Pas de « blackface » dans la nouvelle production d’Otello au Met

Le Metropolitan Opera de New York annonce dans un communiqué qu’il n’y aura pas de visages maquillés en noir dans la prochaine version d’Otello de Verdi.

Pas de « blackface » dans la nouvelle production d’Otello au Met
Ben Heppner interpète Otello au Royal Opera House de Londres en 2005.

A l’époque de Verdi, la question du "blackface" ne se posait pas. Au 19ème siècle, il n’y avait pas de places pour les chanteurs d’opéra noirs, seuls les chanteurs blancs pouvaient donc interpréter le rôle d’Otello. Et par souci de « réalisme » - Otello étant un général Maure – les visages des ténors étaient passés au charbon.

Aujourd'hui, le « blackface » est considéré comme un acte raciste au Etats-Unis. Le fait de se « déguiser » en noir renvoie aux shows comiques des 19ème et 20ème siècles appelés « minstrels shows », qui consistaient à se grimer en Noirs et les imiter pour provoquer les rires. Rappelons aussi l’affaire de la journaliste du magazine Ellequi s’était déguisée en Solange Knowls pour une soirée et avait reçu des milliers de plaintes et d’accusation de racisme depuis les Etats-Unis.

La question sensible du « blackface » à l’opéra semble avoir pris un tournant du côté des Etats-Unis. Le Met va, pour la première fois depuis 1891, donner une représentation d’Otello sans maquillage, comme le confirme son directeur général, PeterGelb :

« Nous avons récemment conclu qu’il serait plus logique que la production n’emploie pas de maquillage noir. […] Nous parlons de ce sujet avec le directeur Barlett Sher depuis un moment, c’est une décision qui a évolué avec un temps de réflexion. »

Pourtant l’affiche de promotion pour la saison 2015/2016 montre un visage très bronzé du ténor AleksandrsAntonenko, ce qui a suscité l’envoi de milliers de mails haineux envers l’institution. Pourquoi montrer un visage bronzé si Otello ne porte finalement pas de maquillage ? Le directeur du Met se justifie en évoquant un portrait trompé par la « lumière ombragée» due à une volonté de créer une ambiance « lunatique et atmosphérique ».

Et si le débat suscite des polémiques, pourquoi ne pas choisir un ténor noir pour interpréter le rôle d’Otello ? Dans un communiqué, le Met répond qu’ils choisissent les rôles indépendamment des origines et de la couleur de peau des interprètes :

« Même si le personnage principal dans Otello est un Maure d’Afrique du Nord, le Met s’engage à faire des castings à l’aveugle, ce qui permet aux meilleurs chanteurs d’interpréter n’importe quel rôle, sans regard sur leurs origines. »

Quand certains pointent du doigt le nombre trop peu élevé de ténors noirs pour interpréter des grands rôles à l’opéra, d’autres avancent une idée plus sociologique, comme l’afro-américain chanteur d’opéra Tom Randle qui avance :

« Il existe des chanteurs d’opéra noirs avec de belles carrières : Simon Estes, Willard White… mais où sont les ténors ? Ce n’est pas parce qu’ils ne chantent pas, c’est parce qu’à l’opéra les ténors « font l’amour sur scène » : ce sont eux qui charment la fille. Ils sont responsables, ils gagnent. Et c’est ce que les gens n’apprécient pas… »

Un autre témoignage d’une jeune femme noire venue voir Aïda au Met et victime de racisme, montre d’une certaine manière la difficile acceptation des personnes noires à l’opéra. CollierMeyerson est écrivaine et productrice, en janvier elle reçoit de ses parents deux billets très bien placés pour Aïda de Verdi. Mais une fois installée, elle se fait interpeller par le monsieur assis derrière elle parce que ses cheveux gêneraient la visibilité de sa femme.

L’affaire finit sur des insultes, l’homme lui lançant : « Vous êtes dégoutante », et la jeune femme contrainte d’être placée ailleurs. Pour elle : « L’opéra agit comme s’il n’avait jamais vu de personnes noires avant. »

Aujourd’hui, le Met n’est pas le premier à briser la tradition des « blackfaces». L’année dernière, l’English National Opera présentait une production d’Otello avec un Stuart Skelton sans maquillage.

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