Chevalier de Saint-George

Chevalier de Saint-George

Compositeur, violoniste et chef d’orchestre français (1745 en Guadeloupe – 1799 à Paris)

Le Chevalier de Saint-George tient une place à part dans l’histoire de la musique, et même dans l’Histoire. Violoniste, escrimeur, compositeur, militaire, chef d’orchestre, courtisan, surnommé “l’Africain” ou le “Mozart noir”, il a approché les plus grands de son temps, rois, reines, nobles, militaires et musiciens. Cependant, son œuvre n’a pas encore trouvé la place qu’elle mérite.

Joseph Bologne de Saint-George est né à Baillif, en Guageloupe. Son père, Georges de Bologne Saint-George,  issu d’une famille d’origine hollandaise, les Van Bologne, y est planteur et vit avec sa femme Elisabeth. Joseph nait de la relation  intime entre son père et une esclave africaine : Nanon. Son enfance est partagée entre la Guadeloupe et la métropole. Il est considéré et élevé par son père comme un fils légitime à part entière et reçoit ainsi la  meilleure éducation possible. En 1759, il entre à l’Académie de Nicolas Texier de la Boëssière,  où il reçoit une formation générale et militaire. Deux ans plus tard,  il intègre les gendarmes de la Garde du Roi, et devient l’une des plus  fines lames du royaume. Ses succès lors de duels devenus célèbres en font la nouvelle coqueluche de la haute société. Les détails de son  éducation musicale, en revanche, restent flous : il aurait été l’élève de Jean-Marie Leclair. Mais là aussi, son aptitude exceptionnelle au violon attire l’attention des plus grands. Le grand violoniste Antonio Lolli lui prodigue ses conseils, Gossec lui dédie ses 6 Trios op 9,Karl Stamitz, ses 6 quatuors op 1. L’ascension est fulgurante. En 1769, Saint-George est nommé premier violon et « batteur de mesure » - le chef d’orchestre n’existe pas encore - de la Société du Concert des Amateurs nouvellement créée et dirigée par Gossec. Le même Gossec, nommé directeur du Concert Spirituel en 1773, l’appelle à ses côtés pour le seconder. Pressenti à la direction de l’Opéra Royal en 1775, car favori de la Reine Marie-Antoinette,  il voit néanmoins ce poste lui échapper, à cause de ses origines  africaines mises en cause par deux chanteuses. Il se console, en 1777,  avec la direction de la musique du théâtre que possèdent Mme de Montesson et se lie d’une grande amitié avec le fils du Duc d’Orléans, Louis-Philippe de Chartres, futur Philippe Egalité,  qui le fait entrer dans la franc-maçonnerie. En 1781, le Concert des  Amateurs disparaît pour des raisons financières, laissant la place à une  formation soutenue par la loge maçonnique, l’Olympique. Saint-George en prend la direction et commande à Haydn ses 6 Symphonies parisiennes

Saint-George  commence à composer vers 1772. Il se consacre naturellement à son  instrument de prédilection, et écrit près d’une vingtaine de concertos  pour violon. Mozart reprend le thème de son Concerto pour violon op7 n°1 dans son ballet Les Petits riens joué  en 1778 à Paris. Rien n’indique que les deux musiciens se soient rencontrés mais il est certain que Mozart a entendu (ou lu) la musique  du Chevalier. Ce dernier s’intéresse de très près à des formes nouvelles, comme le quatuor (il en compose 12) et la symphonie concertante (8). Saint-George laisse aussi quelques œuvres lyriques. Il donne son premier opéra-comique, L’Histoire d’Ernestine ou Les Malheurs d’une jeune orpheline, au théâtre de Mme de Montesson,  en 1777, sur un livret de Pierre-Ambroise Choderlos de Laclos. Sa  carrière mondaine lui fait rencontrer des personnalités historiques.  Proche de la reine Marie-Antoinette, il fréquente un moment Charles d’Eon de Beaumont, chevalier espion, personnage trouble et travesti, qui lui a peut-être inspiré l’opéra-comique La Fille garçon  sur le thème du travestissement, créé en 1787. Lors d’un de ses  passages fréquents à la salle d’arme pour s’entraîner, il fait la connaissance de Thomas Alexandre Dumas, fils du marquis de la Pailletrie et de son esclave Marie-Cessette,  père et grand-père des deux écrivains homonymes. Il le prend sous son  aile, mais la relation entre les deux hommes sera chaotique. 

Saint-George  a toujours eu une relation étroite avec l’aristocratie. L’exécution de  la Reine et de Philippe Egalité, l’affectent profondément. Mais, lui qui  est né esclave, est fasciné et attiré par cette Révolution qui proclame l’égalité des hommes. En 1789, il s’engage dans la Garde Nationale au grade de capitaine, et est amené à créer la Légion Franche des Américains, ou “Légion de Saint-George",  constituée de soldats d’origine africaine. Il la commande au grade de  colonel. Mais sa célébrité sous l’Ancien Régime le rattrape. Il est  destitué l’année suivante et emprisonné pendant un an, sans jugement.  Libéré en 1794, il ne parvient pas à être réhabilité. A sa mort, tous  les journaux lui rendent hommage.

Chevalier Saint-Georges en 6 dates : 

  • 1759 : entre à l’Académie Militaire de Nicolas Texier de la Boëssière. 
  • 1769 : nommé premier violon et « batteur de mesure » de la Société du Concert des Amateurs. 
  • 1781 : prend la direction de la formation musicale, l’Olympique. 
  • 1786 : commande à Haydn ses 6 Symphonies parisiennes
  • 1789 : s’engage dans la Garde Nationale 
  • 1792 : prend le commandement de la Légion Franche des Américains 

Chevalier Saint-Georges en 6 œuvres : 

  • Quatuor op 1 n°6 (1773) 
  • Concerto pour violon op 7 n°1 (1777) 
  • Concerto pour violon op 8 n°9 (1777) 
  • Symphonie op 11 n°2 (1779) 
  • L’Amant anonyme, opéra-comique sur un livret de Félicité de Genlis (1780) 
  • Symphonie concertante op 12 

Biographie de la Documentation Musicale de Radio France, Décembre 2018 

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