Antonio Soler dit Padre Soler

Antonio Soler dit Padre Soler

Compositeur et organiste espagnol (Olot, près de Gérone, 1729 – l’Escurial, Madrid, 1783)

Le père Antonio Soler, grâce à des prédispositions remarquables et à un travail acharné, engendre une œuvre d’une richesse d’une inventivité telles qu’il peut être considéré comme le plus grand musicien espagnol du 18e siècle.

Antonio Francisco Javier José Soler Ramos apprend la musique auprès de son père, musicien de régiment, avant de rentrer à l’âge de six ans au chœur de l’Escolania de Montserrat. Il étudie les grandes œuvres pour orgue de Cabanilles et de Miguel López et à 14 ans connaît déjà les 24 pièces dans tous les tons de José Elías. Ses progrès à la maîtrise sont tels qu’il se porte candidat à deux postes de maître de chapelle. Il entre en fonction à Seo de Urgel et y est ordonné sous-diacre en 1752. Le 25 septembre, il rejoint l’Ordre de Saint Jérôme à l’Escurial et en devient l’organiste permanent. Dès la première année, l’aisance avec laquelle il compose et touche l’orgue assoit sa renommée. Malgré sa double charge de travail en tant que prêtre et maître de chapelle, Soler écrit quantité d’œuvres, accordant à la composition la majeure partie de son temps de repos. Se couchant vers minuit ou plus tard, se levant pour la messe de quatre heures, il dort peu et se construit un petit pupitre sur lequel il peut composer, même malade et alité.
La famille royale de Ferdinand VI, puis celle de Charles III, entraînent dans leur villégiature automnale à l’Escurial les compositeurs José Nebra et Domenico Scarlatti. Soler étudie avec Nebra, et se décrit lui-même comme un disciple de Scarlatti, célèbre compositeur italien expatrié en Espagne, dont il étudie l’œuvre pour s’en inspirer. Nebra rédige une préface élogieuse au traité théorique monumental de Soler intitulé Llave de la modulación, y antigüedades de la música publié à Madrid en 1762. Dans le premier volume, Soler explore la modulation en décrivant la façon de passer d’une tonalité à n’importe quelle autre dans l’espace le plus retreint. Nebra y voit la découverte d’un secret aussi extraordinaire que nouveau mais nombre de théoriciens lui ont opposé une critique virulente. Le second livre détaille les connaissances sur la notation musicale ancienne et décrit les différents modes de résolution des canons.
En 1766, Soler est nommé professeur de musique du fils de Charles III, le talentueux Prince Gabriel. Il conçoit et construit un instrument permettant de mesurer et entendre avec exactitude les demi-tons majeur et mineur ainsi que les neuf commas. Sa grande connaissance des orgues et de leur facture l’a conduit à écrire une lettre de 32 pages sur l’instrument très critiqué de la cathédrale de Séville, et à établir des plans pour la construction de celui de Malaga.
L’œuvre de Soler est variée même si les 200 sonates pour clavier en constituent l’essentiel. Celles-ci sont bien plus audacieuses harmoniquement que celles de Scarlatti, et accusent une saveur ibérique évidente, marquée par des rythmes dansants et des couleurs scintillantes. Soler adopte pour les dernières, en plusieurs mouvements, la basse d’Alberti chère à Haydn et importée en Espagne par Boccherini dans les années 1770. Le fameux Fandango de 462 mesures construit sur une basse obstinée convoque de nombreuses dissonances et syncopes. Sa musique vocale sacrée témoigne d’une grande variété d’inspiration dans la forme, le langage et la couleur orchestrale tandis que les œuvres de musique de chambre et les Concertos pour deux orgues, de style galant, adoptent une simplicité appréciée par le Prince Gabriel.

Antonio Soler en 6 dates :
1736 : entre à l’école de chant de l’Escolania de Montserrat
1745 : prend la fonction de maître de chapelle à Lleida
1752 : fait sa profession de moine hiéronymite
1762 : publie son ouvrage théorique « Les clés de la modulation »
1771 : publie un traité sur l’échange des monnaies catalanes et castillanes
1772 : envoie en Angleterre 27 sonates pour clavier à des fins de publication

Antonio Soler en 6 œuvres :
1753 : Veni creator, pour 8 voix et cordes
1758 : Los negros venen de zumba, chant populaire à six voix
1763 : De un maestro de capilla, pour soprano, alto, chœur et orchestre
1765 : Dos gitanas y un gitano, œuvre vernaculaire à sept voix
1775 : Stabat Mater, pour deux sopranos et basse continue
1776 : six quintettes pour clavier et quatuor à cordes

Biographie de la Documentation Musicale de Radio France, juillet 2014