Quelle est la meilleure version de la Walkyrie (acte I) de Wagner ?

Chantal Cazaux (L’Avant-scène Opéra), Emmanuel Dupuy (Diapason) et Christian Merlin (Le Figaro) élisent la version de référence du premier acte de La Walkyrie de Richard Wagner.

Compte-rendu de La Tribune des critiques de disques du 24 mai 2015 (ré)écouter

Seuls ont été pris en compte les enregistrements (live et studio) des 30 dernières années. Rien... ou si peu. A la tête des forces du Mariinsky, Valery Gergiev offre un Orage linéaire et monocorde, empêtré dans un statisme qui révèle d’étranges problèmes d’équilibre. Un début de Walkyrie bien décevant.

A l’opposé, le statisme de Daniel Barenboïm fascine et déroute : « des contre-sens, des manières, tout sauf un orage ! » lancent les uns. Un parti-pris jugé au contraire par le camp d’en face « habité », où l’extrême lenteur déroulerait un théâtre révélant patiemment ses forces.

Si la course et le sentiment d’urgence font défaut chez Simon Rattle, les cordes râpeuses de l’Orchestre Philharmonique de Berlin, ces graves qui vrombissent et ce travail hyper articulé sur la pâte sonore émerveillent. Hélas… le timbre large et rayonnant d’Eva-Maria Westbroek n’effacera pas un Siegmund s’époumonant et désastreux de timbre (Robert Gambill) – sans parler du Hunding exotique de Petrenko.

Sieglinde, elle encore, se distingue au sein du live de Wolfgang Sawallisch : Julia Varady donne du souffle, de la lumière, mais le manque de tension orchestral se creuse de scène en scène – tout comme le Siegmund en constante difficulté de Robert Schunk. Bilan très en demi-teintes.

Avec Marek Janowski, nous voici immédiatement au cœur d’un drame : dès les premières mesures, les trémolos vous assènent une gifle et les voix ne sont pas en reste – même si la basse est dépourvue de graves. Robert Dean Smith, à l’aigu claironnant, tient la tessiture, et Melanie Diener connaît certes des hauts et des bas, mais campe l’héroïne avec conviction. Et tant pis pour ces chutes de tension entretenues par une prise de son confuse…

Que dire lorsqu’on tient trois chanteurs idéalement appareillés ? Un Salminen terrible d’effroi en Hunding, un Siegmund artiste, aux « Wälse » telluriques (Reiner Goldberg) ? Une Sieglinde blonde et radieuse, aux aigus de feu ? Que tout y est. Notamment lorsque le chef, Bernard Haitink, concilie générosité, incandescence, tension permanente et luxuriance orchestrale : le théâtre wagnérien, constamment exalté et éclairé de l’intérieur, gagne une humanité immédiate… Voici la grande version moderne.

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Palmarès

N°1
Version C
Cheryl Studer, Reiner Goldberg, Matti Salminen, Orchestre de la Radio Bavaroise, dir. Bernard Haitink (EMI, 1988) N°2
Version F
Melanie Diener, Robert Dean Smith, Timo Riihonen, Orchestre de la Radio de Berlin, dir. Marek Janowski (Pentatone, 2012)

N°3
Version A
Julia Varady, Robert Schunk, Kurt Moll, Orchestre de l’Opéra de Munich, dir. Wolfgang Sawallisch (EMI, 1989)

N°4
Version B
Eva-Maria Westbroek, Robert Gambill, Mikhail Petrenko, Orchestre Philharmonique de Berlin, dir. Simon Rattle (Bel Air, 2007)

N°5
Version D
Deborah Polaski, Placido Domingo, John Tomlinson, Staatskapelle de Berlin, dir. Daniel Barenboïm (Teldec, 1993)

N°6
Version E
Anja Kampe, Jonas Kaufmann, Mikhail Petrenko, Orchestre du Mariinsky de Saint-Pétersbourg, dir. Valery Gergiev (Mariinsky, 2011/2012)

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