Scala de Milan : Alexander Pereira quittera la direction en 2015

Au coeur d'une polémique sur fond de conflit d'intérêts, le conseil d'administration de la Scala de Milan a proposé à Alexander Pereira, son futur directeur, de quitter son poste fin 2015. Proposition qu'il a décidé d'accepter.

Scala de Milan : Alexander Pereira quittera la direction en 2015
Le futur directeur de la Scala de Milan, Alexander Pereira ne devrait rester qu'un an à la tête de l'opéra. (© Corbis)

Le directeur désigné de la Scala, l'Autrichien Alexander Pereira, a accepté la proposition du théâtre milanais d'écourter son mandat à décembre 2015, après sa mise en cause pour avoir acheté des spectacles du festival de Salzbourg, selon la presse.

"J'accepte cette décision et j'ai l'intention de garantir la saison (théâtrale) de l'Expo. C'est important pour Milan ", a déclaré M. Pereira au journal Corriere della Sera. Hier, le conseil d'administration avait voté en majorité pour que son contrat qui débute en septembre prochain soit annulé pour la période 2016/2017 et écourté à décembre 2015.

"Au final, ils pourront décider si j'ai gagné le droit d'être confirmé " au delà de la date prévue, a commenté Pereira au Corriere. Dans La Stampa, il a estimé qu'il s'agit d'un "compromis acceptable pour tous " et affirmé avoir fait lui-même cette proposition au maire de Milan, Giuliano Pisapia.

En tant qu'entité finançant lourdement le théâtre aux côtés de la région, le maire de Milan est le président de la Fondation du théâtre de la Scala. Les représentants de la région au conseil d'administration de la Scala avaient réclamé l'annulation pure et simple de la nomination de Pereira, désigné l'été dernier, pour remplacer le français Stéphane Lissner, à la tête du temple italien de l'opéra.

Pereira a déclenché une polémique en signant au nom de la Scala l'achat de quatre productions clef en main du festival de Salzbourg qu'il dirige depuis 2011. Selon le maire de Milan, il est clair qu'il a "commis une erreur " car "il est allé au-delà de ses prérogatives ". Grâce à un budget conséquent, la Scala est une grosse machine de production d'oeuvres théâtrales.

"Milan aura une saison de l'Expo (l'exposition universelle prévue de mai à octobre) de haut niveau et j'espère prouver pendant cette année à ces messieurs du conseil d'administration que je ne suis pas un âne ", a poursuivi Pereira, 66 ans.

"Je continue de penser que je suis l'homme qu'il faut à la bonne place. Je serais vraiment heureux de terminer ma carrière dans un si beau théâtre ", a poursuivi dans La Stampa celui qui est actuellement le directeur du festival de Salzbourg.

Il a admis avoir "peut-être commis une erreur bureaucratique ". "Mais j'ai toujours agi de bonne foi et dans l'intérêt exclusif de la Scala ", s'est défendu Pereira. Cet ancien manager -- notamment en Italie chez Olivetti -- qui a la passion du chant, est connu pour son habileté à recruter des sponsors. Lorsqu'il était directeur du théâtre de l'opéra de Zurich, il s'était aussi distingué dans la promotion de jeunes chanteurs et la mise en scène de productions accessibles tout en coopérant avec les stars de la scène lyrique (Riccardo Muti, Antonio Pappano, Zubin Mehta, Riccardo Chailly).

La soprano Angela Gheorghiu qui donne un récital ce vendredi 16 mai à la Scala s'est exprimé sur ce qu'elle pensait d'Alexander Pereira, la veille de l'annonce du conseil d'administration. "J'ai du mal à imaginer qu'il ait pu faire quelque chose d'aussi bizarre, naïf et franchement incompréhensible. La plupart des chanteurs d'opéras le voit comme un homme d'affaires, rien de plus... certainement pas comme un directeur artistique ".

"Je l'ai toujours trouvé étrange. Après plus de 20 ans de carrière, c'est le seul directeur artistique qui peut passer à côté de moi sans me dire bonjour " ajoute la soprano roumaine. Gheorghiu estime que Pereira n'est pas l'homme qu'il faut à la Scala pour opérer sa révolution.

"Je crois que la Scala a besoin d'un directeur italien, pourquoi faut-il toujours aller les chercher à l'étranger ?", conclut-elle.

Le bilan de la Scala

Mercredi, le directeur actuel de la Scala, le français Stéphane Lissner, choisi pour prendre la tête de l'Opéra de Paris à la rentrée prochaine, a dressé le bilan de ses neuf années à la tête du temple italien de l'opéra. "Une expérience unique, toute cette folie et cette adrénaline me manqueront ", a-t-il dit. Il a rappelé avoir à son actif 172 productions (dont 117 opéras et 55 ballets) dont 26 en coproductions et 131 productions purement de la Scala. Il s'est réjoui d'avoir laissé des comptes à l'équilibre, en précisant qu'il n'avait jamais acheté d'oeuvres clé en main à d'autres théâtres.

Selon le maire de Milan, le directeur musical Riccardo Chailly, nommé pour succéder à Daniel Barenboim et travailler aux côtés de Pereira, a plaidé devant le conseil d'administration de jeudi pour le maintien du surintendant jusqu'à la fin 2015. "Il nous a dit qu'on ne peut pas jeter le bébé avec l'eau du bain " et que sa présence était "utile pour respecter la programmation prévue par la Scala dont dépend aussi le travail de ses employés ", a expliqué Pisapia.

L'Autrichien Pereira, 66 ans, ancien manager du secteur du tourisme avait été choisi le 4 juin 2013 à l'unanimité du conseil d'administration de la Scala.

Avec AFP

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