Mel Bonis

Mel Bonis

Compositrice française (Paris, 21 janvier 1858 - Sarcelles, 18 mars 1937)

Marquée par l’esprit de la Belle Epoque, la compositrice Mel Bonis, entre foi et déraison, fait partie de ces pionnières dont l’art est accomplissement.

Mel Bonis, de son vrai nom Mélanie Hélène Bonis, grandit au sein d’un foyer somme toute plutôt modeste de la petite bourgeoisie, élevée par un père horloger et une mère passementière. Comme pour ses deux sœurs, son éducation est stricte et religieuse. Logés dans un appartement du IVe arrondissement de Paris, les Bonis ont un piano, instrument qui attire irrésistiblement l’enfant, qui à répétition prend plaisir à se familiariser avec les touches du clavier, prenant ses premières marques en apprenant d’elle-même. L’année 1870 promet la fin de la guerre, et Mélanie, qui a 12 ans, est déjà destinée au métier de couturière. Pour autant, un ami de ses parents, qui a repéré les talents innés de la petite artiste en herbe, parvint à convaincre sa mère de lui faire prendre des leçons de piano et de solfège. Parcours faisant, l’élève dépasse bientôt son maître. La voilà qui gagne en assurance, améliore sa technique, aiguise sa sensibilité, s’adonne à l’improvisation, et déchiffre de plus en plus aisément. De tels progrès décident alors Monsieur Maury, professeur de cornet à pistons au Conservatoire de Paris aussi ami des parents Bonis, à présenter Mélanie à César Franck, collègue de la classe d’orgue au Conservatoire. Mélanie a dix-huit ans quand son destin bascule alors...

Rue Bergère, ce haut lieu d’études musicales se dessine comme une chance et devient l’endroit d’heures passionnantes dans la vie de la jeune femme. Avant de suivre les cours de composition et d’assister à ceux de la classe d’orgue (Mélanie rêvait d’en jouer depuis toute jeune), l’étudiante suit les classes d’accompagnement piano et d’harmonie avec Ernest Guiraud. Parmi l’élite professorale, elle croise des personnalités comme Napoléon Alkan, Antoine Marmontel, Adolphe Danhauser, Alexandre Lavignac, Jules Massenet… En 1877, soit l’année qui suit son arrivée au Conservatoire, Mélanie obtient un premier accessit d’harmonie et d’accompagnement. Elle se verra par la suite attribuer plusieurs récompenses dont, en 1879, un deuxième prix d’accompagnement, en 1880 un premier prix d’harmonie, et en 1881, un premier accessit de composition avec son premier morceau : « Impromptu ».

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Outre ses talents de musicienne, la jeune femme séduit, appréciée pour la joliesse de son visage, sa fraicheur et son bon caractère. Au cours de nouvelles rencontres amicales dans les murs du Conservatoire, Mélanie s’entiche d’amour pour Amédée Landely Hettich, un disciple des cours de chant, mais sa famille n’apprécie pas suffisamment ce garçon à l'allure désinvolte pour accepter cette relation. En 1881, quand Hettich, très éconduit, décide de demander la main de Mélanie à ses parents, la jeune femme est forcée de démissionner du Conservatoire pour ne plus approcher cet homme. Pour suivre le modèle sociétal bourgeois, on l’oblige à se marier avec Albert Domange, un riche entrepreneur, avec qui elle aura trois enfants : Pierre, Jeanne, et Edouard. Mais, plus tard, au cours des années 1890, Mélanie Bonis, devenue Mélanie Domange, retrouvera Hettich, qu’elle considèrera comme son seul et véritable amour, et avec qui elle aura une fille cachée, Madeleine. Lui, qui étudiant travaillait pour le journal de l’éditeur de musique Escudier : « L’Art musical », la fait collaborer à sa célèbre collection Les airs classiques. Ensemble, ils font équipe : elle compose tandis qu’il l'aide à faire valoir sa musique tout en lui ouvrant les portes des grands éditeurs parisiens. Il faut dire que l’œuvre de la compositrice prolifère en diversité : ce sont des pièces pour piano, pour orgue, des recueils pédagogiques, des œuvres liturgiques, concertantes, ou appartenant au répertoire de la musique de chambre... Son inspiration rejoint toujours la mélodie, on dit de sa sensibilité qu’elle est proche d’un certain Gabriel Fauré. Mélanie Bonis est une hypersensible, une mystique, une passionnée de nature qui appartient bien au courant postromantique, tout en parsemant ses partitions d’une teinte d’impressionnisme, quand ce n’est d’orientalisme, dans la lignée d’un Debussy ou d’un Pierné. Si Mélanie choisi de signer ses partitions par le pseudonyme Mel Bonis (voire parfois Edouard Domange, du nom de son époux), c’est parce qu’en ces temps, être à la fois femme et compositrice pouvait prêter à l'indifférence ou à la dépréciation. D'ailleurs, son professeur Ernest Guiraud aurait pu envisager de la présenter pour le prix de Rome, si seuls les hommes ne s'y présentaient pas. De 1899 à 1911, Mel Bonis est membre de la Société nationale de musique et y occupe le poste de secrétaire à partir de 1910 – une première pour une femme. Après la fin de la première guerre, elle s’isole pour se réfugier dans la religion, écrivant ses pensées qui seront par la suite reprises par ses enfants sous le titre de : « Souvenirs et réflexions ». Les quinze dernières années de sa vie sont des années de souffrance où elle continue, alitée, de composer.
Elle meurt à Paris le 19 mars 1937, où elle est enterrée au cimetière de Montmartre.

Mel Bonis en 6 dates :

  • 1876 : intègre le Conservatoire de Paris, recommandée par César Franck
  • 1877 : obtient le premier accessit d’harmonie et d’accompagnement au piano dans la classe d’Ernest Guiraud
  • 1879 : lauréate du second prix d’accompagnement au piano au Conservatoire de Paris dans la classe d’Auguste Bazille
  • 1880 : obtient son premier prix d’Harmonie au Conservatoire de Paris dans la classe d’Ambroise Thomas
  • 1891 : 1er prix du concours « piano soleil » avec Les Gitanos, valse espagnole pour piano
  • 1910 : devient secrétaire de la Société nationale de musique, une première pour une femme

Mel Bonis en 6 œuvres :

  • 1901 : O Salutaris, op. 50, pour baryton ou mezzo-soprano, harmonium ou orgue
  • 1905 : Quatuor pour piano et cordes en si b majeur op. 69 n°1, « A Mr Jean Gounod »
  • 1915 : La cathédrale blessée op. 107, « À la mémoire de Lucien Augé de Lassus »
  • 1928 : Scènes de la forêt op. 123 pour flûte, cor et piano
  • 1931 : Chanson catalane op. 137 posthume
  • 1936 : Elévation op. 147 en ré majeur pour orgue

Site officiel

Biographie de la documentation musicale de Radio-France, avril 2021

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