Le "nouveau" Baccalauréat musique dans le contexte de la crise sanitaire : qu'en est-il ?

Qu’est devenu le Baccalauréat musique, après la réforme des lycées et dans le contexte de la crise sanitaire ? Etat des lieux avec Anne-Claire Scébalt, présidente de l'APEMU (Association des professeurs d’éducation musicale).

Le "nouveau" Baccalauréat musique dans le contexte de la crise sanitaire : qu'en est-il ?
Bac Musique après le réforme et dans le contexte de la crise sanitaire, © Getty / Eric Audras

Depuis la rentrée 2019, la réforme du lycée a entraîné d’importants changements dans les enseignements et les épreuves du Baccalauréat : suppression des traditionnelles séries S , ES, L , grand oral, et options en contrôle continu, qui ont également un impact sur l'enseignement des disciplines artistiques, dont la musique. La crise sanitaire a ajouté de nombreuses contraintes, aussi bien pour les élèves que pour les professeurs. Quelle forme prend le Baccalauréat musique cette année ? Anne-Claire Scébalt revient sur les deux éditions de la nouvelle mouture du Baccalauréat Musique, les deux sous le signe de la crise sanitaire.

Accès facilité à l'option musique

Avant la réforme, en fonction de son cursus scolaire, l'élève qui voulait prendre des cours d'enseignement musical au lycée avait le choix entre l'option facultative, ouverte à toutes les séries, et l'option de spécialisation, réservée aux élèves de série L. On distingue aujourd'hui toujours l'option facultative et l'option de spécialité, mais la disparition des séries a ouvert l'accès à l'option de spécialité, dite option lourde, à un plus grand nombre d'élèves. Un point positif, selon Anne-Claire Scébalt : "Tout élève qui est motivé et qui a envie de suivre ce cursus au lycée peut le faire, sans conditions de solfège, de langage musical, de maîtrise d'un instrument." 

D'autant plus que la disparition des séries garantit (au moins en théorie) une plus grande liberté dans l'orientation de l'élève : "Pour prendre un exemple, actuellement nous observons un regain d'intérêt des élèves pour les métiers du son, par exemple. Il est désormais possible de choisir la spécialité musique même si l'on s'engage dans un parcours à dominante scientifique, et ces nouvelles associations permettront à la fois l'encadrement scientifique, et les connaissances théoriques et esthétiques en musique pour ces élèves. » 

Les épreuves au Bac limitées à l'option de spécialité

Le point qui a subi les plus grands changements, c'est l'évaluation. L'option de spécialité est toujours évaluée au Baccalauréat. Quant à l'option facultative, jusqu'alors présentée à l'épreuve et pouvant rapporter jusqu'à 0,5 point à l’élève avant la réforme, est aujourd'hui évaluée dans un ensemble de disciplines en contrôle continu qui compte pour 40 % de la note moyenne.

L'option de spécialité peut quant à elle être évaluée de deux façons : si l'élève décide de l'arrêter en fin de 1ère, il passera un oral dans lequel il présente un projet musical, un morceau, une création, qu'il a conduit pendant l'année, en format vidéo. “Il s’agit d’un projet musical en groupe, précise Anne-Claire Scébalt, accompagné d'une note de synthèse sur le parcours musical de l'élève :aussi bien autour des réflexions sur l'enjeu de la musique dans la société qu'autour des concerts que l'élève aurait vu pendant l'année. "

Si l'élève continue l'option de spécialité musique en terminale, l'épreuve - obligatoire - au Baccalauréat, se déroule en deux parties : partie écrite, qui évalue les compétences du candidat à écouter et comparer les œuvres du programme limitatif et à mobiliser sa culture musicale, et un oral dans lequel il présente une création, un projet qu'il aurait mené avec quelques camarades tout au long de l'année. 

Ce qui n'a pas changé, c'est que pour les deux options, le ministère de l'Education nationale conçoit un programme limitatif, avec les œuvres à étudier au long de l'année que l'enseignant peut mobiliser comme il le souhaite et les directions de travail à suivre.  "On a une grande chance aussi sur le choix des œuvres, parce que ce sont toujours des propositions qui permettent de garder cet éclectisme et puis cette vision large des musiques et des cultures," estime Anne-Claire Scébalt.

Accent sur la création et le collectif

Le fait de devoir présenter une création collective déplace le curseur à la fois pour l'enseignement et pour l'élève, une évolution très intéressante, estime la professionnelle, "avec de nouveaux enjeux au niveau du cours de musique, puisque l'élève devient vraiment créateur. Et pour les élèves, quand ils ont créé eux mêmes leurs morceaux, il y a une satisfaction qui dépasse celle de l'interprétation," constate la professionnelle.

De plus, il est expressément demandé aux élèves de construire un projet en collectif. "C'est aussi une manière de dire que la musique se construit à plusieurs. La configuration - je joue tout seul pour moi-même, est quand même très rare et la vraie vie de la musique, c'est le consensus, le travail de groupe, la réflexion commune," poursuit Anne-Claire Scébalt.

Quel est l'impact de la crise sanitaire ?

En vigueur depuis la rentrée 2019, la réforme des lycées a été court-circuitée par la crise sanitaire, notamment dans l'enseignement musical, qui a "plus souffert que les autres disciplines", estime Anne Claire Scébalt. En premier lieu sur le plan de la pratique musicale en classe : "Selon différents protocoles sanitaires, jusqu'aux vacances de la Toussaint, on avait l'interdiction d'utiliser les instruments à vent, et déjà là, on a perdu deux mois. Après, on a dû chanter avec le masque, ce qui a fait que l'on a souffert vocalement et en termes de qualité."

Sans oublier que le parcours musical de l'élève doit se nourrir des concerts et des événements qu'il doit inclure dans sa préparation de l'épreuve. Impossible dans le contexte de la fermeture des lieux culturels.

Mais la plus grande difficulté pour les enseignants était d'assurer la continuité pédagogique, puisqu'au niveau national, il y a eu une grande hétérogénéité dans l'organisation à l'échelle locale des enseignements au fil des confinements. 

Certains lycées ont fait le choix de garder les terminales en présentiel autant que possible et ils ont pu conduire des projets à terme, d'autres ont été moins présents et ils n'avaient pas eu suffisamment cours. "Il y a eu clairement un problème de rupture d'égalité entre les élèves, " souligne Anne-Claire Scébalt. Résultat : toutes les épreuves ont été transformées en contrôle continu. "Et puis l'absence de perspective était difficile pour les élèves. Préparer un oral de musique en étant sûr de ne pas le présenter, on perd le sens," déplore -t-elle. 

L'impact de la réforme sera mesurable seulement une fois qu'on sera sorti de la crise, estime la présidente de l'APEMU, mais elle est confiante. Selon les premières observations, la crainte des professionnels que les élèves à la fin de la première arrêtent massivement l'option musique ne se justifie pas : 

"Le taux d'arrêt à la fin de la 1ère est minime, et c'est super. Pour moi, cela signifie deux choses : d'abord, que les élèves, quand ils choisissent la musique, ce n'est pas une lubie, c'est un choix. Et puis, c'est une coloration de leur orientation future. Ce qui est très important parce que, surtout depuis la réforme, quand les élèves choisissent une spécialité, il y a un vrai processus de réflexion sur l'orientation et c'est un processus qui est souvent un processus familial. Et là-dessus, nous avons un rôle à jouer pour les accompagner au mieux," conclut Anne-Claire Scébalt.