Classes à horaires aménagés : comment ça marche ?

Est-ce possible de mener de front une activité artistique exigeante et une scolarité dite normale ? Oui, grâce à un dispositif dont on ne loue pas assez les mérites : les classes à horaires aménagés. Explications.

Classes à horaires aménagés : comment ça marche ?
Education Images , © Getty

«Il est dans une Cham, il a de la chance…» Il n’est pas rare d’entendre ce genre de remarque si vous avez un collégien à la maison. A cet âge, le copain musicien ou danseur en question a souvent de la chance parce qu’il passe moins de temps en cours. Mais une Cham, qu’est-ce que c’est en vrai ? Comme pour les Chad (classes à horaires aménagés danse) ou les Chat (théâtre), deux autres déclinaisons du même dispositif, on sait vaguement qu’il s’agit de classes à horaires aménagés réservées aux élèves qui pratiquent une importante activité artistique. Et si vous êtes parent d’un enfant qui fait de la musique / danse / théâtre à côté et qui voudrait continuer à en faire, sans pour autant sacrifier ses résultats scolaires, les classes à horaires aménagés seront peut-être une solution pour vous. Mais le dispositif génère en même temps une flopée d’idées reçues. Commençons par le début.

1. Les classes à horaires aménagés sont réservées aux petits musiciens

Faux. Crées dans les années 1975, les classes à horaires aménagés ont été pensées avec l’objectif de permettre « à des élèves motivés par les activités musicales (instrumentales ou vocales) la possibilité de recevoir, en complémentarité avec leur formation générale scolaire, une formation spécifique dans le domaine de la musique dans des conditions leur garantissant les meilleures chances d'épanouissement. » (Bulletin officiel n°31 du 29 août 2002)

Concrètement, cela veut dire que les élèves suivent le cursus scolaire ordinaire et ont un temps hebdomadaire dégagé pour se rendre en cours pour suivre leur activité artistique, qu'elle soit la musique, la danse ou encore le théâtre. Et c'est bien le seul dispositif qui permette aux écoliers français d'avoir une scolarité équilibrée entre le parcours scolaire 'ordinaire' et un projet artistique (il existe le même dispositif pour le sport) sur du long terme, autrement difficile vu le peu de place que l'éducation artistique (et sportive) occupe dans le curriculum (à la fois physiquement et symboliquement).

2. Les élèves ne suivent pas un programme scolaire complet

Faux. Grâce à la convention entre le ministère de la Culture et le ministère de l’Éducation nationale, les enseignements généraux et artistiques sont pensés dans leur globalité, et les équipes pédagogiques travaillent main dans la main à la fois dans la mise en place des classes à horaires aménagées et dans le suivi des élèves. Du côté de la scolarité générale, l'allègement des horaires sur l’ensemble du programme ne signifie pas pour autant la suppression de certaines matières : selon les textes, toutes les disciplines figurant au programme sont dispensés, mais peuvent être organisées différemment.

Muriel Mahé, présidente de la Fédération des Usagers du Spectacle Enseigné et mère de quatre enfants qui ont fait leur parcours scolaire dans des classes CHAM, explique : « Très souvent, il s’agit des enseignements intégrés, les disciplines sont enseignées de manière transversale et plus ramassée. Mais il n’y a aucune lacune dans les programmes, plutôt une organisation différente : beaucoup dans l’anticipation d’une semaine à l’autre, où l’autonomie des élèves est encouragée au maximum. »

En principe, le temps dégagé pour les activités artistique peut aller de 3h hebdomadaires en primaire, jusqu’à 7h au collège. A quelques exceptions près - la Maîtrise de Radio France, le CRR (Conservatoire à Rayonnement Régional) de Paris et de Boulogne, le CNSM (Conservatoire National Supérieur de Musique) et l’école de danse de l’Opéra de Paris, et d'une quarantaine de maîtrises sur le territoire. A cause d’un volume d’heures plus important, ces dernières fonctionnent sur un mi-temps : les élèves suivent les cours le matin, et les après-midis sont entièrement consacrés à la pratique artistique.

