Mikis Theodorakis

Compositeur et homme politique (1925, Chios / Grèce - 2021, Athènes)

Mikis Theodorakis compose sa vie entre combats politiques, exils, et génie musical. Au gré des dictatures, ses partitions s'ancrent, à l'effigie de son prodige, aux œuvres les plus emblématiques du patrimoine musical grec.

Figure saillante de la résistance contre toutes formes d’oppression, la vie de Mikis Theodorakis se veut pour le moins salutaire. L’homme passionné qu’il est s’affirmera des années de guerre durant avec ferveur pour faire valoir la liberté, par ses prises de position, réchappant plusieurs fois à la mort.
Le parcours de ce talentueux productif ne pourrait se retracer sans évoquer tout d'abord toutes les années de guerre qu'il a dû traverser. Nous sommes en 1940 lorsque les troupes nazies envahissent la Grèce. La jeunesse du futur compositeur se déroule dans un climat si tendu que l'avenir n'y est pas promis. Le jeune Mikis a 15 ans et, déjà fort de ses convictions, se retrouve membre de l’Organisation du Front National de Libération. Courant mars 1942, il est arrêté au cours d’une manifestation à Tripoli et se retrouve emprisonné et torturé pour la première fois. A nouveau arrêté l’année d’après lors d’une autre manifestation, il se retrouve durement frappé. En 1944, il est recherché par les allemands qui occupent toujours le pays. Il se fait finalement arrêter alors qu’il transporte des documents clandestins, mais comme par miracle et contrairement à l'un de ses amis qui se fait abattre devant ses yeux, on lui laisse la vie sauve à la lecture du statut de « compositeur » indiqué sur sa carte d’identité, titre falsifié qu’en réalité il ne pouvait encore prétendre avoir. Antifasciste assumé, il entre en résistance, s’initie au marxisme, puis devient député (1964). Alors qu’il avait été séduit par le communisme pendant la Seconde Guerre Mondiale, il comprend finalement qu’il s’était laissé aller à ses propres utopies, et s’y opposera ensuite, après la Libération. L’année 1967 laisse éclater la guerre civile. Mikis Theodorakis est contraint de fuir son pays et se retrouve à nouveau prisonnier. C’est à ce moment-là que sa musique devient interdite en Grèce. Confronté aux drames de la guerre froide pendant plus de vingt années, aucune cruauté ne l’épargne : il connait la déportation, la résidence surveillée, se fait enterrer vivant à deux reprises et intégrer au camp de concentration d’Oropos (des campagnes de soutien lui permettent de pouvoir s’exiler, en 1970).  Depuis 1974 et la chute des Colonels, Mikis Theodorakis est fier d’avoir mené un combat qui a rendu la Grèce démocratique. Les élections de 1990 l’engagent à devenir ministre d’Etat sans portefeuille du gouvernement Mitsotakis.
En 2010-11, il crée un mouvement apolitique nommé « Spitha : Mouvement indépendant du peuple ».

