Quelle est la meilleure version de l'Acte d'Antonia des Contes d'Hoffmann, de Jacques Offenbach ?

Chantal Cazaux, Emmanuel Dupuy et Sylvain Fort élisent la version de référence des Contes d'Hoffmann (Acte d'Antonia) de Jacques Offenbach.

Quelle est la meilleure version de l'Acte d'Antonia des Contes d'Hoffmann, de Jacques Offenbach ?
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Compte-rendu

Ténor rossinien passé chez Wagner, Francisco Araiza campe un Hoffmann clair, aimable, peut-être pas assez caractérisé. Maigre défaut par rapport à l’Antonia de Jessye Norman, somptueuse voix dramatique (donc hors propos ici) surtout pleine d’affectation. Et puis, la direction de Jeffrey Tate ne déborde pas d’énergie. Le plateau mollement dirigé par Sylvain Cambreling vaut en premier lieu pour le Miracle fouillé de José Van Dam, venimeux et sarcastique à souhait. Neil Shicoff est un acteur né, et son Hoffmann s’impose par son grain de folie inné et son engagement éperdu, lesquels feront pardonner les drôleries d’émission et quelques mots mâchonnés. Hélas, Rosalind Plowright n’est pas à la hauteur en Antonia, hachée et approximative jusque dans le Trio.

Julius Rudel apporte un élan passionné aux Contes et fait preuve d’un métier solide. En réalité tout tourne ici autour du soprano frémissant et crémeux de Beverly Sills, au français châtié, mais tellement privilégiée par les micros que son Hoffmann semblera effacé. Pourtant Stuart Burrows fait de louables efforts d’articulation, et lorsque le Miracle de Norman Treigle surgit, on a froid dans le dos ; un peu Grand Guignol oui, mais ça marche terriblement !

La version d’André Cluytens (1948) date, difficile de le nier – à commencer par la prise de son : soit on adore soit on déteste. Toutefois quelle justesse dans le style, quelle vérité dans l’incarnation ! Raoul Jobin et Roger Bourdin brossent des silhouettes saisissantes, dites et chantées dans un français limpide, mordant. Certes c’est un film en noir et blanc, mais comme tout cela sonne avec naturel ! Et que dire du Frantz du tendre Bourvil ? Pourvu qu’on oublie les voyelles nasales et les aigus pointus de Géori Boué

Roberto Alagna et José Van Dam sont un peu les héritiers des troupiers de cet Opéra-Comique de jadis, parés des atours de la modernité. Leurs personnages vivent et éclatent, Alagna apportant jeunesse et naïveté au poète Hoffmann, tandis que Leontina Vaduva, avec cette larme dans le timbre, dessine la plus touchante des Antonia. Le tout sous la baguette un tantinet sérieuse de Kent Nagano. C’est néanmoins la grande version de l’équilibre.

Difficile en réalité de départager les deux premières places. Car Joan Sutherland et Placido Domingo forment un couple irrésistible, alliant poésie, lyrisme et moyens vocaux somptueux. Gabriel Bacquier joue au grand méchant avec un mélange de morgue et d’animalité, tandis que Richard Bonynge, constamment incisif, nous sert un théâtre de feu qui ravage et décoiffe : la dimension fantastique du chef-d’œuvre est servie comme jamais. Le public adore.

Palmarès

N°1
Version E

Placido Domingo, Joan Sutherland, Gabriel Bacquier, Margarita Lilowa, Hugues Cuénod Orchestre de la Suisse Romande, dir. Richard Bonynge (Decca, 1972) N°2
Version F

Roberto Alagna, Leontina Vaduva, José Van Dam, Doris Lamprecht, Gilles Ragon, Orchestre de l’Opéra de Lyon, dir. Kent Nagano (Erato, 1994-1996)

N°3
Version C

Raoul Jobin, Géori Boué, Roger Bourdin, Simone Borghèse, Bourvil, Orchestre de l’Opéra-Comique, dir. André Cluytens (EMI, 1948)

N°4
Version A

Stuart Burrows, Beverly Sills, Norman Treigle, Patricia Kern, Nico Castel, London Symphony Orchestra, dir. Julius Rudel (DG, 1972)

N°5
Version D

Neil Shicoff, Rosalind Plowright, José Van Dam, Jocelyne Taillon, Robert Tear
Orchestre de la Monnaie de Bruxelles, dir. Sylvain Cambreling (EMI, 1988)

N°6
Version B

Francisco Araiza, Jessye Norman, Samuel Ramey, Felicity Palmer, Georges Gautier Staatskapelle de Dresde, dir. Jeffrey Tate (Philips, 1989)

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