Giacinto Scelsi

Giacinto Scelsi

Compositeur et poète italien (1905, La Spezia -1988, Rome)

De par ses origines, son parcours, et son évolution, Giacinto Scelsi est un artiste unique dans l’histoire du 20ème siècle. Compositeur et poète, mystique refusant de se faire photographier « pour ne pas perdre son âme », il reste considéré comme un maître et un génie pour avoir mis le « son » au centre d’une expérimentation sans égal.

Giacinto Scelsi est issu de la noblesse italienne. Dans le château familial, il reçoit, selon ses propres mots, une « éducation médiévale ». Très tôt, il se met au piano et montre des talents exceptionnels d’improvisateur. Il étudie la composition d’abord au Conservatoire de Rome dans la classe de Giacinto Sallustio. Puis, à Genève, Egon Koehler l’initie à l’esthétique et au mysticisme de Scriabine. Enfin, à Vienne, il entre dans le monde du dodécaphonisme avec Walter Klein, un élève de Schoenberg. Durant cette période d’apprentissage, il fait des séjours répétés en Suisse et France. C’est là qu’il se fait connaître avec la création de Rotativa, poème symphonique pour 3 pianos, cuivres et percussion, sous la direction de Pierre Monteux, en 1931 à la salle Pleyel. De retour à Rome en 1937, il organise des concerts de musique contemporaine, et y programme des compositeurs alors quasiment inconnus en Italie : Stravinsky, Kodaly, Chostakovitch, Schoenberg, Hindemith. En 1940, il fuit le fascisme et se réfugie en Suisse, où il épouse Dorothy-Kate Ramsden (1903-1978), une lointaine parente de la famille royale d’Angleterre. A cette occasion, il est reçu au Palais de Buckingham, à Londres. En 1945, il retourne à Rome. Il fait partie du mouvement des « Jeunes dodécaphonistes » et compose beaucoup.

Pour Giacinto Scelsi, cette décennie des années 40 est une longue période de crise personnelle et spirituelle, avec des hospitalisations répétées à la clé. Installé à Paris, il remet en question son processus personnel de composition, et se tourne vers une spiritualité que lui ont inspirée des voyages successifs en Inde. De retour à Rome en 1952, il sort peu à peu de sa dépression en se lançant dans une recherche fondamentale sur le son. Il passe parfois des heures à jouer la même note au piano, afin de comprendre et d’assimiler toutes les variantes possibles. En 1959, ses Quattro pezzi su una nota sola marquent le point de départ de cette nouvelle période créatrice : chacun des quatre mouvements de l’œuvre repose sur une seule note. Le compositeur se concentre sur le son unique et le pénètre jusqu’à des dimensions inexplorées. Il renonce à toute articulation, mélodique, rythmique ou formelle, et développe les techniques instrumentales les plus complexes afin de multiplier à l’infini les moyens d’entretenir et de varier ce son unique. Ce processus repose sur sa nouvelle mystique : il ne « compose » plus mais devient un messager. En revanche, au cours de cette période, Scelsi est peu joué. Il doit attendre les années 70 et l’intérêt que lui portent alors quelques jeunes compositeurs français, comme Tristan Murail, Gérard Grisey et Michaël Lévinas. Son influence touche une nouvelle génération de compositeurs, notamment Kaija Saariaho. Ses dernières œuvres évoluent vers un dépouillement extrême. En 2018, Radio France coproduit avec Arte le documentaire Scelsi, le premier mouvement de l’immobile, réalisé par Sebastiano d’Ayala Valva. Giacinto Scelsi est aussi l’auteur d’essais esthétiques et de recueils de poème, dont quatre volumes en français.

Scelsi en 6 dates :

  • 1935 : étudie le dodécaphonisme avec Walter Klein.
  • 1937 : organise des concerts de musique contemporaine à Rome.
  • 1940 : fuit en Suisse où il rencontre sa future femme.
  • 1952 : retour à Rome où il se lance dans une grande expérimentation sur le son.
  • 1959 : naissance de sa nouvelle esthétique fondée sur le concept de son unique.
  • 1988 : la date de son décès, le 9 août, immortalise la fascination qu’il avait pour le chiffre huit.

Scelsi en 6 œuvres :

  • Elegia per Ty,  pour alto et violoncelle (1958)
  • Quattro Pezzi (su una nota sola) pour ensemble instrumental (1959)
  • ·Aiôn, 4 épisodes d’une journée de Brahma, pour percussions et orchestre (1961)
  • ·Konx-Om-Pax pour chœur mixte et orchestre (1969)
  • ·Pfhat, pou chœur, orgue et orchestre (1974)
  • ·Quatuor à cordes n°5 (1984)

Biographie de la Documentation Musicale de Radio France, décembre 2018.

En savoir plus