Chloé Briot : "Quand on est au courant, on agit. C'est de ça dont on a besoin aujourd'hui"

Le 19 août dernier, la chanteuse Chloé Briot témoignait auprès de la Lettre du musicien d'agressions sexuelles dont elle aurait été victime. Dans la matinale de Jean-Baptiste Urbain, elle revient sur les raisons qui l'ont poussée à briser les "lois du silence".

Chloé Briot : "Quand on est au courant, on agit. C'est de ça dont on a besoin aujourd'hui"
Dans la matinale de Jean-Baptiste Urbain, Chloé Briot revient sur les raisons qui l'ont poussée à briser les "lois du silence"., © Radio France

Dans un témoignage publié le 19 août dernier par la Lettre du Musicien, la chanteuse Chloé Briot s’est exprimée à propos d’agressions sexuelles répétées de la part de son partenaire de scène. Agressions qu'elle aurait subies alors qu’elle tenait le premier rôle dans l’opéra l’Inondation entre octobre 2019 et février 2020. Elle revient sur ces dernières semaines au micro de Jean-Baptiste Urbain.

"Je n’ai pas pensé une seconde que ça prendrait cette ampleur-là”, confie la chanteuse qui a pourtant rapidement considéré la nécessité d’une expression publique : “je me suis rendu compte qu’en portant plainte sans rien dire, ça allait être mis sous le tapis”. C’est une loi du silence que dénonce Chloé Briot : celle que les chanteurs s’imposent à eux-mêmes, dans un milieu où les carrières fragiles dépendant de la bonne image véhiculée auprès des recruteurs, mais également celle des directeurs d’opéras qui ont du mal à “taper du poing sur la table”. 

Depuis un mois et demi, la jeune soprano reçoit nombre de témoignages de chanteurs et chanteuses “ça va du harcèlement moral au viol”, toujours ponctué d’un “... mais je ne parlerai pas”. La soprano évoque également les soutiens reçus, dans l’ombre ou bien publiquement : Sabine Devieilhe, Jodie Devos ou Stéphane Degout lui ont fait ouvertement part de leur appui. 

Le ministère de la Culture a quant à lui établi un signalement auprès du procureur de la République. Une démarche “extrêmement forte” et un message affirmé à l’égard des directeurs et des victimes : “quand on est au courant, on agit. C’est de ça dont on a besoin aujourd’hui”, complète Chloé Briot, qui craint néanmoins un classement sans suite sur le plan judiciaire : “c’est ce qui se passe dans 99 % des affaires d’agression sexuelle”. Même si l’ouverture de l’enquête est déjà “une première victoire”. 

Chloé Briot a été entendue par le ministère de la Culture à ce sujet pour exposer ses idées : organiser, collectivement et en amont, des discussions autour des scènes de sexe, de viol ou de nu pour s’assurer que tout se passe bien, en ne limitant pas l’échange aux seuls partenaires, assistés du metteur en scène... Et pourquoi pas, créer un poste dédié à ce genre de questions dans les administrations des opéras : “on n’envoie pas au charbon des interprètes sans préparation, et sans cadre”. La chanteuse salue des initiatives développées en ce sens : “on peut le faire, je l’ai vu en France et à l’étranger, mais il faut que ça se banalise”.