Quelles conséquences du Brexit pour les étudiants musiciens ?

Depuis le 1er janvier dernier, le Royaume-Uni ne fait plus partie de l'Union européenne. Alors qu'on parle souvent des conséquence du Brexit sur les musiciens professionnels, on entend moins les étudiants en voie de professionnalisation. Qu'est-ce que le Brexit change pour eux?

Quelles conséquences du Brexit pour les étudiants musiciens ?
Quelles conséquences du Brexit pour les étudiants musiciens ?, © Getty / Luis Diaz Devesa

Lorsque les étudiants au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse à Paris veulent "bouger", le Royaume Uni est la deuxième destination la plus prisée après l'Allemagne. Tous les ans, 20% des étudiants choisissent une des prestigieuses écoles supérieures de musique britanniques : la Royal Academy, le Royal College, la Guildhall à Londres ou le Royal Northern College à Manchester pour y effectuer un séjour universitaire. 

Grâce aux partenariats privilégiés avec le CNSM de Paris, ils participent à des productions communes ou à des sessions d’orchestre partagées, ou encore à des projets transfrontaliers à l'image de ce «festival de commémoration de la Grande Guerre entre les deux pays, ou ce master international de musique de chambre qui implique également le College de Manchester,» selon Luca Dupont-Spirio, responsable des affaires extérieures et des relations internationales . Mais tout cela, c'était avant le 1er janvier 2021. Avec la sortie de l'Union européenne, le Royaume Uni s'est désolidarisé aussi de tous les dispositifs qui ont aidé à financer ces échanges. 

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« L'Erasmus, bien sûr, finance très généreusement la mobilité des étudiants à travers l'Union européenne, mais il y a aussi tous les autres dispositifs,  qui sont souvent abondants et généreux, qui permettent de travailler non seulement de manière bilatérale, que peuvent remplacer d'autres fonds publics, parfois privés, mais en réseau dans toute l'Europe, lorsque l'on veut monter des productions ou des programmes d'études à plusieurs, explique Luca Dupont-Spirio. Un coup dur que le professionnel espère malgré tout temporaire : C'est cela que l'on perd et ce sera difficile à reconstituer tel quel. Mais nous sommes engagés avec nos autres partenaires qui restent dans l'Union européenne, à maintenir les liens avec le Royaume Uni. »

Mais pour l'instant, c'est l'incertitude, et l'onde de choc du Brexit est ressentie des deux cotés de la Manche. Vincent Gailly est Belge. Son parcours donne à la notion de la mobilité des musiciens dans une Europe sans frontières tout son sens. Après des études à Bruxelles et un master en accordéon au CNSM de Paris, il a été le premier étudiant de cet établissement à passer une année entière à la célèbre université d'Oxford grâce à un dispositif d'échange encadré par le programme Erasmus. Or une année universitaire à Oxford coûte environ 9 000 livres, soit 10.000 euros, pour les étudiants européens, comparé à 500 à 600 euros de frais de scolarité au CNSM de Paris.  

« Les universités et les conservatoires au Royaume Unis ont des frais de scolarité qui ne sont pas du tout les mêmes qu'en France. Ils sont beaucoup plus élevés et donc tout simplement ça ne permet pas à tout le monde de suivre ce type d'enseignement. Et même si les études montrent que ses bénéficiaires sont des étudiants plutôt aisés, l'Erasmus permet de goûter à cet enseignement à plus de personnes parce que le Conservatoire prend en charge les frais de scolarité. 

Vincent Gailly mesure aujourd'hui sa chance d'avoir pu vivre une expérience « aussi riche humainement » et qui a en plus débouché sur des projets professionnels concrets : Evidemment, quand j'entends que suite au Brexit, les échanges Erasmus ne seront plus possibles, je suis un peu triste parce qu''expérience que j'ai eu aurait du initier aussi une relation entre le Conservatoire et l'Université d'Oxford qui avait vocation à perdurer et dont auraient pu profiter de nombreux autres étudiants. »

Autre expérience, celle de la pianiste Ornella Salvador en deuxième année de master au CNSM de Paris. Grâce à Erasmus, elle a pu travailler avec la professeure de ses rêves au Royal College of Music à Londres. De retour à Paris, son inquiétude porte plutôt sur l'avenir professionnel de son compagnon, violoniste français qui a fait toute sa formation au Royal College of Music à Londres et s'apprête bientôt à regagner la France. Ce qui n'était pas forcément son choix au départ, lorsque « le Brexit était une vision un peu lointaine ». Aujourd'hui il est dans une situation où il peut difficilement envisager un début de vie professionnelle en Angleterre :

« Faire partie d'un orchestre anglais, par exemple, c'est une perspective qui lui aurait énormément plu, mais qui risque d'être compliquée. Il y a quand même des facilités qui sont mises en place, l'Angleterre ne va pas d'un seul coup expulser tous les Européens qui veulent travailler en Angleterre. Mais disons qu'il y a des formalités administratives qui vont être plus complexes, des demandes de visas qui vont parfois prendre du temps. Donc forcément ça pèse très lourd dans des choix de vie. D'un autre coté, je ne pense pas qu'un diplôme étranger en France, en fonction de celui que vous avez en face, soit plus valorisé qu'un master du CNSM. »

Pour le moment, rien n'est encore acté. « Il va y avoir sans doute une année, peut-être un peu plus, lors de laquelle on se demandera comment monter des productions en termes de visas, etc. Mais là encore, on trouvera des solutions » estime Luca Dupont-Spirio. Par contre, sans Erasmus, ce sera plus difficile, tranche le professionnel. « Espérons que les Britanniques créent, comme les Suisses l'ont fait, leur propre système de financement de la mobilité, pour aider tout de même ses étudiants à circuler à travers l'Europe et en contrepartie, les autres à venir. »