Renata Scotto, le destin d'une diva

"Il est difficile pour une diva, d’incarner une diva" Renata Scotto

Renata Scotto, le destin d'une diva
Renata Scotto

24 février 1934 : naissance de Renata Scotto à Savone

« [Ma famille] ignorait tout de la musique. Mais mes parents ont très bien accueilli mon amour pour le chant qui s’est manifesté toute petite et que je chantais à l’église et dans le chœur. »

(Festival de Paris, entretien avec Myriam Anissimov)

A l’occasion de son douzième anniversaire, son oncle l’emmène entendre Rigoletto de Verdi au théâtre de Savone, avec comme interprète Tito Gobbi. Renatta Scotto découvre alors sa vocation.

Alfredo Kraus met très vite Renata Scotto en rapport avec Mercedes Llopart qui lui enseigne de véritables bases techniques.

« Les premières difficultés sont venues lorsque je me suis rendue compte que ma technique était insuffisante, et c’est précisément à cette époque que j’ai rencontre Mercedes Llopart qui a corrigé mes défauts, et m’a fait découvrir quel était, en fonction de ma voix, le bon répertoire. Je lui dois tout ».

(Festival de Paris, Myriam Anissimov)

1952 : Renata Scotto se présente au concours de l’Association Lyrique de Milan. Elle y chante le rôle de Violetta de la Traviata de Verdi.

2 juillet 1953 : Suite à cette audition, elle est choisie pour interpréter le rôle de Violetta au Teatro Nuovo de Milan.

Renata Scotto refuse ensuite plusieurs engagements de la grande scène milanaise, préférant se former sur des plateaux provinciaux.

« J’ai refusé les petits rôles, car je voulais être une prima donna, je me suis dit qu’il valait mieux acquérir une bonne expérience dans des salles plus petites avec de grands rôles qu’avec des petits rôles dans une grande salle ».

(Le monde de la musique, septembre 1988).

1953 : la Scala de Milan rouvre ses portes et recherche une soprano colorature. Renata Scotto est choisie pour interpréter le rôle travesti de Walter dans la Wally de Catalani et fait ses débuts sur la prestigieuse scène milanaise.

3 septembre 1957 : le succès de la Somnambula de Bellini au Festival d’Edimbourg génère une représentation supplémentaire, non prévue dans le contrat de Maria Callas qui interprète le rôle titre. Devant le refus de la diva de chanter, la direction de la Scala propose le rôle à Renata Scotto qui la remplace.

1960 : 1ère apparition aux Etats-Unis, à Chicago dans le rôle de Mimi de la Bohème de Puccini.

2 juin 1960 : mariage avec Lorenzo Anselmi, 1er violon de l’orchestre de la Scala.

« Lorsque je l’ai rencontré, il n’était qu’un violoniste de l’orchestre parmi les autres. J’étudiais avec Mercedes Llopart et il assistait à tous mes cours. Ensuite, nous avons travaillé ensemble et grâce à lui j’ai fait beaucoup de progrès. Il m’a ôté de l’esprit certaines attitudes de cabotinage détestables chez les chanteuses ».

(Festival de Paris, entretien avec Myriam Anissimov)

19 octobre 1965 : Renata Scotto interprète le rôle Cio-cio-San de Madame Butterfly de Puccini au Metreopolitan Opera.

1974 : Renata Scotto remplace une chanteuse souffrante dans le rôle d’Elena dans les Vêpres Siciliennes de Verdi pour trois représentations, au MET.

Renata Scotto interprète alors une vingtaine de rôles : Il Trittico de Puccini, Berthe du Prophète de Meyerbeer, Vitella de la Clémence de Titus de Mozart, Elisabetta di Valois de Don Carlos de Verdi, Francesca da Rimini, Musetta de la Bohème de Puccini, Lucia dans Lucia di Lamermoor, Le bal masqué de Verdi, Norma de Bellini, Manon Lescaut de Massenet et Puccini, Tosca de Puccini, Fedora d’Umberto Giordano, Macbeth et Luisa Miller de Verdi, Marie de Rohan de Donizetti :

« Marie de Rohan est l’un des joyaux de Donizetti. C’est une grande héroïne du Bel canto romantique et pas un rôle de colorature. L’interpréter m’a permis de trouver les significations dramatiques du Bel Canto.[…] Marie de Rohan mériterait d’être rendu au répertoire, plus que d’autres œuvres de Donizetti ».

(Le monde de la musique, septembre 1988).

Ou encore Werther de Massenet :

« Mon répertoire s’est récemment enrichi d’un rôle français : Charlotte de Werther. J’ai toujours aimé passionnément Gounod, Bizet, Debussy et Poulenc. Mais par-dessus tout, j’adore Massenet. Pour moi c’est un peu le Puccini français. J’ai chanté sa Manon plusieurs fois. Je mourais d’envie d’interpréter un autre de ses personnages. Depuis toujours j’ai été amoureuse de Werther. »

(Le monde de la musique, septembre 1988)

1986 : Renata Scotto fait ses débuts comme metteur en scène, comme elle le dit « un peu par hasard. Au Metropolitan Opera de New-York, la direction me proposait pour l’énième fois de chanter Madama Butterfly. J’en avais assez de chanter ce rôle dans une production dont les décors, les costumes étaient poussiéreux. Je voulais autre chose. Alors, un peu excédés, mes directeurs m’ont dit : « Eh bien, dirige-la ! ». C’est ainsi que j’ai débuté dans la mise en scène. » (Resmusica, 1er mars 2005)

1992 : Renata Scotto étend son répertoire en interprétant la Maréchale dans le Chevalier à la rose de Richard Strauss, puis en 1995, Kundry dans Parsifal de Richard Wagner, et enfin Clitemenstre dans Elektra de Richard Strauss en 2000.

Mettant fin à sa carrière de chanteuse, Renata Scotto participe à des masters classes au cours desquelles elle partage sa pédagogie et ses expériences.

« Oui. Bastà ! J’en ai fini avec le chant. On m’a encore proposé le rôle de la Comtesse dans la Dame de Pique. Mais je ne le ferai pas. Pourquoi faire un rôle de vieille ? Je suis déjà vieille. J’ai mis fin à ma carrière de chanteuse en créant le rôle de Klytaemnestra (Elektra) à l’Opéra de Baltimore en 2000. Maintenant, çà suffit ! J’ai laissé des documents sur ma voix alors qu’elle était intéressante, je ne vois pas l’utilité de la montrer telle qu’elle est aujourd’hui. Pour chanter, il faut le ressentir dans son corps. Je n’ai plus envie de me lever le matin pour vérifier si ma voix est encore là. J’ai envie de vivre ma vie de femme. D’être la grand-mère que je suis. »
(Resmusica, 1er mars 2005)