Augusta Holmès

Augusta Holmès

Pianiste et compositrice française d’origine irlandaise (Paris, 1847 – Paris, 1903)

Compositrice trop inclassable pour se couler dans un moule, trop indépendante pour se glisser dans un groupe ou enseigner à des élèves, trop célèbre pour ne pas susciter la jalousie, la liberté de sa vie privée bien éloignée des codes classiques, elle tombe dans l’oubli après sa mort.

Née dans une famille privilégiée, d’un père militaire mélomane et curieux, Augusta Holmès fascine son parrain, Alfred de Vigny, autant que ses proches. Elle suit les cours de l’organiste de Versailles Henri Lambert et étudie l’orchestration avec Hyacinthe Klosé. A 14 ans, dotée d’une belle voix de contralto, elle parle quatre langues et pratique remarquablement le piano. A 20 ans, une de ses mélodies enchante Liszt qui écrit « Là-bas, au pays des rêves, avec son rayonnant accord de mi majeur, est à l’égal des plus belles inspirations de Schubert ». Elle compte ce compositeur parmi ses amis, aux côtés de Saint-Saëns, Gounod, Mallarmé, Edouard Colonne ou encore César Franck

Ses premières pièces pour orchestre donnent l’occasion à Augusta Holmès d’être jouée à la salle Pleyel dès 1872, puis en 1877, c’est Edouard Colonne qui dirige au Châtelet Andante pastoral pour orchestre. Vers 1869, elle devient pour une quinzaine d’années, la compagne de l’écrivain et directeur de journaux littéraires Catulle Mendès (1841-1919), dont elle aura cinq enfants ; ses trois filles sont bien connues par le tableau Les filles de Catulle Mendès d’Auguste Renoir. Entre 1870 et 1876 Augusta Holmès suit les cours de César Franck, à qui elle fait grande impression comme aux autres élèves : il lui dédiera en 1890 son Choral n°3 pour orgue et lui compose le dramatique Quintette avec piano. Vincent d’Indy se déclarera « complètement toqué de la belle Augusta. » 

Douée pour le piano, Augusta Holmès décide de se consacrer à la composition et suite à sa visite à Wagner, prend l’habitude du maître d’écrire elle-même ses livrets et poèmes mis en musique. Désinvolte à l’égard de l’opinion, ses œuvres lyriques ou symphonies dramatiques la font empiéter dans un répertoire jusque-là exclusivement masculin. Elle écrit des poèmes symphoniques liés à des thèmes nationalistes dans les années 1880, comme Lutèce (1870), Irlande (1882) ou encore Pologne (1883) ou Ludus pro patria (1888). En 1889, à l’occasion des célébrations du centenaire de la Révolution, la ville de Paris s’adresse à Augusta Holmès qui compose L’Ode triomphale, représentée trois fois devant 22000 spectateurs, et qui nécessite plus de 1000 musiciens et choristes… Le demi-succès de la création de son opéra La montagne noire ne l’empêche pas de continuer à composer. Gagnant sa vie alors qu’elle n’y était pas contrainte, elle rejette tous les codes établis de la société dans laquelle elle est née, n’obéissant et ne suivant que ses instincts et convictions. Compositrice trop inclassable pour se couler dans un moule, trop indépendante pour se glisser dans un groupe ou enseigner à des élèves, trop célèbre pour ne pas susciter la jalousie, la liberté de sa vie privée bien éloignée des codes classiques…. elle tombe dans l’oubli après sa mort.

« On ne pourra plus dire maintenant que la femme est incapable de concevoir des oeuvres musicales importantes et énergiques », écrivit Benjamin Godard, en avril 1881 dans Le Bulletin musical.

Sa musique a été louée par nombre de ses contemporains masculins, et l’on peut retenir ce bel hommage de Reynaldo Hahn : « Holmès osa tous les abandons, toutes les agonies…. Ce don de l’accent populaire, peu de musiciens l’ont eu à l’égal d’Holmès, et c’est à lui qu’elle devra l’immortalité véritable. »

Augusta Holmès en 6 dates :

  • 1855 : installation de sa famille à Versailles
  • 1866 : commence à présenter ses compositions au public versaillais 
  • 1868 : décès de son père
  • 1870 : rend visite à Wagner 
  • 1871 : Augusta Holmès est naturalisée français 
  • 1901 : se convertit au catholicisme et prend le prénom de Patricia

Augusta Holmès en 6 œuvres : 

  • 1864 : La Chanson du chamelier, pour voix et piano
  • 1870 : Allegro féroce, pour orchestre1879 : Trois petites pièces, pour flûte et piano
  • 1884 : La montagne noire, opéra en 4 actes, créé en 1895 à l’Opéra Garnier)
  • 1888 : Une vision de Sainte Thérèse, pour soprano et orchestre
  • 1890 : Hymne à la paix, pour voix solistes, chœur et orchestre

Biographie de la Documentation Musicale de Radio France (janvier 2020)

En savoir plus