Comment devient-on chef d'orchestre ?

Comment devient-on chef d'orchestre en France ? A partir de quand peut-on s'orienter ? Quel parcours suivre ? Quels en sont les débouchés ? Décryptage d'un parcours peu connu avec Yannaël Pasquier, responsable du cursus de direction au CNSMD de Paris.

Comment devient-on chef d'orchestre ?
Comment devient-on chef d'orchestre ?, © Getty / Peter Dazeley

Chef d'orchestre est certainement l'un des métiers de la musique qui impressionne le plus : du haut de son estrade, tel un marionnettiste, il tire des fils invisibles qui font sonner tout un orchestre comme un seul homme. Il dirige parfois une centaine des musiciens, chanteurs et choristes d'un seul geste. Sur une scène de concert ou dans la fosse d'une maison d'opéra, la musique semble couler de ses doigts. Il a une culture musicale encyclopédique et passe sa vie à voyager au gré des invitations et des postes dans le monde entier. Et si on devine les années de formation et les milliers d’heures derrière la virtuosité d’un soliste, le parcours d’un chef d’orchestre n'est pas évident. Pourtant, cette star des podiums a bien commencé quelque part. Comment devient-on chef.fe d'orchestre ? Comment y arrive-t-on et à quel moment peut-on s'y orienter ? 

« En général, le choix du parcours professionnalisant de la direction d'orchestre se fait entre 18 et 20 ans, après le Bac » explique Yannaël Pasquier, responsable du département de la composition, de l'écriture et de la direction d'orchestre du Conservatoire national supérieur de musique et de danse (CNSMD) de Paris. L'établissement supérieur est le seul en France à proposer un cursus licence-master en direction d'orchestre d'une durée de 5 ans, le CNSMD de Lyon proposant l'équivalent en direction du chœur. D'autres établissements privés, telle l'Ecole normale de musique Alfred Cortot ou la Schola Cantorum, proposent un cursus supérieur de direction d'orchestre, mais dont le diplôme n'est pas reconnu par le ministère de l'Enseignement supérieur. 

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Le CNSMD de Paris propose également le cursus d'initiation à la direction d'orchestre de deux ans qui s'adresse aux étudiants du Conservatoire qui ont envie d'en acquérir les bases. « Cela permet de détecter les talents qui sont déjà dans la maison, dans d'autres disciplines, soit instrumentales, soit théoriques, et quelques rares fois, certains arrivent à passer le concours d'entrée dans 'les grandes classes', » rajoute Yannaël Pasquier.

Quel est le profil type des candidats ?

Il n'y en a pas, explique Yannaël Pasquier, le cursus est ouvert aux candidats français et étrangers d'un âge moyen situé entre 21 et 22 ans, parce que la préparation pour le concours d'entrée dure souvent plusieurs années, en tout cas pour les candidats français. « Ils ont tous commencé la musique très jeunes et ont pu accomplir tout un parcours complet dans les conservatoires régionaux, en instrument et également, et ça, c'est vraiment important, en disciplines théoriques. Ce sont des gens qui sont vraiment forts en analyse, en écriture, en orchestration, en histoire de la musique, qui ont une connaissance large pas que de leur instrument ou leur pratique, et au moins trois ans de formation à la direction quand ils se présentent au concours, » complète-t-il. 

Comment se fait la sélection ?  

Un concours d'entrée départage les candidats et en sélectionne un ou deux par an sur une quarantaine de candidatures. Il est composé de deux étapes : la première, éliminatoire, vérifie le niveau de formation musicale du candidat, de solfège et de la théorie musicale.  Elle est suivie de deux mises en situation : la direction d'une oeuvre imposée, révélée deux mois avant de concours, et une session de travail sur un extrait, devant un ensemble instrumental. « Ce que regarde le jury, c'est sa façon de communiquer, les bases de la technique et s'il arrive à se faire comprendre par les musiciens, et quelle musique ressort de ce travail, » explique le professionnel.

Ce bagage se prépare en amont, notamment dans de (rares) classes de direction d'orchestre dans certains conservatoires régionaux, à l'instar du CRR d'Aubervilliers, de Saint - Maur ou de Strasbourg. Aucune sélection ne se fait sur CV, le jury peut être intéressé aussi bien par « certains candidats qui ont une musicalité et une personnalité très forte mais qui, techniquement, auront moins de de bagage, tout comme par quelqu'un qui aura une super technique et qui est extrêmement instruit, mais qui, musicalement, n'est pas encore fait, avec un potentiel à développer. Certains ont pris des cours particuliers, alors que d'autres ont fait de la direction d'orchestre pendant 5 ans. » 

Qu’est-ce qu’on y enseigne ?  

Une fois sélectionnés, les étudiants suivent un enseignement technique toute l'année par le professeur assistant, et une fois par mois environ, une semaine de direction d’orchestre des lauréats du conservatoire avec le professeur principal.  S'ajoutent à cela des cours d'écriture, d'analyse, de piano complémentaire et d'orchestration. « Le but, c'est de les rendre autonomes pour qu'ils puissent faire eux-mêmes des choix éclairés d'interprétation et qu'ils puissent les assumer. Et tout ça, implique un fort bagage théorique. »

Et la pratique s'acquiert dans des master classes et des stages d'observation avec des chefs invités et des orchestres professionnels, rajoute Yannaël Pasquier :

« Et ça, c'est hyper important parce qu'ils voient comment différents chefs s'adressent à un orchestre, comment ils communiquent et font passer les messages, qu'ils soient chef invité ou directeurs musical d'une formation. »

Quels sont les débouchés ?

Une fois diplômés, comment les chefs d'orchestre se lancent dans une carrière professionnelle ? Des stages avec les orchestres professionnels pendant le cursus permettent aux étudiants de se faire connaître, explique Yannaël Pasquier, ainsi que les concours internationaux auxquels les étudiants commencent à participer dès leurs études. « Mais la voie royale, c'est de devenir chef assistant de l'une des formations nationales, comme l'Orchestre national de France ou l'Intercontemporain, étant donné que les opéras en France n'ont pas de chef assistant permanent, ce sera plutôt lié à une production, et c'est du bouche à l'oreille, le chef invité suggère souvent un chef assistant avec lequel il aimerait travailler, explique le responsable. Mais les places sont chères et les concours rares. D'où l'importance d'avoir une mobilité à l'international et un bon réseau, » conclut-il.