3. Il faut être déjà inscrit au conservatoire pour intégrer une classe Cham

Faux. En primaire, lorsqu'il s'agit des débutants, les acquis en matière de musique ne sont pas nécessaires. Les inscriptions en classes à horaires aménagés sont ouvertes à tous à partir du CE1, et en fonction de l'établissement artistique visé, on y accède sur audition, la commission examine les candidatures notamment en fonction de la motivation des élèves et leurs aptitudes musicales ( oreille, chant ). Pour la Maîtrise de Radio France, par exemple, on demande aux candidats de présenter un chant. Par contre, si l'élève rejoint le dispositif au collège, il est utile d'avoir quelques prérogatives musicales pour pouvoir plus facilement suivre le rythme.

Par contre, certains établissements pris d'assaut, comme le CRR de Paris, ne prennent pas de débutants. Le double cursus peut être intégré dès le CM1, mais comme certaines années il y a jusqu'à quatre candidats par place, à l'entrée il faut justifier des acquis musicaux et artistiques. « En 2016 nous avons eu 742 candidats tous les niveaux confondus, et on en a recruté 210 en fonction des places qui se sont libérées. Mais le CRR est un cas à part parce que nos élèves s'orientent majoritairement vers les métiers de la musique. Cela n'est pas du tout la règle dans d'autres Cham », explique Viviane Loriot, responsable du double cursus au CRR de Paris.

Le site de la Philharmonie de Paris répertorie les conservatoires et les maîtrises proposant les CHAM.

4. On ne peut intégrer une classe Cham qu'au début du cycle

Au contraire. Les classes à horaires aménagés ont été historiquement implantées au collège, et le dispositif s'est étendu sur le primaire au fur et à mesure. Il est donc possible de rejoindre le cursus à horaires aménagés à tout moment, mais en fonction des établissements, les conditions d'accès varient. Le plus souvent les élèves entrent en CHAM soit en CE1 soit en 6e.

5. Il n'y a pas de Cham dans mon quartier, je ne pourrai pas en faire

L'accès aux classes à horaires aménagés n'est pas sectorisé, c'est à dire que chaque candidature va être prise en compte. Parfois le désir d'intégrer une structure artistique prestigieuse comme l'école de danse de l'Opéra de Paris ou la Maîtrise de Radio France oblige l'élève (et parfois la famille entière) à changer non seulement de quartier, mais aussi de région. Par contre, les contraintes logistiques peuvent parfois être décisives si l'élève habite trop loin de l'établissement scolaire et de l'établissement artistique.

6. Il n'y a dans les Cham que les enfants de bonnes familles

L'origine sociale du candidat, comme d'ailleurs sa provenance géographique, n'a aucune importance. Bien au contraire, les classes à horaires aménagés sont un outil d’inclusion aussi sur le plan social. Comme le critère principal d’intégrer une classe à horaires aménagés est la motivation de s’engager dans un parcours artistique, c’est aussi le moyen d’intégrer tous les élèves, quelle que soit leur origine ou leur milieu social.

C'est ce que confirme Salomé, qui a passé sept ans à la Maîtrise de Radio France qu’elle a intégrée en CM2. Elle a suivi tout son enseignement dans une classe Cham du 16e arrondissement de Paris, un des quartiers les plus « huppés » de la capitale. « Dans un collège du quartier, notre classe était la seule à intégrer des camarades venus de tous les milieux sociaux et de toute la région parisienne. Il y en avait beaucoup qui venaient de quartiers très défavorisés, même de loin, de province, on pouvait véritablement parler de mixité sociale. »

7. On accepte que des petits génies ou surdoués

Bien au contraire. Ce qui compte pour intégrer une classe à horaires aménagés, c'est la motivation, le projet de l'élève. Et contrairement à ce que l'on puisse croire, les élèves des classes à horaires aménagés ne sont pas que des petits génies au parcours exemplaire. « Il n’y a aucune sélection qui exclurait des élèves qui peuvent avoir des difficultés d’apprentissage. Bien au contraire. Statistiquement, les classes à horaires aménagés comptent jusqu’à un tiers d'élèves dyslexiques et un nombre extrêmement important d’élèves avec différents troubles d’apprentissage. Par contre, 95% de ces élèves arrivent jusqu’au Baccalauréat, parce que c’est un dispositif qui favorise l’inclusion. Dans un premier temps, grâce au fait que les élèves ne sont pas jugés uniquement sur leurs résultats scolaires, mais se sentent valorisés par leur parcours artistique. Ensuite, la cohésion du groupe-classe, réuni autour du même projet, quelle que soit son orientation artistique, est une excellente motivation. Les élèves d’une classe CHAM grandissent ensemble et développent un esprit collectif et de solidarité très fort. Les plus « faibles » sont en permanence tirés vers le haut », précise Muriel Mahé.

