Les instruments volumineux en vacances : comment font les musiciens ?

Jouer d'un instrument volumineux, c'est un choix de vie. Et quand il faut partir en vacances, comment font pianistes, harpistes ou encore percussionnistes ? Comment maintenir sa pratique alors qu'on n'est pas chez soi ? Enquête.

Les instruments volumineux en vacances : comment font les musiciens ?
Les instruments volumineux en vacances : comment font les musiciens ?, © Getty / Alexandra Gorbushina / EyeEm

"Maintenir une pratique pour garder la corne"

Pour Emilie Gastaud, première harpe solo de l'Orchestre National de France, ce n'était pas vraiment une question de choix : 

"Ce sont mes parents qui ont investi dans un monospace. Et pendant les vacances, on mettait la harpe dans la voiture et on partait assez chargés, surtout à partir de 10, 12 ans, quand j'ai commencé à passer des concours parce que souvent, les concours sont à la rentrée. Travailler l'instrument, c'était un peu le compromis de partir en vacances quand même, mais de trouver des créneaux de travail sur place, compatibles en fonction du voisinage," précise la musicienne. 

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Surtout que les harpistes, nous a expliqué Emilie, ont très vite besoin de leur propre instrument pour travailler à la maison au cours de leur formation, parce qu'en règle générale, s'entrainer dans un conservatoire est toujours très compliqué : pas de salles disponibles ou trop peu d'instruments à disposition. Mais si l'on a la possibilité d'emmener l'instrument en vacances, il est très important de ralentir la cadence, précise Emilie Gastaud. La musicienne conseille cependant de maintenir une pratique régulière pour garder la corne sur les doigts, qui autrement disparaît très vite, sinon reprendre après avoir arrêté complétement peut être très compliqué. 

"Les percussionnistes courent toujours après les espaces de travail"

Selon Rodolphe Théry, timbalier solo de l'Orchestre philharmonique de Radio-France, difficile d'emmener son instrument en vacances, sinon "il faudrait que je parte avec un camion de 20m3". Un problème récurrent dans la mesure où les percussionnistes ont rarement leur instrument chez eux, travaillent souvent dans des conservatoires et écoles de musique et "courent toujours un peu après les salles, les espaces de travail". Par conséquent, lorsque ces lieux ferment, le musicien s'accorde toujours une pause estivale, une pratique assez courante parmi les percussionnistes, nous a-t-il confié. 

"Très vite, au cours des études, on développe une capacité de travail sur table, on dissocie le travail technique du travail sur partition et la visualisation de l'installation des instruments," une bien meilleure solution que de travailler sur des instruments de moins bonne qualité qu'on aurait trouvés sur place. 

" Après, pour s'entretenir un peu techniquement, on a tous, les percussionnistes, un petit pad avec lequel on peut voyager, mais qui n'a pas vraiment une belle sonorité. C'est vraiment pour un entretien technique et mécanique ou pour faire marcher les poignets pour que les muscles fonctionnent."  

"Se déplacer avec une contrebasse devient de plus en plus compliqué"

"On sous-estime souvent la capacité d'une contrebasse à rentrer dans une voiture, nous révèle Lucas Henri, contrebassiste à l'Orchestre philharmonique de Radio France. Le musicien a passé un été à voyager avec son instrument à bord d'une Fiat Panda sans grande difficulté. 

Par contre, lorsqu'il était plus jeune et qu'il avait "bien travaillé toute l'année, ce n'était pas grave si la contrebasse ne [le] suivait pas en vacances." Le musicien joue aussi de la guitare, qui était pour le coup "l'instrument privilégié des vacances". C'est important de s'accorder des temps de repos et d'aération d'esprit, estime Lucas Henri, d'autant plus que de se déplacer avec une contrebasse devient de plus en plus compliqué : "Il y a plein de contrebassistes qui se prennent des amendes ou se font refuser l'accès aux trains, un problème accentué depuis qu'il y a les portiques de sécurité à l'entrée, parce que la contrebasse dépasse les dimensions des bagages autorisés dans les trains." 

Une pétition a d'ailleurs été lancée à ce sujet, mais pour l'instant la SNCF n'y a pas répondu favorablement. Les déplacements ne sont pas plus faciles par avion, puisqu'une housse rigide est demandée, qui est extrêmement volumineuse et chère, et même avec elle, les démarches restent fastidieuses et l'instrument court le risque d'être abimé. Du coup, la profession s'organise : depuis quelques années il existe des modèles de contrebasse démontables, nous apprend le musicien, qui peuvent se replier sur eux-mêmes et tenir dans une énorme valise qui est plus facilement transportable. En train, en avion et...en Fiat.

"La technique pianistique reste acquise"

Evidemment, le premier instrument volumineux auquel on pense, c'est le piano. Catherine Cournot, pianiste soliste à l'Orchestre philharmonique de Radio France, estime qu'une coupure de trois semaines pendant les vacances est "vraiment salutaire"

Pendant ses études, elle emportait parfois en vacances un petit synthétiseur ou un clavier numérique, mais plutôt en cas de nécessité : " Ce n'est pas très satisfaisant au niveau du toucher, il y a quand même une différence. Mais cela peut dépanner quand on a une œuvre difficile à monter, quelque chose à mettre en place." Autre solution, anticiper sur le déplacement en se renseignant sur la possibilité d'utiliser les pianos présents sur son lieu de vacances, de faire ouvrir un conservatoire ou une école de musique, ou de jouer sur un piano d'amis ou de connaissances. Sauf dans les périodes où elle a beaucoup de programmes à monter, et où elle préfère se passer de vacances, cela fait partie du jeu, avoue la pianiste. 

Mais la période des vacances peut aussi être une occasion d'aborder sa pratique autrement,  travailler à distance d'un clavier : " On peut apprendre des partitions par cœur, on peut y réfléchir...Il y a tellement de choses à assimiler dans nos partitions polyphoniques que pour moi, cet aspect de réflexion est important, et on se rend compte que quand on retrouve le piano, on a finalement beaucoup progressé", précise la musicienne.  

Et la reprise après la coupure ? La musicienne conseille de commencer par se faire plaisir, de jouer des morceaux que l'on aime. "Même si j'avais arrêté très longtemps, si je me remets au piano avec quelque chose que j'aime jouer plutôt d'attaquer les gammes et les arpèges, c'est presque comme si je l'avais quitté hier. C'est l'avantage de notre instrument par rapport à des clarinettes, des trompettes, des trombones : notre technique reste acquise. C'est plutôt la confiance. C'est tout à fait psychologique pour moi, ce malaise que l'on peut ressentir quand on reprend après une coupure. Et à ce niveau-là, le plaisir de retrouver son instrument sera certainement très bénéfique."