Au concours des jeunes chefs de Besançon, la neuroscience à l'écoute de l'émotion

Pour la première fois cette année, le Concours de jeunes chefs d'orchestre de Besançon accueille les chercheurs en neurosciences pour mesurer en conditions réelles l’émotion musicale ressentie par les spectateurs et les musiciens.

Au concours des jeunes chefs de Besançon, la neuroscience à l'écoute de l'émotion
Au Concours de jeunes chefs de Besançon, la neuroscience à l'écoute de l'émotion, © Y.Petit

Ils étaient vingt à avoir atteint les épreuves finales qui ont débuté lundi dernier, ils ne sont plus que trois avant la finale qui aura lieu ce samedi après-midi. La 56e édition du concours des jeunes chefs d’orchestre de Besançon bat son plein cette semaine, et pour la première fois cette année, le concours accueille des chercheurs en neurosciences. Cette équipe profite en effet des spécificités de cet événement musical pour mesurer, imagerie médicale à l'appui, l’émotion provoquée par l’écoute et l’interprétation musicales.

« C’est la première étude effectuée sur un grand nombre de personnes en même temps, en conditions naturelles,  explique Lionel Pazart, médecin chercheur au Laboratoire des neurosciences de CHU de Besançon. Nous partons de l'hypothèse, basée sur les recherches précédentes, que le public partage une émotion commune, un "frisson musical" à l'écoute d'un concert. La question que l’on s’est posée était : est-ce qu’il y a des marqueurs dans le cerveau qui témoignent de ce ressenti émotionnel » explique le chercheur. 

A la recherche d'une émotion partagée

56 personnes de 18 à 82 ans se sont prêtées à l’expérience, certaines plusieurs fois. Les participants ont été équipés de casques EEG qui mesurent l’activité cérébrale et les effets physiologiques provoqués par l'écoute de la musique, comme le rythme cardiaque, par exemple. Grâce à une application développée spécialement pour l'occasion, ils ont pu aussi évaluer leur ressenti subjectif, allant de l’émotion neutre au frisson musical. 

Le contexte du concours, grâce à la répétitivité des épreuves, était particulièrement favorable pour ce genre d’expérience : « Les candidats jouent le même extrait du répertoire, avec le même orchestre, et la seule variable est l’interprétation, » explique Lionel Pazart. Même certains musiciens ont été équipés de capteurs, avec l’objectif de mesurer si l’interprétation du chef suscite une émotion synchronisée au sein de l’orchestre.

Les conclusions de l'étude seront ensuite appliquées dans l'objectif d'améliorer le diagnostic des personnes en état végétatif, explique Lionel Pazart. « L'idée c'est de faire écouter en même temps au patient et à ses proches une musique familière, et de voir si les personnes en état de conscience minimale peuvent ressentir une émotion partagée,» précise le médecin.