Mikis Theodorakis est issu d’une famille aisée mais non d’artistes. Pour autant, l’enfant a 7 ans quand il apprend à chanter des hymnes byzantins de tradition ancienne, 12 ans lorsqu’il se met au violon et compose ses premières chansons, et 14 ans quand il compose « La chanson du capitaine Zacharias » qui deviendra pendant la guerre la chanson de la résistance grecque. Il dirige des chorales et donne son premier concert à 17 ans où est jouée son ode byzantine « Kasiani ». En 1944, ses parents s’étant aperçu de son talent, l’inscrivent au Conservatoire d’Athènes, où il suit les cours de Philoktitis Economidis. Alors qu’en 1947, il se retrouve atteint par une infection pulmonaire et trouve refuge dans la musique en allant se cacher au Conservatoire pour jouer du piano et assister à des répétitions de chorale. En 1952, il quitte l’armée et devient, à Athènes, critique musical. Il compose notamment la musique du ballet Orphée. Un an plus tard, il s’exile à Paris. Quelques années plus tard, il obtient une bourse pour intégrer le Conservatoire de Paris, une occasion de découvrir une vie culturelle intense et d’intégrer les classes d’Olivier Messiaen et d’Eugène Bigot. Mikis Theodorakis revisite la technique sérielle et dira de l’harmonie qu’elle lui est libre et très personnelle, toujours au service de la mélodie et plus généralement, de l’atmosphère et du rythme de ses pièces.
Autant attiré par la musique savante que par la musique populaire, le compositeur se revendique être à l’initiative d’une sorte de « musique populaire savante ». Musique de chambre, musique symphonique, œuvres vocales, son répertoire est vaste. Avant d’en arriver à composer des opéras, dont son fameux Lysistrata créé à Athènes en 2002 -le cinquième du genre après Kostas Karyotakis, Médée, Electre, et Antigone-, il fait ses armes avec des oratorios, notamment Canto general (1971) sur un texte de Pablo Neruda. Il compose également un Requiem (1984), des ballets (citons Zorba -1976-, créé aux Arènes de Vérone en 1988, avec un grand chœur et un orchestre de 180 musiciens à sa disposition)… Pour Mikis Theodorakis, la musique est un moyen de s'exprimer, mais aussi de rendre accessible, à travers ses chants, la littérature grecque des 19e et 20e siècles ou autres poètes grecs tels qu’Odysséas Elytis, George Séféris, ou encore Yannis Ritsos.
En 1950 il fonde son premier orchestre en Crète, en 1953 son premier ballet en Italie. En 1957, il a 32 ans quand lui est remis la médaille d’or au concours international de composition, à Moscou, par un certain Dimitri Chostakovitch. Mais c’est surtout la musique de film qui le révèle au public et lui assure un succès international, dont sa collaboration pour Zorba Le Grec en 1964, un film de Michael Cacoyannis avec à l’affiche le fameux acteur Anthony Quinn (The Honeymoon Song qui constitue la trame sonore du film sera reprise par les Beatles lors d’un passage dans les studios de la BBC, et incluse dans leur album intitulé Live at the BBC). D’autres collaborations dans le monde du septième art lui valent d’autres reconnaissances, citons à ce propos celles pour les films Z en 1969, aux côtés de Costa-Gavras, un film qui dénonce les machinations du système politique ; ou encore Phaedra de Jules Dassin en 1962 ; Les Amants de Teruel de Raymond Rouleau en 1962 ; Kostas de Paul Cox en 1979 ; Les clowns de Dieu de Jean Schmidt en 1986 ; ou encore Le Brouillard de Zülfü Livaneli en 1988. La musique de film a permis à Mikis Theodorakis, en côtoyant de grands cinéastes, de lui assurer un confort matériel.
Plusieurs distinctions honorent la double carrière de Mikis Theodorakis. Ainsi par exemple, reçoit-il au Kremlin en 1983 le prix Lénine de la paix du président du comité, l’académicien Nicolai Blokine. Par ailleurs, il a été élevé au grade de Grand officiel de l’ordre du mérite du Grand-duché de Luxembourg en 2005. En France, au grade de commandeur dans l’ordre de la Légion d’honneur en 2007. Il est également docteurhonoris causa des universités de Montréal, de Salonique, de Crète, et d’Istanbul.
Mikis Theodorakis a exercé également une activité d’auteur. Désormais, il vit sa retraite en lisant, écrivant, publiant divers arrangements de ses partitions ou autres textes à propos de la culture et de la politique.
Il est hospitalisé en 2019 à Athènes en raison de problèmes cardiaques.

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Mikis Theodorakis en 6 dates :

  • 1964 : élu député de l’E.D.A.
  • 1967 : la musique du compositeur est interdite par le gouvernement grec sous peine de poursuite pénale
  • 1993/94 : devient directeur des Ensembles Musicaux de la Radio Télévision Grecque (ERT)
  • 1997 : fait don de toutes ses archives à la Grande Bibliothèque Musicale Lilian Voudouri d’Athènes
  • 2005 : reçoit le Prix International de Musique de l’Unesco
  • 2006 : élevé au grade de Commandeur de la Légion d’Honneur par le Président Jacques Chirac

Mikis Theodorakis en 6 œuvres :

  • 1942 : Ymnos sto Theo pour chœur mixte (création à Tripolis, Grèce)
  • 1949/55 : Suite n°1 pour piano et orchestre (œuvre médaillée d’or en 1957 au Festival de Moscou – Président : Dmitri Chostakovitch)
  • 1964 : Zorba le Grec (musique du film réalisé par Michael Cacoyannis) 
  • 1969 : Z (musique du film réalisé par Costa-Gravas)
  • 1984/86 : Kostas Karyotakis "Oi metamorfoseis tou Dionysou" (premier opéra)        
  • 1990/91 : Canto Olympico (commande pour les Jeux Olympiques de Barcelone de 1992)

Site officiel 

Biographie de la Documentation Musicale de Radio France, Octobre 2020

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