Lundi 18 octobre 2021
2 min

"Promenades" : le nouveau livre étonnant de Nicolas Sarkozy

Dans son nouveau livre, l'ancien président de la République dresse son bilan culturel ainsi que ses goûts personnels et met en lumière sa vision pour la culture...

"Promenades" : le nouveau livre étonnant de Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy signe son nouveau livre "Promenades" où il revient sur son bilan culturel, © AFP / Thomas COEX

Ce livre est un objet un peu étonnant. Dans "Promenades", on trouve des reproductions de tableaux, de sculptures, de manuscrits littéraires choisis par Nicolas Sarkozy avec le marchand d’art Julien Paganetti, à la manière des beaux-livres pour les fêtes de fin d’année.
Mais au début de l’ouvrage, on y trouve un texte d’une soixantaine de pages dans lequel l’ancien président disserte sur la culture. Il y parle déjà de ses goûts personnels : la peinture d’abord, qu’il a découverte par le biais plutôt original de la philatélie. On y apprend aussi qu’il a toujours demandé, depuis ses premières fonctions ministérielles, à avoir à chaque fois dans ses bureaux un tableau de Soulages. La lecture lui est aussi chère : il dit lire 50 pages par jour et raconte comment il a découvert "Voyage au bout de la nuit" de Céline, après qu’Edouard Balladur ait été éliminé de l’élection présidentielle de 1995. Quant à la musique, il l’évoque rapidement, et parle un peu des chansons de sa femme Carla Bruni. Pour lui, "la musique est sans doute le chemin le plus court et le plus direct pour ranimer le passé". 

Son bilan politique en matière culturelle

Un plaidoyer évidemment pro domo... Il rappelle qu’il a fait augmenter contre l’avis de Bercy le budget du ministère de la Culture. Il se félicite aussi d’avoir permis la construction de la Philharmonie de Paris, jugée trop couteuse par beaucoup au sein de son gouvernement. Tout comme il se réjouit d’avoir accompagné la construction du Mucem à Marseille. Sur un autre plan, il cite parmi ses faits d’armes la politique envers le droit d’auteur grâce à la création de l’Hadopi ou l’extension de la TVA culturelle sur le livre numérique. C’est comme s’il voulait aussi retrouver une légitimité dans le secteur culturel, un secteur qui a surtout été dans le passé braqué contre lui ; en particulier après ses déclarations appelant à l’obligation de résultats des structures culturelles qui avaient fait polémique. C’était une manière d’inciter les salles de spectacle à programmer les œuvres les plus populaires pour augmenter le taux de fréquentation… Et d’ailleurs, dans le livre, il y revient indirectement, quand il dénonce le "snobisme militant d’une nouvelle bourgeoisie qui pratique l’entre-soi". Il vante par exemple le film "Les Visiteurs", comme "un succès qui répond à des critères de qualité"...

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Quelle est vraiment sa vision de la culture ?

On ne peut bien sûr qu’être d’accord avec lui, quand il écrit que "la culture devrait faire partie des biens de première nécessité". Mais au-delà du constat, quel est le but ? C’est là que Nicolas Sarkozy devient clivant. Pour lui, la culture doit participer à l’identité nationale, un concept qui lui est cher, en étant connecté à l’héritage judéo-chrétien. Il cite comme source d’inspiration les écrits du sociologue canadien Mathieu Bock-Côté, l’égérie de la droite dure, qui est depuis la rentrée chroniqueur sur la chaîne ultraconservatrice Cnews. Les valeurs classiques de l’art contre la culture woke, en somme. Et enfin, le timing de sortie du livre ne peut qu’interroger. Nicolas Sarkozy vient d’être condamné, à un an de prison ferme pour financement illégal de sa campagne de 2012. Ne s’achète-il pas une sorte de caution culturelle ? Un peu comme quand les émirats arabes unis cherchent à améliorer leur image en construisant le Louvre Abu Dhabi, réalisation dont Nicolas Sarkozy se félicite par ailleurs dans son livre.

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