Quelle est la meilleure version de Miroirs de Maurice Ravel ?

Elsa Fottorino, Stéphane Friédérich et Jérémie Cahen élisent la version de référence des Miroirs de Maurice Ravel.

Compte-rendu de La Tribune des critiques de disques du 31 mai 2015 (ré)écouter

Seuls ont été pris en compte les enregistrements des 40 dernières années.

Une brume harmonique, des doigts virevoltants, un esprit léger et vivant : le légendaire Vlado Perlemuter connaît son Ravel comme peu. Mais la prise de son éloigne tellement l’instrument que la confusion finit par régner en maitre ; sans gommer, paradoxalement, des duretés pas toujours difficiles à accepter.

D’emblée, Alexandre Tharaud divise : d’un côté son jeu est jugé naturel, fin et elliptique, de l’autre les critiques fustigent un toucher monochrome, qui survole les Noctuelles et livre des Oiseaux Tristes sans saveur ni couleur. Trop contenu, trop calibré en somme.

Jean-Philippe Collard joue la carte virtuose, et, un rien pesant, s’attache à tout montrer, observant les Noctuelles à la loupe. Son legato parfait surligne la dimension hypnotique des Oiseaux Tristes, mais la démonstration frise la paraphrase dans Une barque sur l’océan houleuse à souhait.

Le piano pétillant et irisé de Jean-Efflam Bavouzet cisèle des Noctuelles débordant d’humour : voilà un pianiste qui raconte, enchante, sait retenir l’attention. Impressions renforcées par des Oiseaux sombres et inquiétants. Tout retombe dans Une barque sur l’océan … privée de barque et d’océan. Adieu, chant, adieu souplesse…

Abbey Simon ose tout. Y compris égarer Ravel dans l’expressionnisme, pour mieux nous le faire réentendre de façon explosive. L’Américain y met de la rage, de l’impatience, de l’urgence : quel bouillonnement décidément ! On oublie le toucher un peu martelé derrière ces images surprenantes, derrière ce Ravel viril et décousu où triomphe le sentiment d’improvisation.

Dans chacun des Miroirs, Louis Lortie se révèle un grand seigneur du piano, alliant générosité sonore, maîtrise et engagement au plus haut degré. Et quel poignet ! Les Noctuelles s’envolent, dans un jeu de pédales parfaitement dosé, les Oiseaux Tristes dialoguent dans le mystère, évoquant quelque éveil du Faune, la Barque est emportée par le tumulte du grand large et un sens de l’espace prodigieux, et l’Espagne brille de mille feux dans un Alborada del Gracioso souverain. Tiendrait-on la grande version moderne ?

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Palmarès

N°1
Version E
Louis Lortie (Chandos, 1989)

N°2
Version F
Abbey Simon (Vox, 1975)

N°3
Version C
Jean-Efflam Bavouzet (MDG, 2003)

N°4
Version D
Jean-Philippe Collard (EMI, 1978)

N°5
Version A
Alexandre Tharaud (HM, 2003)

N°6
Version B
Vlado Perlemuter (Nimbus, 1979)

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