant des idées des sons à rechercher : on ne se rend pas toujours compte qu’un enfant ne sait pas qu’un violon, cela ne se joue pas uniquement avec un archet et que la pédale sur un piano ne sert pas à jouer plus vite ! L’improvisation peut en effet être ritualisée de façon à marquer la fin d’une séance de travail de façon ludique.

Si tout cet investissement vous semble insurmontable, dites-vous bien qu'il ne durera qu'un temps. Une fois les bonnes habitudes acquises, vous pourrez souffler un peu avant la prochaine étape : l'adolescence, qui vous mettra face à de nouveaux défis et que nous traiterons dans un prochain article...