Thomas Jolly fait ses premiers pas à l'Opéra de Paris

A seulement 34 ans, Thomas Jolly s'apprête à présenter sa première mise en scène d'opéra au Palais Garnier avec Eliogabalo de Cavalli. Reportage.

Thomas Jolly fait ses premiers pas à l'Opéra de Paris
Thomas Jolly lors des premières répétitions d'Eliogabalo de Cavalli. (© E. Bauer/Opéra national de Paris)

Vendredi 2 septembre après-midi. Le plateau du Palais Garnier accueille la première répétition avec décors et lumières d'Eliogabalo de Francesco Cavalli. Dans la fosse, le chef Leonardo Garcia Alarcon dirige son ensemble la Cappella Mediterranea en formation réduite, sur scène les chanteurs sont en habits de ville et dans la fosse, Thomas Jolly, micro à la main, donne ses indications de mise en scène.

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Sans cesse, il change son point de vue, jette un oeil au livret, monte sur le plateau pour déplacer un élément du décor, discute avec le concepteur lumière Arnaud Travert. A seulement, 34 ans, la nouvelle coqueluche du théâtre français qui s'est fait connaître pour ses adaptations hors norme de Richard III et Henry VI de Shakespeare, a investi l'Opéra de Paris pour ouvrir la saison 2016 - 2017. S'il reconnaît n'être pas beaucoup allé voir des spectacles lyriques dans sa vie, il avoue avoir toujours été fasciné en tant que metteur en scène par cet "art total ".

En concertation avec Leonardo Garcia Alarcon, il a tenu à ajouter des parties dansées à l'oeuvre pour répondre à son "envie de tout réunir sur un même plateau". Thomas Jolly estime que la mise en scène d'opéra est "une envie secrète partagée par la plupart des metteurs en scène. Car il n'y a qu'à l'opéra où l'on peut se permettre cette grandeur spectaculaire. Ce n'est évidemment pas un passage obligé, mais ce qui est sûr, c'est que cela vous déplace, vous déstabilise. Ce n'est clairement pas le même métier ".

 (© E. Bauer/Opéra national de Paris)
(© E. Bauer/Opéra national de Paris)

Bien que Thomas Jolly ait reçu une formation musicale dans sa jeunesse, notamment en pratiquant le piano, le metteur en scène avoue avoir proposé un projet théâtral de l'oeuvre de Cavalli avant de connaître réellement la musique. « Pour être tout à fait précis, Eliogabalo n'est pas exactement un opéra, à l'époque on parlait de Dramma per musica, ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui du théâtre chanté. On peut d'ailleurs le voir dans la forme de l'oeuvre, il y a énormément de récitatifs par rapport au nombre d'arias. Il a fallu trouver la façon de chanter, mais surtout de dire et penser ce texte. Leonardo Garcia Alarcon m'a permis cette mise en avant du théâtre, il m'a laissé une grande liberté par rapport aux tempos, il a mis la musique au service du texte. Notre but avec les chanteurs est qu'il n'y ait aucun trou d'espace, de corps ou de gestuelle. Qu'il n'y ait pas de passage figé. »

Une vision de l'oeuvre qui a tout de suite trouvé un écho chez les chanteurs. La soprano américaine Nadine Sierra, qui joue le rôle de Flavia Gemmira, une noble romaine courtisée par l'empereur Eliogabalo, estime que le metteur en scène les a « mis au défi » en les poussant à « faire attention au moindre détail, autant pour ce qui concerne la partie chantée que la partie jouée ». La chanteuse témoigne que cette façon de travailler n'est pas si courante : « Souvent, les mises en scène d'opéra alternent des phases musicales où il ne se passe pas grand chose sur scène et qui sont, avouons-le, assez.... ennuyeuses ! Thomas Jolly réussit cet incroyable mariage entre la musique et le jeu. »

 (© E. Bauer/Opéra national de Paris)
(© E. Bauer/Opéra national de Paris)

Nadine Sierra, qui loue l'ouverture d'esprit de Thomas Jolly, lui prédit une longue carrière à l'opéra. Ouverture d'esprit appréciée également chez Franco Fagioli (rôle d'Eliogabalo) : « Il est acteur et pour moi c'est très excitant et enrichissant de travailler avec lui parce que je pense que ce type d'opéra est avant tout construit sur le texte, sur sa dimension théâtrale, sur la déclamation. Et c'est ce qui va diriger les mouvements de nos corps. Pour moi, chaque expérience avec un nouveau metteur en scène est toujours riche, on apprend toujours quelque chose. Ce que j'aime avec Thomas Jolly, c'est que nous pouvons librement parler avec lui et c'est avec cette façon de travailler que je sens que j'apprends le plus. Il vient du théâtre, je viens de la musique, et je pense que c'est le savant mélange de ces deux univers qui rendra le spectacle brillant et intéressant. »

Le résultat sera visible à partir du 14 septembre au Palais Garnier. Pour sa première incursion à l'opéra, Thomas Jolly, 34 ans, se paie le luxe d'ouvrir la saison. « J'ai conscience de la grande responsabilité que l'on me confie. Je trouve cela très intéressant que les grandes institutions accordent leur confiance aux jeunes. C'est surtout une grande source de joie et de découverte d'un territoire assez inconnu. » Thomas Jolly ne compte pas s'arrêter là puisqu'il s'attèlera dès le mois de février 2017 à la mise en scène de Fantasio d'Offenbach à l'Opéra Comique.

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