8. Les élèves sont surchargés de travail, il n'y a que les plus résistants qui y arrivent

Ce n'est pas simple de mener de front la scolarité et une activité artistique avec exigence. Mais, comme le souligne Muriel Mahé, l'effet de groupe dans les Cham porte les élèves et le fait qu'ils grandissent ensemble renforce le sentiment de solidarité et d’entraide. Progressivement les élèves apprennent une organisation qui leur permet d'anticiper sur les périodes particulièrement chargées, comme lors des tournées, des concours ou des concerts. Salomé était petite lorsqu'elle a intégrée une classe Cham et la Maîtrise de Radio France. « Je ne me souviens pas du tout d'avoir senti la pression ou d'avoir été surchargée de travail. Tout était ludique et amusant : le matin l'école, et l'après-midi la musique. Et pourtant, je n'étais pas une élève exemplaire. Mais je me sentais portée. »

Par contre, le soutien des familles peut être déterminant. « La motivation des élèves est cruciale, mais le parents aussi ont leur rôle à jouer. Il faut que le projet de leur enfant rencontre le soutien de la famille, parce qu’il s’agit d’un parcours qui exige un investissement en temps et en logistique. Les activités artistiques débordent parfois sur le temps libre, il y a des répétitions en soirée, des concerts, des tournées, des engagements qui demandent des déplacements. Parfois on doit faire le taxi ou fournir les sandwichs, il faut s’adapter, » admet Muriel Mahé.

9. Une classe à horaires aménagés, cela coûte cher

Pas du tout, c'est même gratuit. Selon la loi sur la gratuité de l’enseignement obligatoire en France, les classes à horaires aménagés ne sont pas payantes. Il y a eu plusieurs tentatives de différentes municipalités à instaurer des frais de scolarité pour les élèves en Cham, et la FUSE fait état de plusieurs procès qui sont en cours actuellement : « Les dispositifs 'horaires aménagés musique danse et théâtre' relèvent de conventions passées entre rectorats, établissements scolaires, villes et conservatoires et sont régis par des textes réglementaires rédigés conjointement par le ministère de la Culture et celui de l'Éducation nationale. Le principe est simple : le parcours artistique de l'enfant en Cham fait partie de sa scolarité obligatoire. L'école publique en France est gratuite : on ne peut donc pas appliquer des frais ou des droits de scolarité. Ce n'est pas FUSE qui l'affirme, ce sont les tribunaux administratifs qui tranchent à chaque fois dans le même sens », rappelle-t-on sur le site de la FUSE.

10. Une classe à horaires aménagés mène fatalement vers les métiers artistiques

Faux. Nombreux témoignages des anciens maîtrisiens de Radio France prouvent le contraire. D'autant plus que les Cham/Chad/Chat, en fonction de l'établissement scolaire qui les accueillit, préparent à toutes les filières : les bacs ES, L et S. En général, il existe un ou deux lycées avec Cham par académie. À Paris, il y a cinq lycées publics qui intègrent des classes à horaires aménagés pour une pratique artistique : Racine (bacs L, S), Lamartine (bac TMD – techniques de la musique et de la danse), La Fontaine (bacs L, S et TMD), Brassens (bacs L et S) ainsi que le lycée professionnel Abbé-Grégoire. Ces établissements reçoivent en priorité les élèves de la Maîtrise de Radio France, des CRR et du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.

Selon Muriel Mahé, les élèves des classes Cham ont un taux extrêmement élevé de réussite au Baccalauréat qui avoisine 95%. Par contre, leur niveau scolaire n'est pas forcément très homogène et ils peuvent suivre des filières diverses : de la filière scientifique jusqu’au Bac technologique. Certains décident de poursuivre leurs études artistiques, d’autres s’orientent vers les domaines plus ou moins éloignés. Pour Salomé, qui s’oriente aujourd’hui vers les métiers du livre, l’expérience dans une classe Cham a été décisive, même si elle n’a pas choisi de faire de la musique son métier. « Pour moi, intégrer une Cham m’a permis de réussir ma scolarité. Je faisais partie des élèves à la traîne, et le fait de m’épanouir dans un domaine artistique et la motivation que j'avais en classe, m'a permis de surmonter la difficulté et réussir mon Bac avec mention. Si je n’avais pas eu la Maîtrise, je me demande si j’aurais eu un si brillant résultat au Baccalauréat et fait le même parcours. »

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