Philippe Boesmans au festival d'Aix-en-Provence : « Il n’y a pas de liberté sans rigueur »

Le compositeur belge Philippe Boesmans ouvre le festival d’Aix-en-Provence lundi 3 juillet avec sa création mondiale, l’opéra Pinocchio. Rencontre avec le musicien.

Philippe Boesmans au festival d'Aix-en-Provence : « Il n’y a pas de liberté sans rigueur »
Pinocchio - ©Patrick Berger

C’est une longue journée qui attend Philippe Boesmans, 81 ans, ce lundi 3 juillet à Aix-en-Provence. Le compositeur belge s’est levé tôt pour assister à la matinale de France Musique et le soir, son opéra Pinocchio est présenté aux festivaliers pour la première fois, à 20h, au Grand Théâtre de Provence.

France Musique : Pinocchio est inspiré d’un conte revisité par le metteur en scène Joël Pommerat qui signe le livret. Est-ce que nous serons complètement dans une histoire imaginaire ?

Philippe Boesmans : Pas du tout ! J’aborde des problèmes réels comme celui de l’école, par exemple. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de jeunes qui ne savent ni lire ni écrire, et dans l’oeuvre, Pinocchio devient un âne car il n’a pas appris. Il est soumis à ceux qui savent et qui ont le pouvoir. Je représente aussi tout un monde autour de l’escroquerie, de la mafia, il y a aussi l’injustice qui est présente quand Pinocchio est condamné à 10 mois de prison… Et d’autres épreuves de la vie.

Est-ce qu’il y a un personnage avec lequel vous vous identifiez ?

Tous quelque part... Quand j’écris pour un personnage, j’essaye de me mettre à sa place, d’être lui. Ce qui m’aide beaucoup pour l’écriture d’ailleurs. J’essaye par exemple de me mettre dans la peau d’une femme abandonnée. C’est intéressant car il faut essayer de comprendre beaucoup de choses. Il faut s’approcher du monde du théâtre quand on est musicien d’opéra, c’est important. C’est un travail personnel qui fait partie de mon rôle de compositeur d’opéra.

Vous avez choisi un petit orchestre, le Klangforum Wien, pourquoi ?

Car nous sommes dans un monde debussyste, maternel, dans une famille fermée. La musique relève davantage d’un climat général que des aventures des personnages. C’est un orchestre plus petit, mobile et brillant. Quand il a cette taille, on peut faire jouer les solistes, il y a plus de diversité et les orchestres petits sont plus nerveux.

Et sur la scène, vous laissez place à l’improvisation…

Oui, il y a trois musiciens sur scène, qui jouent des musiciens de la troupe qui font partie du livret. Ce ne sont pas des musiciens classiques, il y a un saxophoniste de jazz, Fabrizio Cassol, un violoniste rom aveugle, Tcha Limberger et un accordéoniste, Philippe Thuriot. Ils improvisent en partie. Quand ils interviennent, j’écris le début pour qu’ils sachent comment commencer puis je leur laisse 2 minutes d’improvisation et j’écris une fin car il faut qu’il reste un lien avec l’orchestre et que la musique revienne en douceur. Ils interviennent comme cela 5 ou 6 fois dans l’opéra.

Le mot d’ordre de cette édition du festival d’Aix-en-Provence, c’est la liberté. Quelle est votre définition de la liberté à travers votre oeuvre ?

La liberté est acquise à condition qu’il y ait une rigueur dans la vie. Autrement dit, il n’y a pas de liberté sans rigueur. Si je ne veux rien faire et faire ce qu’il me plaît, comme Pinocchio, je deviens un âne, comme lui. Par contre en musique je me sens tout à fait libre, j’écris tout ce que je veux. On sort d’une époque où on était condamné si on écrivait comme ceci ou comme cela… Moi j’écris ce que je veux, ce qui ne veut pas dire que c’est forcément bon mais au moins je sais ce que j’attends de mes compositions.