Un vent nouveau souffle sur la prochaine saison de l'Opéra de Paris

La présentation de la première saison de Stéphane Lissner à l'Opéra de Paris s'annonce pleine de promesses et d'audaces. Un vent nouveau qui contraste avec la tradition des programmations antérieures.

Un vent nouveau souffle sur la prochaine saison de l'Opéra de Paris
Philippe Jordan, directeur musical, Stéphane Lissner, directeur de l'Opéra de Paris et Benjamin Millepied, directeur de la danse. (DR)

Elle était attendue cette présentation de la première saison entièrement imaginée par Stéphane Lissner, le nouveau directeur de l'Opéra de Paris. Et elle promet d'être excitante. En 2015/2016, 18 nouvelles productions lyriques et chorégraphiques seront présentées contre 14 reprises, ce qui marque un profond changement de l'ère Nicolas Joel. Alors que les politiques d'austérité ont essaimé un peu partout, obligeant le monde de la culture à s'y mettre aussi, Lissner estime que face à la crise il faut être "offensif et produire plus ".

Une volontarisme qui peut apparaître comme paradoxal étant donnée la baisse des budgets mais l'ancien surintendant de la Scala de Milan assure que c'est ainsi qu'on "génère des financements, attire le public, les mécènes, les coproductions, la télévision, les tournées... ". M. Lissner veut également que l'Opéra soit équilibré entre "productions qui se posent les grandes questions de ce monde" et "divertissement où prime l'aspect musical et esthétique ".

La saison 2015/2016 promet de débuter dans le vif du sujet avec Moïse et Aaron d'Arnold Schönberg, mis en scène par Romeo Castellucci, qui signera sa première création à Paris. Donnée dès le mois d'octobre, la production sera le premier jalon d'un cycle Schönberg, initié par Philippe Jordan, le directeur musical de l'Opéra.

Des concerts viendront compléter le cyle avec les Variations pour orchestres, op. 31, le Quatuor à cordes, op.10, le Pierrot Lunaire ou encore les imposants Gurre Lieder, donnés à la Philharmonie de Paris. A noter que la danse aussi prendra sa part de Schönberg - c'est d'ailleurs l'un des axes du projet de Lissner: une meilleure cohésion entre danse et musique - avec La Nuit Transfigurée, op. 4 chorégraphié par Anne Teresa de Keersmaeker et le Brahms-Schönberg Quartet de George Balanchine.

2015 marquera également le début d'un plus long cycle consacré à Berlioz avec dès le mois de décembre, La Damnation de Faust de Berlioz dirigé par Philippe Jordan, mis en scène par Alvis Hermanis et interprété par un plateau d'exception : Sophie Koch en Marguerite, Jonas Kaufmann en Faust et Bryn Terfel en Mephistopheles. Cycle dont on sait déjà qu'il contiendra Les Troyens pour célébrer les 30 ans de l'Opéra Bastille en 2019.

En parallèle, l'Opéra de Paris programme trois oeuvres de Verdi avec notamment deux nouvelles productions de Rigoletto et du Trouvère (avec Anna Netrebko, Ludovic Tézier et Marcelo Alvarez) ainsi qu'une reprise de La Traviata (avec notamment Placido Domingo lors de deux dates). Côté metteurs en scène "radicaux", Krzysztof Warlikowski présentera sa vision du Château de Barbe Bleue de Bartok et de la Voix Humaine de Poulenc (avec Barbara Hannigan) lors d'un même programme dirigé par Esa-Pekka Salonen. Dmitri Tcherniakov proposera un opéra-ballet rassemblant Iolanta (avec Sonya Yoncheva) et Casse-Noisette de Tchaikovski en une même soirée.

Philppe Jordan poursuit son cycle Wagner en dirigeant Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, mis en scène par Stefan Herheim.

La saison 2015/2016 s'annonce plutôt pauvre côté création contemporaine mais Lissner promet que dès la saison 2016/2017, l'Opéra programmera une production contemporaine par an sur le thème de la littérature française.

Parmi les reprises, du beau monde à signaler avec Ermonela Jaho dans Madame Butterfly, Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak dans L'Elixir d'amour, Anja Harteros dans Le Chevalier à la rose.

Côté danse, la saison s'ouvre sur Balanchine, fondateur du New York City Ballet où Benjamin Millepied a fait ses débuts, et se clôt sur une création mondiale de William Forsythe, nouveau "chorégraphe associé".

Maguy Marin revient après plus de 20 ans d'absence. Jérôme Bel et Christopher Wheeldon, brillant chorégraphe de la comédie musicale An American in Paris cet hiver, sont au programme. Anne Teresa de Keersmaeker donnera au Centre Pompidou une création destinée à évoluer dans le monde de musée en musée.

D'autres initiatives "hors les murs" verront le jour. "Nous devons ouvrir l'opéra à un public qui n'a pas forcément les moyens de venir à des spectacles ", a souligné Stéphane Lissner. Le ballet se déplacera chaque année en région, en commençant par Brest.

A note également, la création de l'Académie de l'Opéra de Paris qui regroupera désormais l'Atelier lyrique, ainsi que des résidences pour chorégraphes, metteurs en scène et jeunes musiciens.

Côté nouveautés tarifaires, l'Opéra mettra en vente des places à 10 euros pour 13 avant-premières (répétitions générales ?) réservées pour les jeunes de moins de 28 ans, dont la moitié sera dévolue à des associations pour y faire venir un public défavorisé. Trente soirées seront données à 20h30 au lieu de 19h30 afin de mieux répondre aux attentes d'une partie du public.

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