Carla Bley

Carla Bley

Pianiste, organiste, chef d’orchestre et compositrice (1938, Oakland / Californie)

Figure essentielle du jazz post-bop, Carla Bley incarne la pluralité à travers un alliage subtil d’influences musicales populaires et savantes. Entre fantaisie et sensualité, elle revisite l’univers du free jazz en s’affirmant par son originalité. Outre ses talents admirés de compositrice, elle embrasse une carrière internationale de pianiste et obtient plusieurs prix honorifiques dont le prix Jazz Moderne pour son enregistrement The Very Big Carla Bley Band.

Enfant, Carla Bley, de son vrai nom Lovella May Borg, apprend le piano et le chant, alors encouragée par son père Emil Borg lui-même professeur de piano et maître de chapelle. Elle tient l’orgue pendant les offices de l’église locale mais s’avoue plus à l’aise en roller. A 17 ans, elle quitte le cocon familial dans l’idée de partir vivre à New-York pour côtoyer un monde dont elle se sent plus proche et se retrouve à vendre des cigarettes dans le club de jazz Birdland. Elle fait alors plusieurs connaissances dans ce milieu principalement masculin dont celle du pianiste Paul Bley avec qui elle scellera son amour dans une union qui durera deux années durant lesquelles lui-même la motivera à composer. Ses premières œuvres ne tarderont pas à piquer la curiosité d’un Jimmy Giuffre ou encore d’un George Russell ou d’un Art Farmer qui s’en feront interprètes. 

En 1964, Carla Bley rencontre le trompettiste et compositeur Michael Mantler qui devient son nouveau compagnon. Avec lui, elle participe au collectif Jazz Composers Guild qui évolue pour devenir le Jazz Composer’s Orchestra, ensemble qui enregistrera notamment le fameux opéra-jazz de la californienne : Escalator over the Hill, mêlant free jazz, rock, musique indienne et allusions à la musique de Kurt Weill. En 1967, Gary Burton et son quartette enregistrent A Genuine Tong Funeral, une série de thèmes que la compositrice a spécialement écrit pour le vibraphoniste. Trois années plus tard, elle fonde avec Michael Mantler le label WATT d’où émane un premier disque, le curieux Tropic Appetites. Les années 1975-85 marquent pour Carla Bley un autre tournant, celui où elle prend la direction d’un ensemble d’une dizaine de musiciens, le « Carla Bley Band ». S’entourant d’excellents musiciens comme les incontournables saxophonistes Andy Sheppard et Wolfgang Puschnig, elle produit les albums European Tour 1977, Musique Mécanique, Social Studies, Live et I hate to Sing, où se croisent post-bop, free jazz, rock, rhythm and blues, pop, fanfare, tango, musique de cabarets, et réminiscences de musique classique. En 1981, elle signe un arrangement sur la fameuse musique du film de Federico Fellini Huit et demi dans un disque produit par Hal Willner, et en 1983 compose la musique du film Mortelle randonnée de Claude Miller. Depuis 1987, elle se produit en duo  avec le bassiste Steve Swallow, qui partage désormais sa vie privée, mais aussi en trio, (avec Andy Sheppard), en sextet, avec le groupe « 4x4 » (réunissant huit musiciens de son big band), ainsi qu’avec le « Big Carla Bley Band ». En 2003 sort le DVD  “Carla Bley - Live in Montreal” où on la retrouve aux côtés du bassiste Steve Swallow, mais aussi du batteur Victor Lewis, du tromboniste Gary Valente, du trompettiste Michael Mantler, du tubiste Bob Stewart, de l’organiste et pianiste Ted Saunders, des saxophonistes Joe Lovano et Steve Slage, et du corniste Vincent Chancey.
Le style de Carla Bley a toujours été empreint de poésie, de théâtralité, et de liberté, se rapprochant quelque peu de ses modèles Gil Evans et Duke Ellington.

Carla Bley a obtenu différentes distinctions honorifiques : en 1973, l’Oscar du Disque de Jazz pour Escalator Over the Hill; en 1979 le New York Jazz Award en tant qu’arrangeuse ; en 1985 le Deutscher Schallplattenpreis ; en 1990 le prix Jazz Times pour ses talents de compositrice ; en 1991 le prix Jazz Moderne de l’Académie française du jazz pour The Very Big Carla Bley Band ; en 2012 le doctorat honoris causa de l’Université Toulouse II-Le Mirail ; etc.
Enfin, certaines des partitions de Carla Bley sont aujourd’hui devenues des standards à part entière : Sing Me Softly Of The Blues, Mother of the Dead Man, Ida Lupino, Vashkar et Ictus

Carla Bley en 6 dates :

  • 1966 : fonde, avec son compagnon de l’époque Michael Mantler, le “Jazz Composer’s Orchestra”.
  • 1967 : Gary Burton et son quartette enregistrent A Genuine Tong Funeral.  
  • 1971-72 : compose son opéra jazz The Escalator Over the Hill.
  • 1975 : fonde le “Big Carla Bley Band”.
  • 1983 : compose la musique du film Mortelle randonnée de Claude Miller.
  • 1998 : produit l’album « 4X4 ».

Biographie de la documentation musicale de Radio-France, octobre 2018.

En savoir plus