Entretien avec Ron Howard, réalisateur du documentaire « Pavarotti »

Après s'être intéressé aux Beatles, Ron Howard poursuit son activité de documentariste avec une autre star de la musique : Luciano Pavarotti. Le réalisateur oscarisé explore la vie privée du ténor italien pour tenter de percer les origines de son génie.

Entretien avec Ron Howard, réalisateur du documentaire « Pavarotti »
Ron Howard au festival du film de Rome cette année, pour la présentation de son documentaire sur Luciano Pavarotti., © Maxppp / Fabio Mazzarella

Avez-vous vous personnellement connu Luciano Pavarotti ? 

Je l’ai entraperçu une fois, très brièvement lors d’une fête à Hollywood. Il y avait des acteurs, des gens de la télévision, du monde de la musique; etc. Quand Pavarotti est arrivé, il y a eu un bruit et une excitation. Il était de loin la plus grande star présente dans cette pièce ce soir-là. J'ai juste eu le temps de lui serrer la main pendant qu’il traversait la salle. Je me souviens de son charisme, de son charme, de son mouchoir blanc et surtout de son sourire et ses yeux. J’ai vu quelqu’un qui transcendait l’opéra pour devenir une superstar, une icône pop. 

Écoutiez-vous de l’opéra avant de découvrir Pavarotti, ou l'avez-vous découvert avec lui ?

Je vais choisir la deuxième option. Je suis allé quelques fois à l’opéra. J’ai écouté, apprécié le son et aimé l’art en lui-même mais je n’ai jamais été impliqué dans cette forme d’art de ma carrière, ni jamais vraiment compris ce que cela signifiait. Désormais, je commence à comprendre. Pavarotti voulait amener et faire comprendre l’opéra aux gens et cela a fonctionné avec moi. En un sens, sa mission est un succès. En tant que réalisateur, j'ai eu la chance de diriger des acteurs, de transmettre des émotions, etc. J'ai eu le sentiment que lorsque Pavarotti chantait, il était envahi par l'émotion des airs qu'il interprétait.

Comment avez vous choisi les airs qui sont dans votre documentaire ? 

Nessun Dorma était tellement évident, tant l'air est populaire et a été important dans la vie de Pavarotti. Nous avons trouvé dans ses archives plusieurs performances de l'oeuvre et qui sont incroyablement bien filmées. Elles sont présentes dans le documentaire car je pense que ceux qui les ont filmées ont réussi à saisir la puissance de cet air et du jeu de Pavarotti. 

Avec mon équipe, nous avons eu accès à des images incroyables, fournies par la famille de Luciano Pavarotti, notamment des extraits de La Fille du Régiment où il réussit les 9 contre-uts. Ce sont des films de famille avec une qualité d'image moyenne mais j'ai trouvé rafraîchissant de voir Pavarotti chanter de manière spontanée. On y saisi la puissance et la beauté de sa voix . 

À votre avis, quelle est la différence entre Luciano Pavarotti et un autre ténor ?

Tous les experts auxquels nous avons parlés lors du tournage ont dit la même chose : Pavarotti avait un don, et il a su comment maximiser et optimiser ce don, et les gens l'admiraient pour cela. C'est également lié à sa façon de vivre les histoires qu'il chantait, son expressivité, sa personnalité et bien sûr la nature de sa voix. Il pouvait convaincre le public de manière très naturelle, très accessible et très émotionnelle. Sans oublier son charisme personnel.

Étiez-vous libre de parler de tous les aspects de la vie de Pavarotti ? Ou certains sujets étaient-ils interdits par la famille ? 

Nous n'avions pas accepté de conditions avant de commencer le tournage : nous souhaitions surtout dresser un portrait juste et équilibré de sa vie. Il fallait faire beaucoup de choix afin de bien étudier tous les aspects qui ont mené à son succès. Nous voulions refléter non seulement les triomphes mais aussi les difficultés dans sa vie, sans trop se concentrer sur l'un ou l'autre. 

Dans un documentaire, contrairement à un scénario que l'on écrit et réalise, nous sommes contraints d'utiliser uniquement les archives accessibles et les interviews réalisées. Dans notre cas, la rencontre la plus intéressante était avec sa famille : elle portait en elle une certaine sagesse, une compréhension des douleurs et des difficultés du passé, mais aussi une reconnaissance de ce qu'il a représenté pour eux et pour le monde.